Les plantes calmantes de l’hyperthyroïdie

Focus sur le lycope, l’aubépine, la mélisse et l’agripaume

L’hyperthyroïdie, je connais. Des insomnies à n’en plus finir, à tachycarder pendant des heures. Des diarrhées chroniques quels que soient les aliments ingérés. Une thermorégulation au point mort, avec une intolérance extrême à la chaleur et une hypersudation permanente, au point de changer de tee-shirt deux ou trois fois par jour. Sans parler des troubles de l’humeur…

Personne n’avait pensé à vérifier ma thyroïde. Ni les généralistes, ni les spécialistes. C’est en me plongeant il y a quelques années dans mes études de naturopathie que j’ai osé me poser cette question : « Et si tout ça, c’était lié à une hyperthyroïdie ? » Quelques bilans sanguins et urinaires plus tard, la réponse était claire : oui, c’en était une. Mais obtenir ce diagnostic n’a pas été une sinécure. Dans un système de santé vacillant, où le personnel soignant manque cruellement et où le déremboursement est devenu la norme, il a fallu naviguer seule, jongler entre prescriptions refusées et examens coûteux en laboratoire privé. Le parcours du combattant (Pardon pour cette parenthèse militante, mais parfois, il faut bien le dire !).

Une fois installée en cabinet, j’ai rencontré d’autres âmes en proie à cette même bataille, beaucoup atteintes en plus de la maladie de Basedow. Ensemble, nous avons exploré des solutions. C’est dans ces accompagnements que j’ai identifié quatre plantes qui sortent réellement du lot pour apaiser l’hyperexcitabilité propre à l’hyperthyroïdie.

Bien sûr, le travail ne s’arrête pas là : il y a l’alimentation à revoir, l’hygiène de vie à repenser, et d’autres outils comme les plantes adaptogènes et les champignons médicinaux pour agir sur la dimension auto-immune. Mais aujourd’hui, j’aimerais vous parler de ces quatre alliées précieuses, celles qui, régulièrement, apportent un véritable apaisement dans ce tumulte : le lycope, l’aubépine, la mélisse et l’agripaume.

Hyperthyroïdie et lycope (Lycopus europeaus)

Il s’agit à l’heure actuelle de la plante la plus efficace dans l’accompagnement de l’hyperthyroïdie, auto-immune ou non. La plante est conseillée dans tous les troubles liés à une hyperthyroïdie: tremblements, amaigrissement, tachycardie, perturbation du transit, léger goitre, exophtalmie, nervosité. C’est sa teneur en acide lithospermique qui lui confère des propriétés médicinales majeures. Des études ont par ailleurs spécifiquement montré son efficacité dans la maladie de Basedow (1).

Si vous êtes déjà sous traitement thyroïdien, un suivi médical sera nécessaire avant d’envisager la prise de la plante. Soyez également vigilant si vous êtes en projet grossesse. Les deux ne sont pas compatibles : l’acide lithospermique est un composé antihormonal et anticonceptionnel, antiprolactine et antigonadotrope hypophysaire (1). Concrètement, cela veut dire qu’il y a un impact sur les productions hormonales permettant la fertilité (LH/LSH), qui rend le lycope totalement contre-indiqué lors d’une grossesse ou d’un projet fertilité. Dans tous les cas, la complexité de cette plante nécessite l’accompagnement d’un praticien formé en herboristerie pour envisager un suivi sérieux en parallèle d’un suivi médical.

Mickael Moore (2) la conseille sous forme de teinture de plante fraîche [1:2, alcool à 95°] 15 à 40 gouttes, jusqu’à 3 fois par jour. Je vous déconseille l’infusion de la plante car elle est imbuvable, même pour les palais avertis.

Mes retours de terrain : j’ai vu des résultats spectaculaires avec cette plante, à raison de simplement 15 gouttes/jour d’alcoolature dans un fond d’eau, avec une baisse des résultats sanguins au bout de 15j de prise. Attention je précise qu’il s’agissait de personnes sans traitements médicaux annexes et qui ont également travaillé sur leur hygiène de vie globale (réduire le stress est primordial). Il ne convient pas de se lancer dans la prise anarchique de plantes lorsque l’on souffre de troubles thyroïdiens. Toujours demander l’avis de son médecin en amont.

Pour vous approvisionner en alccolature de la plante fraiche, je vous conseille Melilotus, de très bons producteurs de PAM : Alcoolature de Lycope – Producteurs de plantes aromatiques et médicinales bio en Corrèze

Lycope (Lycopus europeaus) hyperthyroïdie
Lycope (Lycopus europeaus)
Aubépine - Crataegus monogyna
Aubépine (Crataegus monogyna)

Hyperthyroïdie et aubépine (Crataegus monogyna)

La plante est connue pour son action sur le muscle cardiaque, les vaisseaux sanguins et les palpitations. Le pouvoir de cette rosacée est néanmoins beaucoup plus global: elle régule la pression artérielle, agit sur l’hyperémotivité grâce à son action calmante et anxiolytique et dispose également de propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes dues à la présence de vitexine (1). Son énergétique fraiche en fait une alliée de choix pour aider la condition «hyper» où tout est en excès : le cœur s’emballe et la chaleur monte à la moindre émotion. On l’utilisera pour soulager des symptômes tels qu’une sensibilité excessive au stress, de la nervosité, de l’irritabilité et de l’agressivité, de l’anxiété d’anticipation et d’appréhension, des troubles du sommeil (1).

L’aubépine est une plante qui s’utilise sur le long terme. En infusion : 10 à 20 g de fleurs séchées ou de feuilles par litre, à faire infuser 10 minutes. Boire 2 à 3 tasses par jour. En teinture : mélanger 1/3 de fleurs + 1/3 de feuilles + 1/3 de baies pour bénéficier du totum de la plante. 30 à 50 gouttes 2 à 3 fois par jour. En macérat de bourgeons (ma forme préférée !): 5 à 10 gouttes 3 fois par jour dans un fond d’eau et à distance des repas.

Contre-indications : s’appliquent les contre-indications classiques de baisse de vigilance des plantes sédatives. Cette plante est déconseillée aux femmes enceintes et allaitantes ainsi qu’aux enfants de moins de 12 ans. Dans tous les autres cas, la seule précaution s’applique lorsqu’il y a déjà un traitement à base de digitaline, d’antihypertenseurs, de dérivés nitrés ou d’hypolipémiants. Leur utilisation concomitante peut nécessiter une diminution du dosage de ces médicaments et requiert un avis médical en raison de l’effet potentialisateur de la plante qui amplifie les effets des médicaments.

Pour vous approvisionner en bonne gemmothérapie, je vous conseille Bénédicte Freschi des Praslins productrice en Savoie qui fait un travail exceptionnel de cueillette et de transformation: Macérat de bourgeons d’aubépine bio | Les Praslins

La Mélisse (Melissa officinalis)

La mélisse est une plante de premier choix dans l’accompagnement de l’hyperthyroïdie. Elle agit sur la symptomatique à tous les niveaux, principalement sur l’état constant d’anxiété et les palpitations. L’acide rosmarinique qu’elle contient favorise la régulation de la glande thyroïde à la baisse en réduisant la production d’hormones thyroïdiennes (3). Elle aide aussi en cas de palpitations cardiaques, de crise de nerfs, de spasmes digestifs ou de migraine d’origine nerveuse. Le Dr Eric Lorrain décrit son action sédative sur le système nerveux central en cas de déséquilibre global du système nerveux, notamment avec palpitations, agitation, nervosité et hyperémotivité. Elle freine les excès de l’hypophyse et de la thyroïde (1). Son énergétique froide est idéale pour calmer les excès de chaleur et aider le processus de thermorégulation corporelle car la personne en hyperthyroïdie a une réelle intolérance à la chaleur, qui lui est insupportable.

Comment la consommer ?  En infusion : 1-7 g par jour à faire infuser 30 minutes. La plante sèche perdant ses propriétés médicinales rapidement, elle est à utiliser fraiche. Pour savoir si elle est encore intéressante, froissez une feuille et sentez-la. Une odeur citronnée est bon signe. En revanche, si vous sentez, une odeur de foin, inutile de l’utiliser. En infusion froide : 1-7 g par jour à faire infuser dans de l’eau froide pendant 4 à 8 heures. En alcoolature (plante fraiche) : 1-5 ml, 3 fois par jour.

Contre-indications : la mélisse bénéficie d’un long passé d’utilisation sans qu’aucun effet indésirable notable ou significatif n’ait été rapporté à ce jour, mais comme toute plante sédative elle peut diminuer la vigilance et amplifier les effets des médicaments psychotropes (somnifères, antidépresseurs, anxiolytiques…).

Pour se procurer une bonne alcoolature de mélisse fraiche, je vous recommande Ouma Le chemin des plantes, les productions de Cati et Vincent Segretain : MELISSE Extrait végétal

L’Agripaume (Leonorus cardiaca)

Parmi les plantes alliées du système nerveux et cardiovasculaire, l’agripaume se distingue par son aptitude à apaiser les tempêtes intérieures, tant physiques qu’émotionnelles. Elle s’impose comme un rempart face aux manifestations exacerbées de l’hyperthyroïdie.

Traditionnellement surnommée Motherwort par les Anglo-Saxons (4), l’agripaume évoque une présence maternelle rassurante. Son action sur le système nerveux est celle d’un baume, dissipant l’agitation, les angoisses diffuses et la sensation d’un cœur pris dans un étau. Elle calme les esprits tourmentés, que ce soit en période de deuil, de choc émotionnel ou de transitions incertaines.

Si le cœur s’emballe, accélérant sous l’effet de la tachycardie ou de la peur, l’agripaume agit en régulatrice. Ses effets chronotropes négatifs ralentissent les battements cardiaques sans alourdir la charge du cœur (5). Pour les personnes en proie aux palpitations liées à l’hyperthyroïdie, elle devient une précieuse alliée, atténuant les crises sans interférer directement avec la thyroïde.

Bien qu’elle ne « refroidisse » pas la thyroïde comme le lycope (Lycopus europaeus), elle adoucit le tumulte des symptômes associés. Elle accompagne avec douceur ceux qui cherchent à retrouver leur centre, au-delà des fluctuations hormonales et des tempêtes émotionnelles. Il pourra donc être intéressant d’associer lycope et agripaume.

Je vous conseille vraiment d’utiliser une teinture ou alcoolature car la plante est très amère en infusion, ou alors il faudra réaliser une synergie avec des plantes aromatiques pour l’adoucir, type verveine. N’oubliez pas : pour « casser » l’amertume d’une plante dans une tisane, on n’utilisera pas du sucre ou du miel, mais une touche de citron (acidité) ! Mickael Moore (2) la conseille aux dosages suivants : Teinture de plante fraîche [1:2, alcool à 95°], teinture de plante sèche [1:5, alcool à 60°] 30 à 60 gouttes, jusqu’à 4 fois par jour.

Contrindications : contrindiquée pendant la grossesse, elle peut également provoquer des saignements inattendus chez la femme (ménopausée ou non, juste après accouchement). Elle est déconseillée chez la personne prenant des médicaments anticoagulants.

Vous pouvez vous procurer une bonne alcoolature de la plante fraiche d’agripaume chez Palmira Martins, qui a composé une gamme spécifique des troubles féminins sur son site Flora Feminae : Agripaume | FLORA FEMINAE

Pour rappel : je ne suis ni médecin, ni pharmacien. Un conseil en naturopathie et phytothérapie ne remplace pas un avis médical. Ces données sont partagées à titre informatif. Toute supplémentation doit être envisagée avec l’accord de votre médecin.

Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur les troubles thyroïdiens ici

Agripaume - Leonorus cardiaca
Agripaume (Leonorus cardiaca)

Références

(1) LORRAIN Eric (Dr), Grand manuel de phytothérapie, Editions Dunod, 2019.

(2) MOORE Mickael, Matière médicale herbale. Aperçu des plantes médicinales majeures, fournissant les méthodes de fabrication recommandées, la concentration, et les plages de dosages communes, 5ème édition, 1995, traduction Christophe Bernard.

(3) FLORAMEDICINA, Materia Medica, édition 2021.

(4) ALTHEA PROVENCE – L’agripaume (Leonurus cardiaca)

(5) Miłkowska-Leyck K, Filipek B, Strzelecka H. Pharmacological effects of lavandulifolioside from Leonurus cardiaca. J Ethnopharmacol. 2002 Apr;80(1):85-90.

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