Endométriose et alimentation

Renouer avec son corps plutôt qu’avec des règles alimentaires

Briser le carcan des régimes « anti-endométriose »

Chaque femme diagnostiquée avec l’endométriose a, à un moment ou un autre, croisé cette litanie de recommandations alimentaires censées soulager ses douleurs. Voici une liste (non exhaustive):

  1. Régime anti-inflammatoire « général »

Inspiré des travaux du Dr Andrew Weil et d’autres praticiens fonctionnels.

Principes :

  • Élimination des aliments ultra-transformés
  • Favoriser les fruits, légumes colorés, légumineuses, oméga-3 (poissons gras, graines de lin, chia)
  • Éviter les acides gras trans, limiter les oméga-6 (huiles de tournesol, maïs…)
  • Consommation de thé vert, curcuma, gingembre

Adapté à l’endométriose car il réduit le terrain inflammatoire global.

  1. Régime sans gluten

But : diminuer la perméabilité intestinale et l’inflammation liée au gluten.

Recommandé si :

  • Antécédents familiaux ou personnels d’auto-immunité
  • Troubles digestifs chroniques
  • Ballonnements, fatigue inexpliquée, douleurs diffuses

Certaines études montrent une diminution des douleurs pelviennes chez les femmes endométriosiques après 12 mois sans gluten.

  1. Régime sans produits laitiers

But : éviter les caséines pro-inflammatoires et limiter l’apport en œstrogènes exogènes présents dans les produits animaux.

Recommandé si :

  • Congestion lymphatique ou douleurs mammaires
  • Problèmes de peau, allergies, douleurs articulaires
  • Intolérance au lactose ou digestion difficile

On privilégie les laits végétaux maison ou peu transformés (amande, coco, chanvre).

  1. Régime à index glycémique bas

But : éviter les pics d’insuline qui favorisent l’inflammation et les déséquilibres hormonaux.

Principes :

  • Éviter les sucres rapides et les farines blanches
  • Privilégier les céréales complètes (sarrasin, quinoa, millet)
  • Inclure des fibres, des protéines végétales ou animales de qualité

L’équilibre glycémique est crucial pour limiter les douleurs liées au cycle.

  1. Régime de type méditerranéen

Très documenté scientifiquement pour ses effets anti-inflammatoires.

Principes :

  • Huile d’olive, légumes variés, légumineuses, poissons gras
  • Peu de viande rouge
  • Richesse en antioxydants naturels
  1. Régime d’exclusion ou « auto-immune protocol » (AIP)

Approche plus stricte et temporaire, souvent utilisée en cas de suspicion de terrain auto-immun, perméabilité intestinale majeure ou échec des autres régimes.

Élimine :

  • Gluten, produits laitiers, œufs, soja, légumineuses, sucre, café, alcool, aliments transformés
  • Puis réintroduction progressive

À utiliser avec accompagnement, car cela peut devenir carencé si mal mené.

  1. Régime végétarien ou végétalien bien mené

Intérêt : réduction des œstrogènes exogènes (moins de produits animaux), apport d’antioxydants, fibres, phyto-nutriments.

Attention :

  • Risques de carences (B12, fer, DHA) à surveiller
  • Peut ne pas convenir à tout le monde, selon la constitution
  1. Régime Seignalet

Parfois appelé « régime hypotoxique », élaboré par le Dr Jean Seignalet dans les années 90.

Principes fondamentaux :

  • Suppression stricte des céréales contenant du gluten (blé, seigle, orge, avoine moderne)
  • Exclusion des produits laitiers d’origine animale
  • Alimentation crue ou peu cuite (cuisson douce < 110°C pour préserver les enzymes)
  • Favoriser les huiles de première pression à froid, les aliments bio, les fruits et légumes crus
  • Réduction des produits transformés, additifs, pesticides, etc.

À savoir :

  • C’est un régime très restrictif, parfois difficile à maintenir sur le long terme sans un bon accompagnement (ou sans plaisir gustatif bien travaillé).
  • Il demande une vraie reconstruction alimentaire (repères, recettes, nouvelles habitudes).

Sans gluten, sans lactose, pauvre en FODMAP, riche en oméga-3, IG bas… ces recommandations je les ai arpentées une à une, à en coller des listes sur mon frigo au fil des ans ! Une architecture rigide de règles qui enferme autant qu’elle promet la libération. On s’y plonge avec espoir, on liste les interdits, on se tient droite dans les clous, persuadée que la solution se cache quelque part entre une feuille de kale et une cuillère d’huile de lin.

Mais que se passe-t-il quand ce carcan devient une nouvelle forme de contrainte, un poids supplémentaire sur un corps déjà en lutte ? Et si, plutôt que de traquer les ennemis alimentaires, nous apprenions à écouter ce que notre corps a à dire ?

Endométriose et alimentation : pourquoi nous avons perdu le lien

Nous avons appris à penser l’alimentation en termes de « bon » et « mauvais », oubliant l’essentiel : la perception, le ressenti, l’expérience intime que nous avons de chaque aliment. La modernité a empilé les dogmes nutritionnels, brouillant nos instincts. Il faut manger ceci pour la santé intestinale, éviter cela pour l’inflammation, surveiller chaque bouchée comme une partition à exécuter sans fausse note.

Et pourtant, l’endométriose est une maladie aux manifestations chaotiques. Ce qui soulage une femme peut aggraver les douleurs d’une autre. Certains aliments, théoriquement inflammatoires, peuvent être bien tolérés. D’autres, vendus comme miraculeux, laissent un ventre douloureux et gonflé. Alors pourquoi appliquer un régime préfabriqué plutôt que de se fier à nos propres réactions corporelles ?

Alimentation intuitive et endométriose

L’alimentation intuitive : reprendre confiance en son propre corps

L’alimentation intuitive, ce n’est pas un laxisme déguisé en philosophie alimentaire. Ce n’est pas l’idée simpliste de « manger ce qui nous fait envie », mais plutôt de développer une forme de curiosité active envers ce qui nous fait du bien ou non (hors chocolat évidemment 😉 Quoi que du bon chocolat artisanal avec plus de pâte de cacao que de sucre, moi je dis oui !). 

Manger en conscience, c’est observer : quel est mon niveau d’énergie après ce repas ? Ma digestion est-elle fluide ? Ma douleur s’est-elle intensifiée ? Ai-je de nouveau mon endobelly (1) qui me transforme en Bibendum Michelin ? Il ne s’agit pas d’une étude clinique froide, mais d’une conversation régulière avec soi.

Par exemple, j’ai longtemps évité certains aliments sous prétexte qu’ils étaient « inflammatoires ». Puis un jour, une assiette de tomates, jugées trop riches en histamine, m’a laissée parfaitement sereine, alors qu’une soupe de courgettes, théoriquement douce, m’a provoqué une douleur sourde toute la journée.

Ce jour-là, j’ai compris qu’aucun article ne pouvait prédire l’impact exact d’un aliment sur mon propre corps.

Endométriose et alimentation : savoir expérimenter 

L’approche la plus puissante reste celle du « feedback alimentaire » : tester, observer, ajuster. Cela suppose de ralentir, de ne pas avaler machinalement ce que l’on nous conseille. Cela suppose également de tenir un journal précis de son alimentation. Journal où l’on notera ses repas, sa symptomatique en lien, ainsi que des données sur son cycle (ai-je d’avantage de douleurs en phase folliculaire ou lutéale par exemple ?). C’est ce journal qui permettra d’ajuster et de voir si certains aliments sont réellement incompatibles avec ma condition. Dans ce cas, effectivement, je peux les bannir s’ils me causent des troubles à chaque ingestion (voir plus loin discussion autour de potentielles intolérances alimentaires).

Car il y a des jours où le café passe sans encombre et d’autres où il réveille un ventre en flammes. Parfois, un repas riche en glucides apaise la fatigue ; parfois, il l’alourdit. La digestion, l’impact hormonal, la réaction inflammatoire ne sont pas des constantes figées. Elles varient selon le cycle menstruel, le stress, le sommeil, l’émotionnel.

L’erreur serait de chercher un protocole parfait, rigide et infaillible, quand le corps fonctionne par fluctuations. Le corps de la femme est cyclique, là réside toute la difficulté. L’objectif n’est pas d’avoir un régime définitif, mais un mode d’alimentation adaptatif, en fonction de nos productions hormonales. A ce sujet je vous conseille d’emblée l’ouvrage de Marjorie Malgras : La cuisine des Lunes – L’assiette idéale pour chaque phase de son cycle.

Vers une alimentation qui soigne sans contraindre

Oui aujourd’hui j’emploie le terme « soigner » qui m’est interdit et je l’assume ! Manger devient ici un acte de soin plutôt qu’une épreuve. C’est accepter de découvrir, sans se réduire à des catégories étanches. Ce n’est pas être « sans gluten » ou « végétalien », c’est être en relation avec soi-même.

Et surtout c’est expérimenter au jour le jour afin d’identifier les difficultés digestives et travailler à améliorer sa condition grâce à son ressenti. Vous ne pensiez pas que vous alliez uniquement manger ce qui vous fait plaisir et ne vous cause aucun trouble quand même ? Et oui, car il y a un travail de terrain à réaliser ! Un travail long mais qui doit se faire dans la douceur, sans s’imposer aucun modèle alimentaire. C’est un travail qui prend des mois, voire des années, croyez-moi !

Je m’explique : tu as remarqué grâce à ton journal alimentaire que tu avais du mal à digérer les graisses (les plats en sauce chez mémé ne passent pas, et déclenchent derrière spasmes et diarrhées) : cela provient très certainement d’un manque d’acides biliaires et d’enzymes digestives. Donc tu vas te pencher sur cette problématique tranquillement en travaillant à améliorer ta digestion avec par exemple des plantes amères (débuter ton repas avec une salade sauvage remplie de lactones sesquiterpéniques ;-), d’endives etc.); soutenir ton foie avec de l’artichaut, du pissenlit ou du chardon-marie; vérifier si une potentielle petite hypothyroïdie ne traîne pas par ici … si un aliment te cause souci, il faut d’abord chercher la cause de la cause, avant de le bannir définitivement. Au risque de créer des carences nutritionnelles et d’autres problèmes en chaine derrière (ralentir ton métabolisme, fatiguer tes surrénales, déréguler ta glycémie et j’en passe!). 

Autre exemple très courant dans les cas d’endométriose: tu as du mal à digérer les fibres. Cela peut venir d’un SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth) (2), d’une inflammation intestinale accentuée dès que tu consommes des crudités, de la présence d’un pathogène, d’un manque de zinc ou de vitamines ! La liste est longue !

Et puis il y a les vraies intolérances alimentaires que tu vas peut-être découvrir en faisant des tests sanguins en laboratoire. Et ce sera peut-être la plus belle avancée possible pour ta santé ! 

Écouter son corps, un cheminement au long cours

L’alimentation intuitive n’est ni un dogme ni une injonction, mais un dialogue permanent avec son corps. Elle demande de la patience, de la curiosité et une réelle capacité d’adaptation. Ce qui convient aujourd’hui peut ne plus fonctionner demain, et inversement. L’essentiel est d’expérimenter sans se rigidifier, d’observer sans se juger, et surtout de ne jamais perdre de vue que l’objectif n’est pas la perfection, mais le bien-être durable.

Alors, plutôt que de bannir des aliments à la hâte, prenons le temps de comprendre pourquoi ils nous posent problème. Derrière un trouble digestif, une intolérance ou une réaction inflammatoire, il y a souvent une cause plus profonde à explorer. Soutenir son système digestif, rééquilibrer ses fonctions hépatiques, ajuster son alimentation en fonction de son cycle et de son métabolisme, c’est avancer vers une alimentation qui répare sans contraindre.

Finalement, s’écouter, c’est se donner la chance d’aller mieux, sans privation inutile ni culpabilité.

Pour rappel : je ne suis ni médecin, ni pharmacien. Un conseil en phytothérapie ne remplace pas un avis médical. Ces informations sont données à titre informatif.

Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur l’endométriose ici.

Alimentation intuitive et endométriose

Références et notes de bas de page

(1) L’endobelly désigne un gonflement abdominal sévère et douloureux associé à l’endométriose. Ce phénomène peut donner l’impression d’un ventre ballonné ou d’un ventre de femme enceinte, souvent de manière soudaine et fluctuante.

Il est généralement causé par :

  • L’inflammation chronique liée à l’endométriose, qui entraîne une rétention d’eau et un gonflement.
  • Des troubles digestifs associés, comme le syndrome de l’intestin irritable (SII), souvent présent chez les femmes atteintes d’endométriose.
  • Les adhérences et lésions provoquées par la maladie, pouvant perturber la digestion et la motilité intestinale.
  • Un déséquilibre hormonal, notamment une sensibilité aux œstrogènes, qui peut favoriser la rétention d’eau et l’inflammation.

(2) Le terme SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth) signifie prolifération bactérienne de l’intestin grêle. Il s’agit d’un déséquilibre du microbiote intestinal où un excès de bactéries normalement présentes dans le côlon colonise l’intestin grêle, entraînant des troubles digestifs comme des ballonnements, des douleurs abdominales, de la diarrhée ou de la constipation.

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