La menthe poivrée pendant le cancer : soulager les nausées et comprendre son potentiel anticancéreux

Je conseille la menthe poivrée très souvent lors de mes accompagnements en oncologie intégrative. Pour les nausées et les vomissements, les lourdeurs digestives, les spasmes intestinaux ou encore les difficultés à s’alimenter… Il s’agit d’effets secondaires fréquemment rencontrés pendant les traitements, et qui peuvent être soulagés rapidement et efficacement avec la plante.

Je vous parle de la menthe “poivrée” (mentha x piperita) mais il faut savoir qu’il existe des milliers d’espèces de menthes, et qu’elles sont toutes très aromatiques et utilisables au quotidien. Depuis les premières classifications du genre Mentha, plus de 3 000 dénominations ont été proposées couvrant différents niveaux taxonomiques, de l’espèce jusqu’à la forma. La grande majorité de ces noms (jusqu’à 95 % selon certaines estimations) correspondrait toutefois à des synonymes ou à des appellations non valides. Les travaux de classification sur les menthes sont particulièrement complexes : le genre se caractérise par une forte capacité d’hybridation, un polymorphisme marqué et une fréquence importante de polyploïdie. À cela s’ajoute l’influence de la culture et de la multiplication végétative, qui contribuent encore à brouiller les frontières entre les différents taxons (1).

La menthe poivrée est d’ailleurs elle-même issue d’une hybridation spontanée, hexaploïde, entre la menthe verte et la menthe aquatique (1) (2)

Goetz et Hadji Minaglou nous précisent d’ailleurs : « L’imprécision liée à la menthe est d’ordre génétique. La menthe poivrée est un bâtard triple de M. aquatica, M. spicata et un hybride issu de M. longifolia et M. suaveolens. Elle est d’utilisation ancienne, trouvée sur une décoration florale de tombe égyptienne (-1200 à -600 av. J.-C.). » (4)

Donc si vous avez au jardin de la menthe des champs (mentha arvensis), de la menthe verte ou menthe en épi (mentha spicata), menthe pouliot (mentha pulegium) etc.. vous pouvez l’utiliser au quotidien ! Moi par exemple, à l’époque où j’avais mon carré de médicinales, on m’avait offert de la menthe ananas (mentha suaveolens), et elle faisait très bien l’affaire pour des infusions ! 🙂

Ma prose va être très simple aujoud’hui : je vais vous expliquer comment j’accompagne les personnes en traitements anticancéreux avec la menthe poivrée. Quelles galéniques est-ce que j’utilise ? A quel moment ? Quels dosages ?

Ensuite nous basculerons sur ce que dit la science aujourd’hui à travers son potentiel anticancéreux. Plusieurs espèces de menthes présentent des effets anticancéreux, mais à l’heure actuelle il s’agit d’essais expérimentaux in vitro. Aucune vraie étude clinique sur humain. J’ai volontairement refusé d’utiliser les études sur animaux.

Menthe poivrée

Pourquoi la menthe est-elle si intéressante en soin de support en cancérologie ?

On le sait, la menthe poivrée c’est notre chouchoute après les repas copieux lorsque l’on a un peu abusé de la nourriture. Si on reprend notre cher Grand Manuel de Phytothérapie du Docteur Eric Lorrain, voici ce que l’on peut récupérer comme infos :

Propriétés et indications : antispasmodique : spasmes mineurs du tractus gastro-intestinal, flatulences et douleurs abdominales, dyspepsies. Action cholérétique, apéritive et carminative. Nausées, reflux gastro-œsophagien, aérogastrie, colopathies, colites spasmodiques, spasmes digestifs, ballonnements, syndrome de l’intestin irritable.

Contre-indications et interactions médicamenteuses: prudence et surveillance médicale en cas de lithiase biliaire, en raison de l’effet cholérétique de la plante à haute dose. Aucune contre-indication au dosage tisane.

« La feuille fraiche de menthe poivrée augmente l’activité lipasique pancréatique et intestinale. Elle stimule l’activité de l’amylase pancréatique » (Lorrain).

De notre côté, pas de “haute dose” en soin de support. On va donc l’utiliser en infusion de la plante fraiche ou sèche, à raison de 2 cs/tasse ou de 15g de plantes pour 1L d’eau. On la laisse infuser au moins 10 min.

On peut l’utiliser également en alcoolature de la plante fraiche. En commençant avec 25 gouttes (environ 1ml) 3x/jour avant les repas.

L’hydrolat sera aussi une super alternative à la tisane en interne, après l’avoir gardé au frigo et donc avec une sensation bien fraîche.

Et l’huile essentielle sera à utiliser uniquement en inhalation – directement au flacon ou sur un mouchoir à respirer – ou en application locale. Je rappelle que les huiles essentielles ne sont pas faites pour être avalées !

Dans quels cas l’utiliser ?

Pour les nausées (et vomissements) – plante en infusion à raison de 1 ou 2 càs/tasse et/ou huile essentielle en inhalation directement au flacon ou sur 1 mouchoir. A noter aussi que l’alcool de menthe sur 1 sucre fonctionne assez bien 😉

Pour les inconforts digestifs – plante en infusion ou alcoolature

  • inconfort digestif : syndrome dyspeptique, spasmes intestinaux
  • gaz et ballonnements, la plante est ce que l’on appelle dans le jargon “carminative”

Là on prendra sa petite tisane de menthe poivrée bien dosée après les repas à raison de 2 càs/tasse et on peut rajouter 1 ou 2 prises plutôt à distance des repas.

En alcoolature, 25-30 gouttes dans un fond d’eau 3x/jour pour commencer est amplement suffisant.

C’est également un soutien d’élimination pendant les traitements :

Ensuite (…) elle stimule la production et l’évacuation de bile au niveau du foie et de la vésicule biliaire. Elle a donc un effet qu’on appelle dépuratif, elle permet au foie de mieux évacuer les déchets” Althea Provence (2). 

Privilégiez la forme tisane selon votre goût, au moins 1L/jour pour éliminer les toxines.

Pour soutenir l’alimentation – plante en infusion ou alcoolature

  • elle facilite parfois la prise alimentaire en prenant 1 tisane avant les repas pour ouvrir l’appétit
  • pour sa sensation de fraîcheur
  • pour son apaisement du système nerveux

Pour les mucites – hydrolat

  • elle améliore le confort buccal : bain de bouche avec l’hydrolat de menthe poivrée pur ou dilué (selon tolérance) pour un effet rafraichissant immédiat !

Pour les neuropathies – application locale de l’huile essentielle diluée

  • Application locale de l’huile essentielle diluée à 5% ou 10 % sur les extrêmités. Plus l’application est étendue plus il faut diluer la concentration de l’huile essentielle, pour ne pas risquer un choc thermique et une hypothermie.

Pour les démangeaisons cutanées – application locale de l’huile essentielle diluée

  • Et oui la menthe poivrée est très efficace pour soulager les inconforts cutanés liés aux différents traitements, surtout quand ça gratouille ! Attention il faut bien la diluer pour ne pas qu’elle soit irritante. Elle peut être combinée à de l’huile essentielle de lavande vraie. Bien diluée cette  fois-ci : de 0,5 jusqu’à 2%. L’idéal est de la diluer dans une huile végétale ou un macérât huileux également réparateur cutané : macadamia, calendula, plantain…

Pour les douleurs musculaires – massage avec de l’huile essentielle diluée

  • Si des douleurs musculaires apparaissent, on peut masser les zones douloureuses en créant une synergie d’huile essentielle de menthe poivrée, laurier noble et romarin à camphre par exemple. Le mélange dilué à 5% dans une huile végétale. La menthe poivrée est très antalgique.
Tisane Menthe poivrée

Le potentiel anticancéreux et antitumoral de la menthe poivrée en cas de cancer

Au-delà de son intérêt symptomatique, plusieurs équipes de recherche se sont intéressées à la capacité de certaines espèces de menthe à agir directement sur les cellules cancéreuses. J’ai 3 études significatives exploitables (cf biblio) dont je vais vous partager les résultats. Je précise de nouveau ici :  plusieurs espèces de menthes présentent des effets anticancéreux, mais à l’heure actuelle il s’agit uniquement d’essais expérimentaux in vitro. Aucune vraie étude clinique sur humain. J’ai volontairement refusé d’utiliser les études sur animaux.

Les mécanismes anticancéreux les plus intéressants :

  • Favoriser l’apoptose, la mort cellulaire naturelle programmée.
  • Freiner la multiplication cellulaire : certaines substances de la menthe semblent bloquer le cycle de division des cellules tumorales.
  • Agir sur les voies de signalisation: certaines molécules de la menthe semblent réactiver des systèmes cellulaires chargés de surveiller et éliminer les cellules anormales.

Toutes les menthes ne se valent pas

Les résultats varient énormément selon l’espèce utilisée, la partie de la plante et surtout la forme galénique. Et pour rappel de bon sens : une étude réalisée avec une huile essentielle concentrée in vitro ne permet pas de conclure qu’une tisane produira les mêmes effets.

Le message central de la revue est que plusieurs espèces de Mentha ont une cytotoxicité ou une activité antiproliférative contre des lignées tumorales, avec un signal souvent plus fort pour les huiles essentielles que pour les extraits (logique !).

Les cancers cités incluent notamment col de l’utérus, larynx, leucémie, sein, ovaire, poumon, côlon, pancréas et tumeurs corticosurrénaliennes.

Type de menthe

Nom latin

Forme galénique

Données cancer rapportées

Menthe verte

Mentha spicata

Extrait aqueux

Cytotoxicité sur cellules U937 de leucémie, IC50 4,8 mg/mL 

Menthe aquatique sauvage / longue feuille

Mentha longifolia

Extrait méthanolique

Effet antiprolifératif sur lignées de tumeur corticosurrénalienne, avec modulation MAPK et PI3K/Akt

Menthe aquatique sauvage / longue feuille

Mentha longifolia

Huile essentielle hydrodistillée

Bonne cytotoxicité contre la lignée mammaire MCF-7

Menthe pouliot

Mentha pulegium

Extrait aqueux

Meilleure activité antitumorale rapportée parmi plusieurs espèces, 94%

Menthe pouliot

Mentha pulegium

Huile essentielle

Cytotoxique sur SKOV-3, HeLa et A549, alors que l’extrait méthanolique n’était pas cytotoxique

Mécanismes et Formes

L’article attribue donc aux préparations de Mentha plusieurs mécanismes antitumoraux expérimentaux, dont apoptose, arrêt du cycle cellulaire, modulation de MAPK/PI3K-Akt, augmentation de Bax et p53, modulation de cytokines et induction d’un phénotype de sénescence. Il mentionne aussi des composés isolés dérivés de la menthe, notamment le L-menthol et le perillyl alcohol, comme candidats d’intérêt anticancéreux:

  • Mentha spp., huiles essentielles: plus cytotoxiques que les extraits dans l’étude sur cinq espèces, surtout sur HeLa avec IC50 ≤ 42,3 µg/mL
  • Mentha feuilles, extraits chloroformique et acétate d’éthyle: cytotoxicité dose- et temps-dépendante sur HeLa, MCF-7, Jurkat, T24, HT-29, MIAPaCa-2 
  • Mentha pulegium, nanoparticules d’argent avec extrait aqueux: cytotoxicité sur MCF-7 et mort cellulaire dépendante de caspase-9 sur MCF-7 et MDA-MB-231 

Ce qu’on peut réellement conclure aujourd’hui

Ce que l’on sait : la menthe est utile en soins de supports pour certains inconforts digestifs. Plusieurs espèces présentent des effets anticancéreux expérimentaux. Certains composés comme le menthol ou le perillyl alcohol méritent davantage d’études.

Ce que l’on ne sait pas : si la menthe améliore la survie et quelle dose serait nécessaire chez l’humain ? Et quelle espèce de menthe serait la plus pertinente ? Il faut lancer des études cliniques pour cela. A bon entendeur 😉

Ultime précaution wikiphyto : “Il existe des cas d’allergie ou intolérance à la menthe. Ces cas sont assez rares, mais impliquent souvent une réaction dès l’inhalation, car l’odeur de la menthe généralement très forte suscite alors nausées et vertiges. Mais les symptômes peuvent aussi être d’ordre physique ou respiratoire (eczéma, asthme, etc.). Ils peuvent être spécifiques à certaines variétés de menthe : on peut être allergique à la menthe la plus répandue dans les produits alimentaires, mais tolérer par exemple la menthe poivrée et le menthol. La cause de l’allergie relève de ce que certaines protéines ou certains composés chimiques contenus dans les menthes peuvent être identifiés comme néfastes par l’organisme (comme les salicylates ou le linalol). L’allergie peut être croisée avec d’autres membres de la famille des lamiacées.”

Pour rappel : je ne suis ni médecin, ni pharmacienne. Un conseil en herboristerie ou naturopathie ne remplacera jamais un avis médical. Ne suivez jamais les conseils d’un praticien vous recommandant d’arrêter vos traitements.

Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur l’accompagnement en cancérologie ici.

Mon programme en ligne « Cancer. Au-delà des traitements : se construire » est disponible ici.

Menthe

Références Menthes et cancer

Site internet sources sur la menthe poivrée :

  • (1)Wikiphyto : https://www.wikiphyto.org/wiki/Menthe_poivr%C3%A9e 
  • (2)AltheaProvence : https://www.altheaprovence.com/menthe-poivree/ 

Bibliographie générale:

  • (3)Dr Lorrain Eric, Grand Manuel de Phytothérapie, Editions Dunod, 2021.
  • (4)Paul Goetz et Francis Hadji-minaglou, Conseil en Phytothérapie. Guide à l’usage du prescripteur, Editions Lavoisier Tec & Doc, 2019.

Bibliographie : la menthe comme soin de support en cancérologie

  • Jafarimanesh, H., Akbari, M., Hoseinian, R., Zarei, M., & Harorani, M. (2020). The Effect of Peppermint (Mentha piperita) Extract on the Severity of Nausea, Vomiting and Anorexia in Patients with Breast Cancer Undergoing Chemotherapy: A Randomized Controlled Trial. Integrative Cancer Therapies, 19. https://doi.org/10.1177/1534735420967084
  • Ertürk, N. E., & Taşcı, S. (2020). The Effects of Peppermint Oil on Nausea, Vomiting and Retching in Cancer Patients Undergoing Chemotherapy: An Open Label Quasi-Randomized Controlled Pilot Study.. Complementary therapies in medicine, 56, 102587 . https://doi.org/10.1016/j.ctim.2020.102587
  • Ozdemir, D., Arslan, S., Artaç, M., & Karaarslan, F. (2024). Topical menthol for chemotherapy-induced peripheral neuropathy: a randomised controlled trial in breast cancer. BMJ Supportive & Palliative Care, 15, 79 – 86. https://doi.org/10.1136/spcare-2023-004483

Bibliographie : son potentiel anticancéreux

  • Tafrihi, M., Imran, M., Tufail, T., Gondal, T. A., Caruso, G., Sharma, S., Sharma, R., Atanassova, M., Atanassov, L., Fokou, P. V. T., & Pezzani, R. (2021). The Wonderful Activities of the Genus Mentha: Not Only Antioxidant Properties. Molecules, 26. https://doi.org/10.3390/molecules26041118
  • Sharma, V., Hussain, S., Gupta, M., & Saxena, A. (2014). In vitro anticancer activity of extracts of Mentha Spp. against human cancer cells.. Indian journal of biochemistry & biophysics, 51 5, 416-9 .
  • Hussain, A. I., Anwar, F., Nigam, P., Ashraf, M., & Gilani, A. (2010). Seasonal variation in content, chemical composition and antimicrobial and cytotoxic activities of essential oils from four Mentha species.. Journal of the science of food and agriculture, 90 11, 1827-36 . https://doi.org/10.1002/jsfa.4021
Menthe et cancer

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