Cancer et probiotiques
Notre microbiote à la rescousse des effets secondaires des traitements
« On m’a dit de ne surtout pas prendre de probiotiques pendant la chimio » : cette phrase, je l’entends encore trop souvent. Pourtant, il n’existe aucune interdiction générale de prendre des probiotiques pendant un traitement du cancer (1). Seule exception : les levures (type Saccharomyces boulardii), qui peuvent être risquées en cas de greffe[1] ou d’immunodépression sévère. Si les probiotiques étaient contre-indiqués, vous devriez également cesser de manger tous les produits laitiers, légumes et boissons fermenté(e)s !
Au contraire : l’apport de probiotiques est excellent pour mieux supporter les traitements et leurs effets secondaires ! Et je vais de ce pas vous le démontrer, études scientifiques à l’appui…
Cancer et probiotiques : efficacité sur les effets secondaires liés aux traitements
Des bactéries probiotiques (principalement des lactobacilles) ont été repérées ces dernières années pour leurs propriétés de prévention dans plusieurs cancers courants, avec un intérêt particulier pour la réduction des effets secondaires des traitements (2). Les patients atteints de cancer ont très souvent un microbiote appauvri par le traitement, ce qui affaiblit leur système immunitaire et instaure un cercle vicieux. L’administration de bactéries lactiques (en particulier L. plantarum, L. brevis et L. rhamnosus GG) permet de repeupler ce microbiote et de renforcer l’immunité. De plus, ces bactéries et leurs métabolites ont montré des activités anticancéreuses directes (mais nous traiterons cette spécificité dans un prochain article !).
J’ai pu trouver 5 études (2)(3)(4)(5)(6) qui se sont penchées sur le sujet cancer et probiotiques. Et leurs conclusions sont très encourageantes. Les études réalisées montrent que la flore intestinale influe positivement sur l’efficacité des traitements de chimiothérapie et d’immunothérapie, et réduit leur toxicité.
1. Moins de diarrhée, moins de souffrance : les probiotiques font la différence
Une étude de 2017 (3) a rassemblé les résultats de plusieurs essais cliniques pour évaluer l’effet des probiotiques chez des patients atteints de cancer sous chimiothérapie ou radiothérapie. Résultat : la prise de probiotiques permet de réduire significativement la diarrhée, les douleurs abdominales et les nausées. Ces bienfaits concernent aussi bien les cancers digestifs que gynécologiques, ou de la prostate.
2. Une souche clé : Lactobacillus rhamnosus GG
Dans une autre étude menée en Italie (4) auprès de presque 500 patients, les chercheurs ont testé un probiotique spécifique, le Lactobacillus rhamnosus GG, pendant un traitement par radiothérapie. Résultat : chez les patients ayant pris ce probiotique, seuls 31 % ont souffert de diarrhée, contre 52 % dans le groupe placebo. Encore plus impressionnant : seuls 1,4 % des patients sous probiotiques ont développé une diarrhée sévère, contre 55 % dans le groupe témoin.
3. Cancer et probiotiques : une synthèse globale qui confirme leur intérêt
Last, but not least : la revue systématique (l’un des types d’études les plus fiables) menée en 2018 a compilé les données de plusieurs essais cliniques sur les probiotiques en oncologie (2). Elle conclut que leur utilisation est globalement sûre et efficace, notamment pour réduire les effets secondaires gastro-intestinaux. Cette revue insiste sur l’importance du choix des souches utilisées et de leur qualité.
Alors OUI, les probiotiques peuvent vraiment faire la différence pour les patients sous traitements anticancéreux ! Ils ne guérissent pas, non, mais ils soulagent – et c’est déjà immense. En première ligne : les troubles digestifs, quasi systématiques sous chimio ou radiothérapie, que certaines souches ciblées comme Lactobacillus rhamnosus GG pourront calmer avec efficacité. Donc sauf en cas d’immunodépression sévère ou de greffe – où les levures deviennent potentiellement dangereuses – leur usage est sûr. Mieux encore : ces probiotiques vivent aussi dans l’assiette, dans le réel, dans le yaourt non pasteurisé, le kéfir maison ou un plat de choucroute crue. D’où la nécessité de s’alimenter correctement pendant les traitements et d’avoir une alimentation variée et riche en nutriments !
[1] Il n’y a qu’une seule contre-indication à l’usage des probiotiques : lors d’une greffe ou d’une allogreffe, puisqu’il n’y a plus de flore intestinale dans ces situations-là. Tout germe peut devenir dangereux.
Rôle du microbiote dans la réponse aux traitements
Allons plus loin dans la réflexion cancer et probiotiques : et si une partie de la réponse à l’efficacité des traitements contre le cancer se trouvait… dans notre intestin ? Deux études scientifiques majeures, publiées en 2018, montrent que la composition du microbiote intestinal joue un rôle décisif dans la réponse à l’immunothérapie.
L’immunothérapie, c’est quoi ? Il s’agit d’un traitement qui stimule le système immunitaire du patient pour l’aider à reconnaître et attaquer les cellules cancéreuses. En particulier, les thérapies dites anti-PD-1 (comme le nivolumab ou le pembrolizumab) sont utilisées dans plusieurs types de cancers, notamment le mélanome et le cancer du poumon. Mais tous les patients ne répondent pas aussi bien à ces traitements… et c’est là que le microbiote entre en jeu.
Des chercheurs français (8) ont comparé la flore intestinale de patients atteints de cancer (poumon, rein, vessie) qui répondaient bien à l’immunothérapie à celle de patients qui y répondaient mal. Leur découverte : les patients ayant une flore riche en Akkermansia muciniphila — une bactérie intestinale protectrice — répondaient mieux au traitement. Encore plus impressionnant : en transférant le microbiote des patients répondeurs à des souris atteintes de cancer (#STOPExpérimentationAnimale), les chercheurs ont pu rendre les souris plus sensibles à l’immunothérapie, prouvant ainsi un effet direct.
Autre étude: une équipe américaine (9) s’est concentrée sur des patients atteints de mélanome traités par immunothérapie. Leur constat : les patients ayant une plus grande diversité bactérienne dans leur microbiote — en particulier enrichi en Ruminococcaceae et Faecalibacterium — avaient des tumeurs qui régressaient mieux que ceux avec un microbiote déséquilibré ou appauvri. Ici aussi, le transfert de microbiote de patients répondeurs vers des souris a montré une amélioration de l’efficacité du traitement chez les animaux.
Cancer et probiotiques : en guise de conclusion
Si nous reprenons le résultat de ces différentes études, nous pouvons affirmer que le microbiote intestinal ne se limite plus à un rôle secondaire dans l’accompagnement en cancérologie. Il joue désormais un rôle essentiel dans 1) l’atténuation des troubles digestifs liés aux traitements 2) l’efficacité des traitements d’immunothérapie contre la maladie. Des bactéries spécifiques, telles que Akkermansia muciniphila et Faecalibacterium, ont été associées à une meilleure réponse des patients face à la tumeur. La diversité et l’équilibre de la flore intestinale semblent être des facteurs déterminants pour favoriser une réponse immunitaire efficace.
En pratique, bien que les recherches soient encore en cours, ces découvertes ouvrent la voie à des approches thérapeutiques nouvelles. Parmi celles-ci, la modulation du microbiote intestinal grâce à l’alimentation, l’utilisation de prébiotiques et de probiotiques, ou encore, dans certains cas plus extrêmes, le transfert de microbiote fécal (10). Ce dernier, qui consiste à introduire la flore intestinale d’un donneur sain dans l’intestin d’un patient, pourrait permettre de rééquilibrer le microbiote et d’améliorer la réponse immunitaire face à la tumeur. Bien que cette pratique soit encore émergente et nécessite des protocoles rigoureux, elle marque une avancée importante dans le domaine de la médecine personnalisée.
Le microbiote n’est désormais plus considéré comme un simple élément secondaire, mais comme un véritable atout thérapeutique : il se présente comme un terrain propice à des stratégies novatrices, susceptibles de venir en complément des traitements classiques.
Pour rappel : je ne suis ni médecin, ni pharmacien. Un conseil en herboristerie ou naturopathie ne remplacera jamais un avis médical. Ne suivez jamais les conseils d’un praticien vous recommandant d’arrêter vos traitements.
Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur l’accompagnement en cancérologie ici.
Références cancer et probiotiques
(1) Mouysset Jean-Loup, Oncologie intégrative. Du cancer vers la santé. Bases pour une approche non médicamenteuse en complément des traitements conventionnels du cancer, Editions Dangles, 2023.
(2) Hassan, H., Rompola, M., Glaser, A.W. et al.Systematic review and meta-analysis investigating the efficacy and safety of probiotics in people with cancer. Support Care Cancer 26, 2503–2509 (2018). https://doi.org/10.1007/s00520-018-4216-z
(3) Liu, M.M., et al.,(2017) Probiotics for prevention of radiation-induced diarrhea: a meta-analysis of randomized controlled trials.PLoS One,12(6)
(4) Delia P, Sansotta G, Donato V, Frosina P, Messina G, De Renzis C, Famularo G. Use of probiotics for prevention of radiation-induced diarrhea. World J Gastroenterol2007; 13(6): 912-915 [PMID: 17352022 DOI: 3748/wjg.v13.i6.912]
(5) Wang, YH., Yao, N., Wei, KK. et al.The efficacy and safety of probiotics for prevention of chemoradiotherapy-induced diarrhea in people with abdominal and pelvic cancer: a systematic review and meta-analysis. Eur J Clin Nutr 70, 1246–1253 (2016). https://doi.org/10.1038/ejcn.2016.102
(6) Yao, B., Wei, W. & Zhang, H. Efficacy of probiotics or synbiotics supplementation on chemotherapy-induced complications and gut microbiota dysbiosis in gastrointestinal cancer: a systematic review and meta-analysis. Eur J Clin Nutr(2024). https://doi.org/10.1038/s41430-024-01542-5
(7) Salminen E, Elomaa I, Minkkinen J, Vapaatalo H, Salminen S (1988) Preservation of intestinal integrity during radiotherapy using live Lactobacillus acidophilus cultures. Clin Radiol 39(4):435–437
(8) Bertrand Routy et al. Gut microbiome influences efficacy of PD-1–based immunotherapy against epithelial tumors.Science359,91-97(2018).DOI:1126/science.aan3706
(9) Gopalakrishnan et al. Gut microbiome modulates response to anti–PD-1 immunotherapy in melanoma patients.Science359,97-103(2018).DOI:10.1126/science.aan4236
(10) Fecal Transplants: A Clinical Trial Confirms How Well They Work | WIRED

