Mélatonine et cancer
Entre stratégie anticancéreuse et adjuvant thérapeutique
J’ai longtemps associé la mélatonine à une simple capsule de sommeil, une aide passagère contre le décalage horaire ou l’insomnie. Puis, en plongeant dans la littérature scientifique et en écoutant le Docteur Jean-Loup Mouysset lors de ces formations en oncologie intégrative, j’ai découvert une autre histoire. Celle d’une molécule qui passe un peu inaperçue, produite chaque nuit par notre glande pinéale, et qui semble jouer un rôle bien plus vaste qu’attendu. Immunité, apoptose, stress oxydatif, modulation hormonale : la mélatonine s’invite partout où la cellule lutte pour survivre ou mourir dignement. Aujourd’hui, taper « mélatonine et cancer » dans PubMed, c’est tomber sur plus de 3700 publications. Preuve que ce sujet n’est plus une curiosité scientifique, mais un champ de recherche en pleine effervescence. J’ai décortiqué les éléments les plus interessants pour mes accompagnements en cancérologie. Je vous les livre ci-dessous. Vous retrouvez également une belle bibliographie en fin d’article, si vous souhaitez approfondir le sujet. Et évidemment comme toujours, je vous renvoie à l’ouvrage du Dr Mouysset “Oncologie intégrative. Du Cancer vers la Santé”. Une bible à avoir sur sa table de chevet si vous traversez l’épreuve du cancer, où si vous êtes aidant et/ou accompagnant thérapeutique.
La mélatonine : un agent anticancéreux pléiotropique[1]
Bon, nous allons essayer de “résumer” les propriétés de la mélatonine: j’ai trouvé tellement d’études que la tête m’a tournée (même après avoir terminé de rédiger mon papier, c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a plusieurs sections en fin d’article: des résultats d’autres auteurs qui viennent corroborrer ce que j’avais précedemment trouvé). Je ne serai évidemment pas exhaustive, mais ce que j’ai retenu et compris désormais, c’est que la mélatonine agit comme une véritable arme biologique multitâche. Elle est produite la nuit par la glande pinéale, mais aussi par bien d’autres tissus du corps, et elle se glisse dans presque toutes les étapes clés de la cancérogenèse. On parle souvent de mélatonine extrapinéale.
Voici les principaux tissus et organes capables d’en produire (j’ai découvert des choses que je ne savais pas, au fil de mes recherches je me suis dit “mais whouaouh cette hormone est dingue et tellement bien tolérée, c’est un adjuvant incontournable en cancéro en fait !”) :
- La rétine : impliquée dans la régulation locale de la lumière et du rythme circadien.
- La moelle osseuse : elle joue un rôle dans l’immunité et la protection des cellules souches.
- Le système digestif (principalement l’intestin) : c’est même la plus grande source de mélatonine dans le corps, produite par les cellules entérochromaffines[2].
- Le foie et les reins : ils en synthétisent aussi, participant aux fonctions métaboliques et antioxydantes.
- Les cellules immunitaires (comme les lymphocytes et macrophages) : elles produisent de la mélatonine localement, ce qui module la réponse immunitaire.
- La peau : kératinocytes, mélanocytes et follicules pileux en fabriquent, jouant un rôle protecteur contre le stress oxydatif et les UV.
- Le pancréas : où elle influence la régulation de l’insuline.
Alors le lien avec la cancérogénèse le voici : la mélatonine pousse les cellules malignes au suicide (apoptose), freine leur frénésie de division, coupe les vivres en bloquant l’angiogenèse, limite la dissémination métastatique, corrige les dérives métaboliques et apaise l’inflammation chronique (Talib et al., 2018, 2021). Rien que ça !
Sa puissance dépend de la dose : dès 0,5 à 2 mg, l’immunité antitumorale s’éveille ; à 10 mg, les effets pro-apoptotiques et oncostatiques deviennent visibles ; à 20 mg/j, l’action antioxydante domine (Mouysset, 2023). Ces paliers expliquent pourquoi elle attire l’attention dans des cancers aussi divers que ceux du sein (Samanta, 2022), du pancréas (Tamtaji et al., 2019) ou encore dans les tumeurs cérébrales et ORL (Reiter et al., 2024).
[1] Qui agit à travers plusieurs mécanismes différents, produisant des effets multiples sur divers tissus, cellules ou fonctions.
[2] Les cellules entérochromaffines sont de petites « usines chimiques » de l’intestin qui fabriquent sérotonine et mélatonine, influençant à la fois la digestion, l’équilibre nerveux et même l’immunité.
La mélatonine : un adjuvant des traitements conventionnels
Là où la mélatonine devient vraiment passionnante, c’est quand on la regarde non plus seulement comme une molécule anticancéreuse autonome, mais comme un adjuvant aux thérapies conventionnelles. En cancérologie, ce qui fait la différence, ce n’est pas seulement d’attaquer la tumeur, mais aussi de permettre au patient de supporter la durée et l’intensité des traitements. Et c’est précisément là que la mélatonine entre en jeu.
Les sels de platine, par exemple, sont des thérapies puissantes mais redoutées pour leur neurotoxicité. Plusieurs travaux montrent que la mélatonine exerce un effet neuroprotecteur, réduisant les lésions et limitant la perte de fonction induites par ces chimiothérapies (Talib, 2018). Au niveau cellulaire, elle a la capacité de désamorcer l’un des grands mécanismes de défense des cellules tumorales : la chimiorésistance. En inhibant certaines voies de signalisation et en diminuant le stress oxydatif, elle redonne de la sensibilité aux médicaments qui avaient perdu de leur efficacité. Je vous renvoie à l’article en question en biblio pour les détails scientifiques, ici je simplifie au maximum pour que tout le monde puisse comprendre.
Et ses propriétés radioprotectrices sont tout aussi remarquables. Car la radiothérapie s’accompagne souvent de dommages collatéraux sur les tissus sains : la mélatonine agit comme un “bouclier moléculaire”. Elle limite les effets indésirables liés à l’irradiation, sans altérer l’efficacité anticancéreuse de la radiothérapie (Farhoud et al., 2019).
Les essais cliniques sont clairs : la mélatonine est bien tolérée, compatible avec l’ensemble des chimiothérapies utilisées aujourd’hui (Mouysset, 2023), et améliore non seulement l’efficacité mais aussi la tolérance des traitements. Des études précliniques et cliniques convergent pour montrer qu’en association avec la chimiothérapie ou la radiothérapie, elle permet parfois de réduire les doses de cytotoxiques nécessaires, tout en augmentant la qualité de vie et la survie des patients (Talib et al., 2021).
Autrement dit, la mélatonine ne se contente pas de combattre la tumeur : elle change le rapport de force en rendant les thérapies classiques plus efficaces et plus supportables. Un soin de support incontournable !
Mélatonine, rythmes biologiques et prévention
La mélatonine joue également un rôle crucial dans la relation entre nos rythmes biologiques et le risque de cancer. La dérégulation circadienne (qu’elle soit liée au travail de nuit, à l’exposition fréquente à la lumière nocturne ou aux décalages horaires répétés) réduit la sécrétion endogène de cette hormone. Cette baisse n’est pas anodine : elle a été associée à un risque accru de cancer, en particulier du sein. Restaurer des niveaux adéquats de mélatonine, par des mesures simples de gestion des rythmes circadiens ou, lorsque nécessaire, par un soutien ciblé, pourrait donc avoir une véritable valeur préventive (Samanta, 2022). Ces données soulignent que notre exposition à la lumière et notre organisation du temps ne sont pas de simples détails du quotidien, mais des facteurs biologiques pouvant influencer durablement notre santé.
D’où mon crédo permanent dans mes accompagnements quels qu’ils soient: d’abord une réforme de l’hygiène de vie en général, avant de penser aux plantes et à la phyto. Bien dormir, bien manger et avoir une activité physique régulière sont les piliers d’une bonne santé. Et ça parait tellement simple… pourtant c’est beaucoup plus compliqué d’instaurer un footing 3x/semaine le matin que d’avaler des gélules de plantes sans effort.
Perspectives et intégration clinique
Après toutes mes lectures, j’en suis désormais convaincue : la mélatonine s’impose aujourd’hui comme une molécule incontournable en soin de support en oncologie. Les données accumulées montrent qu’elle agit directement sur plusieurs caractéristiques fondamentales du cancer. Prolifération, angiogenèse, métastases, résistance immunitaire… autant de mécanismes que la mélatonine est capable de moduler, en régulant les voies de signalisation cellulaires, en rétablissant l’homéostasie oxydative, en favorisant l’apoptose et en maintenant l’intégrité des rythmes circadiens. Sa polyvalence explique pourquoi ses effets se retrouvent dans un large spectre de cancers dans tous les articles que j’ai pu trouver: sein, colorectal, foie, ovaire, hémopathies, et bien d’autres encore.
Comme le souligne le Docteur Dominic D’Agostino (7), ses bénéfices dépassent le champ du sommeil : la mélatonine est neuroprotectrice, immunomodulatrice et anticancéreuse, avec une sécurité d’emploi remarquable, y compris à fortes doses. L’exploration de synergies thérapeutiques, en particulier avec la vitamine D (Reiter et al, 2024), ouvre la perspective d’un véritable levier combinatoire : réduction du stress oxydatif, amélioration de la résilience cellulaire et optimisation de la réponse aux traitements conventionnels, tout en atténuant leur toxicité.
Il est évident que la traduction clinique n’est pas encore homogène. Les essais montrent des résultats parfois contrastés, oscillant entre bénéfices nets (diminution de la fatigue, meilleure tolérance des chimiothérapies, potentialisation de leur efficacité) et conclusions plus prudentes sur l’impact direct en termes de survie. Mais ces disparités reflètent surtout l’hétérogénéité des protocoles : doses, formulations, populations étudiées. Ce constat plaide moins contre son intérêt que pour un besoin urgent de standardisation et d’essais de grande ampleur.
En conclusion, la mélatonine s’impose aujourd’hui comme un allié de taille en oncologie intégrative. Utilisée à faible dose, elle stimule l’immunité (à partir de 2mg/jour); à doses plus élevées (20mg), elle exerce des effets anticancéreux directs et protège les tissus contre les dommages liés aux traitements. Bien que des essais cliniques de grande ampleur restent nécessaires pour préciser les protocoles et dosages optimaux, son profil de sécurité et ses multiples mécanismes d’action justifient son intégration croissante dans les stratégies de prise intégratives en charge du cancer.
Pour rappel : je ne suis ni médecin, ni pharmacien. Un conseil en herboristerie ou naturopathie ne remplacera jamais un avis médical. Ne suivez jamais les conseils d’un praticien vous recommandant d’arrêter vos traitements.
Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur l’accompagnement en cancérologie ici.
Références Mélatonine et cancer :
- Talib WH, Alsayed AR, Abuawad A, Daoud S, Mahmod AI. Melatonin in Cancer Treatment: Current Knowledge and Future Opportunities. Molecules. 2021 Apr 25;26(9):2506. doi: 10.3390/molecules26092506. PMID: 33923028; PMCID: PMC8123278.
- Talib WH. Melatonin and Cancer Hallmarks. Molecules. 2018 Feb 26;23(3):518. doi: 10.3390/molecules23030518. PMID: 29495398; PMCID: PMC6017729.
- Samanta S. Melatonin: A Potential Antineoplastic Agent in Breast Cancer. J Environ Pathol Toxicol Oncol. 2022;41(4):55-84. doi: 10.1615/JEnvironPatholToxicolOncol.2022041294. PMID: 36374962.
- Tamtaji OR, Mirhosseini N, Reiter RJ, Behnamfar M, Asemi Z. Melatonin and pancreatic cancer: Current knowledge and future perspectives. J Cell Physiol. 2019 May;234(5):5372-5378. doi: 10.1002/jcp.27372. Epub 2018 Sep 19. PMID: 30229898.
- Reiter RJ, De Almeida Chuffa LG, Simão VA, Martín Giménez VM, De Las Heras N, Spandidos DA, Manucha W. Melatonin and vitamin D as potential synergistic adjuvants for cancer therapy (Review). Int J Oncol. 2024 Dec;65(6):114. doi: 10.3892/ijo.2024.5702. Epub 2024 Oct 25. PMID: 39450562; PMCID: PMC11575929.
- Farhood B, Goradel NH, Mortezaee K, Khanlarkhani N, Salehi E, Nashtaei MS, Mirtavoos-Mahyari H, Motevaseli E, Shabeeb D, Musa AE, Najafi M. Melatonin as an adjuvant in radiotherapy for radioprotection and radiosensitization. Clin Transl Oncol. 2019 Mar;21(3):268-279. doi: 10.1007/s12094-018-1934-0. Epub 2018 Aug 22. PMID: 30136132.
- https://tim.blog/2025/09/05/https-tim-blog-2025-09-03-dr-dominic-dagostino-all-things-ketones-transcript/
Sources complémentaires :
Mélatonine et capacité à interférer avec plusieurs caractéristiques du cancer, notamment la prolifération, les métastases, l’angiogenèse et l’échappement immunitaire:
- Reiter, R., Rosales‐Corral, S., Tan, D., Acuña-Castroviejo, D., Qin, L., Yang, S., & Xu, K. (2017). Melatonin, a Full Service Anti-Cancer Agent: Inhibition of Initiation, Progression and Metastasis. International Journal of Molecular Sciences, 18. https://doi.org/10.3390/ijms18040843.
- Moradkhani, F., Moloudizargari, M., Fallah, M., Asghari, N., Khoei, H., & Asghari, M. (2020). Immunoregulatory role of melatonin in cancer. Journal of Cellular Physiology, 235, 745 – 757. https://doi.org/10.1002/jcp.29036.
Mélatonine exerçant ses effets à travers son activité antioxydante, la modulation des voies de signalisation, l’induction de l’apoptose et la régulation des rythmes circadiens:
- Hill, S., Belancio, V., Dauchy, R., Xiang, S., Brimer, S., Mao, L., Hauch, A., Lundberg, P., Summers, W., Yuan, L., Frasch, T., & Blask, D. (2015). Melatonin: an inhibitor of breast cancer. Endocrine-related cancer, 22 3, R183-204 . https://doi.org/10.1530/ERC-15-0030.
- Samec, M., Líšková, A., Koklesová, L., Zhai, K., Varghese, E., Samuel, S., Šudomová, M., Lucansky, V., Kassayová, M., Péč, M., Biringer, K., Brockmueller, A., Kajo, K., Hassan, S., Shakibaei, M., Golubnitschaja, O., Büsselberg, D., & Kubatka, P. (2021). Metabolic Anti-Cancer Effects of Melatonin: Clinically Relevant Prospects. Cancers, 13. https://doi.org/10.3390/cancers13123018.
- Gil-Martín, E., Egea, J., Reiter, R., & Romero, A. (2019). The emergence of melatonin in oncology: Focus on colorectal cancer. Medicinal Research Reviews, 39, 2239 – 2285. https://doi.org/10.1002/med.21582.
- Di Bella, G., Mascia, F., Gualano, L., & Di Bella, L. (2013). Melatonin Anticancer Effects: Review. International Journal of Molecular Sciences, 14, 2410 – 2430. https://doi.org/10.3390/ijms14022410.
Rôle de la mélatonine à la fois comme agent préventif et comme adjuvant thérapeutique, améliorant l’efficacité et réduisant la toxicité des traitements anticancéreux conventionnels:
- Reiter, R., Rosales‐Corral, S., Tan, D., Acuña-Castroviejo, D., Qin, L., Yang, S., & Xu, K. (2017). Melatonin, a Full Service Anti-Cancer Agent: Inhibition of Initiation, Progression and Metastasis. International Journal of Molecular Sciences, 18. https://doi.org/10.3390/ijms18040843.
- Bonmati-Carrion, M., & Tomás‐Loba, A. (2021). Melatonin and Cancer: A Polyhedral Network Where the Source Matters. Antioxidants, 10. https://doi.org/10.3390/antiox10020210.
- Davoodvandi, A., Asemi, R., Sharifi, M., Reiter, R., Matini, S., Mirhashemi, S., & Asemi, Z. (2023). Melatonin as a Promising Agent for Cancer Treatment: Insights into its Effects on the Wnt/beta-catenin Signaling Pathway. Current medicinal chemistry. https://doi.org/10.2174/0929867330666230409141957.


Cet article a 2 commentaires
très pertinent.Avez vous regardé du côté de la valentonine mis en avant par le docteur Fourtillan. serait-ce elle la plus importrante ?
Bonjour,
Merci beaucoup pour votre message et pour l’intérêt que vous portez à ce sujet.
Concernant la valentonine, il s’agit pour l’instant d’une molécule issue de brevets récents, présentée comme un dérivé ou un métabolite de la mélatonine, mais aucune étude clinique solide, publiée dans des revues scientifiques à comité de lecture, n’est actuellement disponible pour en confirmer l’efficacité ou la sécurité d’emploi, que ce soit en cancérologie ou dans d’autres indications.
Les données existantes relèvent davantage de la communication autour du brevet que de la recherche indépendante. De plus, la valentonine n’est ni autorisée comme complément alimentaire, ni disponible sous une forme encadrée ou accessible en France. Les patchs transdermiques qui en contiennent sont en effet très coûteux et difficiles à se procurer, ce qui rend leur utilisation peu réaliste dans un cadre d’accompagnement naturel.
À l’inverse, la mélatonine dispose de nombreuses études cliniques qui documentent ses effets antioxydants, immunomodulateurs et protecteurs vis-à-vis des traitements anticancéreux. C’est pourquoi je privilégie des approches dont l’efficacité et la tolérance sont mieux établies, et qui restent accessibles financièrement pour les personnes que j’accompagne.
Je reste néanmoins attentive aux avancées de la recherche: si des publications sérieuses venaient à confirmer un réel intérêt thérapeutique, ce serait évidemment un sujet à reconsidérer ! 🙂