Expérimentation animale dans les études sur les plantes médicinales
Mon regard de praticienne en herboristerie et phytothérapie
⚠️ Avertissement : la vidéo et l’article ci-dessous contiennent certaines images pouvant heurter la sensibilité de certaines personnes, concernant l’expérimentation animale en laboratoire. Je vous invite donc à faire preuve de prudence si vous êtes particulièrement sensible à ce type de contenu.
Je tiens également à remercier chaleureusement l’association One Voice de m’avoir transmis la vidéo documentaire de Toxicity Inc, que chacun peut retrouver, visionner et partager librement. Une partie des visuels présents dans cette vidéo en est issue.
L’ensemble des droits et copyrights des images utilisées appartient à Toxicity Inc.
Je remercie ces associations pour leur travail titanesque et vous invite à les soutenir !
Aujourd’hui, j’ai envie d’aborder un sujet qui dérange et qui me tient particulièrement à cœur car je le retrouve en permanence dans la recherche scientifique moderne : celle de l’expérimentation animale. Et plus précisément, dans mon domaine : les études sur les plantes médicinales réalisées sur les animaux. Parce-que sincèrement, ces derniers temps, je suis dans une situation de dissonance cognitive totale et ça me pose problème : j’utilise ces données et ces résultats de recherche pour écrire mes articles alors que je suis contre l’expérimentation animale. Je ne peux m’empêcher de penser à tous ces animaux qui ont été sacrifiés alors qu’une grande partie des recherches que nous lisons sur les plantes médicinales reposent sur des modèles qui ne sont pas transposables à l’humain.
J’aimerais donc approfondir différents angles d’approche à cette question de l’expérimentation animale : l’angle scientifique bien évidememnt, mais aussi éthique, philosohique, social et anthropologique. Je vais donc mêler un peu de tout ça pour vous exposer mon point de vue.
Parce qu’aujourd’hui, mettre fin à l’expérimentation animale n’est pas, en soi, une idée vraiment controversée. En fait même ceux qui la défendent reconnaissent qu’il s’agit d’un “mal nécessaire”, notamment pour la recherche biomédicale… mais dont ils aimeraient, idéalement, se passer.
Là où le débat devient plus tendu, c’est lorsqu’on va plus loin. Lorsqu’on affirme qu’il faut y mettre fin… même dans les situations où il n’existe pas encore d’alternatives équivalentes.
Et pourtant, cette position n’est pas extrême. Elle s’inscrit dans une évolution logique des réflexions en éthique et en philosophie morale, particulièrement depuis les années 1970.
Car malgré leurs désaccords sur ce qui définit le bien ou le mal, les spécialistes s’accordent majoritairement sur un point essentiel : le fait d’appartenir à une espèce ne constitue pas, en soi, un critère moral valable.
Autrement dit, accepter d’infliger à des animaux des souffrances physiques ou psychologiques, que l’on refuserait catégoriquement d’imposer à des êtres humains… révèle une incohérence. Et d’une faille logique.
Les arguments avancés pour justifier cette différence, comme l’intelligence, ou la préférence pour son propre groupe, ne tiennent pas face à une analyse éthique rigoureuse.
Car ces mêmes arguments pourraient être utilisés pour justifier des idéologies que nous condamnons aujourd’hui sans ambiguïté, comme le racisme ou le sexisme. Or, nous avons collectivement reconnu une chose : même lorsqu’elles produisent des bénéfices, les discriminations ne sont pas pour autant légitimes.
Dans cette perspective, l’expérimentation animale apparaît pour ce qu’elle est : une forme de discrimination injustifiée. Et la question n’est donc plus vraiment de savoir si elle doit disparaître… mais plutôt comment y mettre fin, de manière concrète, efficace, et le plus rapidement possible.
Maitenant creusons davantage les données scientifiques.
Quand on lit une étude, on voit souvent écrit :
“effet anti-inflammatoire démontré chez la souris”,
“activité antitumorale chez le rat”,
“effet hormonal chez le lapin”.
On nous présente souvent ces études comme une base solide. Mais dans les faits: plus de 90 % des molécules qui fonctionnent chez l’animal échouent chez l’humain. Ce chiffre revient régulièrement dans la littérature biomédicale, notamment dans les analyses publiées par U.S. Food and Drug Administration. Et ce n’est pas un détail. Cela signifie que le modèle animal il est, dans la majorité des cas, non prédictif. Donc en fait je m’interroge: peut-on encore considérer ces résultats comme fiables pour guider la santé humaine ?
Et ce qu’on oublie de dire, c’est que le métabolisme animal est profondément différent du nôtre.
- Les enzymes hépatiques ne fonctionnent pas pareil
- Le microbiote est différent
- Les cycles hormonaux n’ont rien à voir
- Les doses administrées sont souvent… irréalistes pour un humain !
Et pourtant, ces résultats sont régulièrement présentés comme des preuves. Alors que ce ne sont, au mieux, que des pistes. Car dans les études : on isole des molécules, on donne des extraits ultra concentrés et donc parfois à des doses… impossibles chez l’humain.
Et là, dans le domaine des plantes médicinales, le problème devient encore plus flagrant. Pourquoi ? Parce qu’une plante, ce n’est pas une molécule isolée. C’est un totum. C’est un ensemble complexe de dizaines, parfois de centaines de composés. Et ce totum, c’est une synergie vivante.
Ce concept, qui est central en phytothérapie, il est totalement ignoré par les modèles expérimentaux classiques.
Parce-que ce totum, il interagit avec :
- notre terrain
- notre digestion
- notre système hormonal
- notre état inflammatoire
- et notre histoire personnelle
Ce que vit une souris en laboratoire n’a absolument rien à voir avec ce que vit un être humain. Encore moins une femme avec un SPM, une endométriose ou un déséquilibre hormonal.
Et le problème, c’est que ces études créent une illusion. L’illusion de preuve scientifique.
On donne un extrait concentré d’une plante à un animal, dans des conditions ultra contrôlées, et on en tire des conclusions sur des humains vivant :
- dans le stress
- avec une alimentation transformée
- avec des carences
- avec une histoire hormonale complexe
C’est un raccourci énorme. Et parfois, ça mène à des recommandations totalement déconnectées du terrain. Le National Institutes of Health lui-même a reconnu des problèmes majeurs de reproductibilité dans la recherche préclinique.
Et c’est là que mon expérience de praticienne entre en jeu. Parce que moi, je ne travaille pas sur des souris.
Je travaille avec :
- des femmes et des hommes
- des cycles hormonaux réels
- des histoires de vie
- des inflammations chroniques
- des systèmes nerveux épuisés
Et ça, aucun modèle animal ne peut le simuler. Et la réalité du terrain, concrètement, c’est qu’une plante va fonctionner à merveille chez une personne, et chez une autre elle ne fera rien, voire elle agravera les choses.
Parce que la phytothérapie, c’est pas une réaction chimique simple. C’est une interaction vivante. Et ça je le répète, aucun modèle animal ne peut le reproduire.
Et ce que je dis ici n’est pas marginal. De plus en plus de scientifiques appellent à changer de modèle. Des publications dans des revues comme BMJ ou Nature questionnent : la validité, la reproductibilité et l’utilité réelle de ces modèles.
Donc aujourd’hui je lance un appel : il est grandement temps d’arrêter l’expérimentation animale ! Déjà rien que pour des raisons éthiques et sensibles: on torture des êtres vivants ! Rien que pour ça, ces pratiques devraient êtes bannies. Et pourtant elles ne le sont pas !
En 2024, 2 041 157 animaux ont subi des expérimentations. La France est figée dans l’immobilisme et prévoit même, à travers le Projet Rousset piloté par le CNRS, l’agrandissement de l’élevage de primates pour vendre des singes aux laboratoires. Et ça représente 80 millions d’argent public sur 10 ans. 1800 primates destinés à du béton et des années de souffrances. C’est un non-sens à une époque où les pays européens prévoient leur fin, où les innovations technologiques avancent comme jamais avec l’IA et où 3 français sur 4 y sont opposés.
De plus en plus de pays investissent aujourd’hui dans des alternatives et s’engagent dans des plans de sortie de l’expérimentation animal grâce à :
- des modèles cellulaires humains
- des organoïdes
- des études cliniques
- des observations de terrain
- des approches personnalisées
Ce matin je lisais encore que des chercheurs de l’Université de Berne ont réussi à mettre au point un placenta artificiel pour ne plus tester sur des animaux. Donc c’est bien qu’on arrive à mettre en place des méthodes qui sont bien plus pertinentes pour comprendre l’humain !
Alors peut-être que la vraie question aujourd’hui qu’on doit se poser c’est: “Est-ce qu’on est enfin prêts à étudier l’humain… pour comprendre l’humain ?”. Car une étude sur une souris ne prouve pas qu’une plante fonctionne chez l’humain. Et continuer à s’y référer comme à une vérité… c’est entretenir une illusion.
Si vous souhaitez soutenir la fin de l’expérimentation animale, il existe aujourd’hui de nombreuses associations qui documentent le quotidien souvent invisible des laboratoires, les conditions de vie des animaux utilisés dans la recherche, mais aussi les limites scientifiques et éthiques de certains modèles expérimentaux encore largement employés.
Certaines mènent des enquêtes de terrain, d’autres travaillent au développement de méthodes alternatives plus modernes et plus pertinentes scientifiquement, ou encore au financement d’une recherche sans animaux.
Parmi les associations les plus connues, vous pouvez notamment vous renseigner auprès de :
• One Voice
• Antidote Europe
• PETA
• Cruelty Free International
• Humane World for Animals
• Physicians Committee for Responsible Medicine
• FRAME
• NC3Rs
Je vous encourage vraiment à aller consulter leur travail, leurs enquêtes, leurs publications et les réflexions scientifiques actuelles autour des alternatives à l’expérimentation animale, car le sujet est évidemment beaucoup plus vaste, complexe et sensible qu’on ne l’imagine souvent.
Et si vous souhaitez soutenir mes réflexions et mon travail de recherche en santé intégrative, je vous invite à vous abonner à ma chaine Youtube et à ma lettre d’info mensuelle ! 🙂
Mille mercis d’avance pour votre soutien !

