Pissenlit (Taraxacum officinale) et cancer
Mécanismes d’action, études scientifiques et usages en herboristerie
Il y a des plantes que l’on piétine sans même les voir. Des « Simples » trop communes pour susciter le respect. Le pissenlit en fait partie.
Ce pisse-mémé que l’on juge banal, envahissant, presque gênant. Celui que l’on arrache des jardins, que l’on foule sur les trottoirs, que l’on retrouve jusque dans les ronds-points et les fissures du béton.
Une plante ordinaire, résiliente, obstinée.
Et pourtant… c’est précisément cette plante-là que la recherche scientifique commence à regarder d’un autre œil, jusque dans un champ où on ne l’attendait pas : celui de l’oncologie.
Comme si, depuis tout ce temps, elle poussait sous nos pieds en silence, attendant qu’on prenne enfin la peine de l’écouter.
Il fallait bien qu’un jour, quelqu’un se penche enfin sur ce qui poussait là, à hauteur de pas. Et quand une plante aussi discrète commence à attirer l’attention des chercheurs, ce n’est jamais par hasard. L’article que j’ai trouvé est une revue académique publiée en 2025 (1) qui se concentre sur les preuves concernant l’utilisation du pissenlit dans le traitement du cancer. Il explore en détail la composition chimique de la plante, et identifie des composants actifs comme les flavonoïdes, les terpénoïdes, et les polysaccharides. L’étude examine ensuite les bioactivités du pissenlit et son rôle dans la régulation des voies de signalisation dans les cellules cancéreuses, notamment l’arrêt du cycle cellulaire, l’induction de l’apoptose, et l’inhibition de la migration. Les auteurs discutent des avantages du pissenlit comme source de nouveaux médicaments anticancéreux, en soulignant avec intérêt ses faibles effets secondaires et ses propriétés multi-cibles, tout en proposant des perspectives pour la recherche future sur cette plante médicinale et comestible.
Je ne vais pas vous mentir : cette revue d’articles a été une véritable jungle à traverser. Dense, technique, parfois (souvent !) indigeste. Alors j’ai fait le tri.
Je vous propose d’abord une lecture vulgarisée, accessible, pour comprendre l’essentiel sans se perdre dans le jargon. Ensuite, pour les lecteurs plus scientifiques (et peut-être quelques chercheurs en oncologie intégrative curieux de nos plantes dites “ordinaires”) je vous partagerai les données brutes issues de la littérature. Enfin, je reviens à ce qui nous intéresse vraiment en herboristerie pratique : comment intégrer le pissenlit dans nos vies ? Au quotidien, en prévention ou comme en accompagnement, toujours dans le respect des traitements en cours.
Ultime rappel de cadrage : la quasi-totalité des données actuelles reposent sur des études in vitro et animales. Les effets observés ne sont pas directement transposables tels quels chez l’humain. Les essais cliniques humains restent rarissimes et exploratoires.
Comment le pissenlit agit concrètement sur les cellules cancéreuses: ou comment une plante très commune parle un langage étonnamment précis au chaos cellulaire ?
(Version vulgarisée des résultats de cette revue d’études)
Quand on lit les études sur le pissenlit et le cancer, on pourrait croire qu’on est face à un tableau de bord d’avion : des sigles, des boutons, des voies de signalisation, des enzymes, des protéines… Et pourtant, ce que fait la plante est assez simple à comprendre, si on accepte de changer de regard.
Il faut imaginer une cellule cancéreuse comme une usine devenue folle. Elle ne s’arrête plus. Elle produit sans pause. Elle consomme trop. Elle refuse de mourir. Elle migre ailleurs. Et elle détourne les règles du vivant à son profit.
Le pissenlit, lui, n’attaque pas frontalement. Il ne bombarde pas. Il désorganise, ralentit, débranche, force la cellule à se regarder en face.
- Faire appuyer sur le frein
La première chose que font certains composants du pissenlit, c’est empêcher la cellule de continuer à se multiplier. Ils agissent un peu comme un agent de circulation qui siffle fort et dit : “Stop. Tu n’avances plus”. Concrètement, la cellule cancéreuse est bloquée dans une phase de repos. Elle ne peut plus se diviser. Elle est mise à l’arrêt.
- Rappeler à la cellule qu’elle peut mourir
Une cellule saine sait mourir quand il le faut. C’est un geste naturel. Silencieux. Propre. Qu’on appelle l’apoptose. Et qui ne produit pas d’inflammation comparé à la nécrose. La cellule cancéreuse, elle, a oublié comment faire. Certains extraits de pissenlit vont réactiver ce bouton “auto-destruction”. Ils touchent le cœur énergétique de la cellule : la mitochondrie. Quand celle-ci vacille, la cellule comprend que la partie est finie.
Alors elle s’effondre de l’intérieur. Sans inflammation massive. Sans explosion. En douceur. Une mort “naturelle et programmée” qui reprend son cours.
- Empêcher la cellule de se répandre
Une cellule cancéreuse n’est pas seulement incontrôlable. Elle est envahissante. Elle se détache, glisse, infiltre, colonise. Certains composants du pissenlit vont la rendre à nouveau “collante”, moins mobile, moins agressive. Comme si on lui retirait ses chaussures de course.
Elle adhère davantage. Elle migre moins. Elle envahit moins. C’est un point clé, car ce sont les migrations cellulaires qui rendent un cancer si dangereux, et qui engendrent derrière des métastases.
- Pousser la cellule à s’auto-digérer
Il existe un mécanisme fascinant dans le vivant : l’autophagie. C’est le recyclage interne. La cellule trie, nettoie, digère ce qui ne sert plus. Le pissenlit pousse parfois ce mécanisme au-delà de la limite. La cellule se met à trop recycler… Et finit par se dissoudre elle-même.
C’est subtil. Ce n’est pas une attaque. C’est une surcharge de nettoyage.
- Affamer la cellule
Une cellule cancéreuse est gourmande. Très gourmande. Elle consomme du sucre à outrance. Elle détourne le métabolisme énergétique à son profit. Certains composés du pissenlit coupent l’accès au carburant. Ils ralentissent la production d’énergie. Ils affament la cellule.
Et une cellule sans énergie est une cellule vulnérable !
- Couper l’irrigation
Enfin, le pissenlit agit aussi sur l’environnement. Il empêche la cellule tumorale de créer de nouveaux vaisseaux sanguins pour se nourrir (ce que l’on appelle dans le jargon “l’angiogénèse”). Pas d’irrigation. Pas d’expansion.
Ce que je trouve profondément intéressant
Le pissenlit ne fait pas une seule chose. Il agit sur plusieurs leviers en même temps. Il ralentit, freine, fatigue, affame. Il rappelle des règles oubliées. C’est exactement ce que fait une plante. Pas une molécule isolée. Une intelligence végétale complexe.
Évidemment, on ne parle pas ici de “soigner un cancer” avec du pissenlit. Mais d’un terrain, d’un accompagnement, d’une modulation fine. D’un dialogue entre le végétal et le vivant.
Et dans un monde où tout est brutal, ciblé, violent… je trouve que cette approche mérite, au minimum, qu’on l’écoute.
Comment les composants du pissenlit modulent-ils les diverses voies de signalisation anticancéreuses?
(Version scientifique/données brutes de la revue d’étude pour les plus courageux)
Maintenant, passons à la partie geek scientifique. Les composants du pissenlit modulent diverses voies de signalisation anticancéreuses par plusieurs mécanismes clés, notamment l’arrêt du cycle cellulaire, l’induction de l’apoptose, l’inhibition de la migration et de l’invasion, l’induction de l’autophagie et la régulation du métabolisme cellulaire.
Voici un aperçu de la façon dont les principaux composants bioactifs modulent ces voies :
- Arrêt du cycle cellulaire et anti-prolifération
Les composants du pissenlit ciblent les régulateurs du cycle cellulaire pour supprimer la prolifération excessive des cellules cancéreuses.
- ψ-taraxastérol (psi-taraxastérol): Il bloque le cycle cellulaire des cellules de cancer gastrique en phase G0/G1. Il agit en régulant à la baisse l’expression de la cycline D1 et de l’antigène nucléaire de prolifération cellulaire (PCNA), et en régulant à la hausse l’expression de P21.
- Taraxastérol : Il inhibe la prolifération des cellules de carcinome hépatocellulaire (SK-Hep1 et HepG2) en régulant à la hausse l’expression de Hint1 et en régulant à la baisse la cycline D1, ce qui arrête le cycle cellulaire en G0/G1. De plus, dans le cancer gastrique, il inhibe la croissance tumorale en inhibant la signalisation EGFR/AKT1.
- Polysaccharides du pissenlit : Ils inhibent la prolifération des cellules MCF-7 en régulant à la hausse l’expression du facteur de régulation du cycle cellulaire et du gène suppresseur de tumeur P53.
- Induction de l’apoptose cellulaire
Les composants du pissenlit induisent l’apoptose principalement par la voie intrinsèque (stress mitochondrial).
- Extraits de pissenlit : L’extrait de pissenlit peut induire l’apoptose dans les cellules tumorales pédiatriques en perturbant l’intégrité mitochondriale. L’extrait de racine de pissenlit induit l’apoptose en perturbant le potentiel de la membrane mitochondriale, en activant la Caspase-9 et la Caspase-3, et en régulant à la baisse l’expression de Bcl-2 dans le cancer du sein.
- ψ-taraxastérol (psi-taraxastérol): Il induit l’apoptose dans les cellules de cancer cervical et gastrique en régulant à la hausse Bax et en régulant à la baisse Bcl-2, entraînant la libération de Cytochrome c (Cyt-c) et l’activation de la Caspase-9. Le mécanisme d’action est également lié à l’inhibition de la voie de signalisation PI3K/Akt.
- Extraits de racine de pissenlit : Ils induisent l’apoptose dans les cellules de cancer de la langue en inhibant l’expression de Bcl-2 et l’activation de la voie de signalisation PI3K/Akt.
- Inhibition de la migration et de l’invasion
L’inhibition de la transition épithélio-mésenchymateuse (EMT) et de l’expression des métalloprotéinases matricielles (MMPs) sont des mécanismes cruciaux.
- Flavonoïdes : Les flavonoïdes de l’extrait éthanolique de pissenlit réduisent significativement les taux de migration et d’invasion des cellules de carcinome épidermoïde de l’œsophage. Ceci est associé à la régulation à la baisse du zinc finger transcription factor-1 et de zonula occludens-1, et à la régulation à la hausse de l’expression d’E-cadherin.
- Taraxastérol : Il inhibe la migration et l’invasion dans le carcinome papillaire thyroïdien en régulant la signalisation Wnt/-caténine et en supprimant l’expression de MMP-2 et MMP-9.
- Extraits de pissenlit : L’extrait bloque les voies de signalisation PI3K/Akt et Ras/Raf/Erk dans le carcinome épidermoïde de l’œsophage, jouant un rôle clé dans le contrôle de la migration et de l’invasion cellulaires. L’extrait de racine peut également inhiber la migration et l’invasion des cellules de cancer gastrique en régulant à la baisse l’expression du long ARN non-codant (LncRNA) CCAT-1.
- ψ-taraxastérol (psi-taraxastérol): Il augmente l’adhérence des cellules du cancer de la vessie en inhibant l’expression des protéines liées à l’EMT, un mécanisme médié par le LncRNA hydrolase domain 11 antisense RNA1.
- Extraits de pissenlit (cancer du sein triple négatif) : Il exerce des effets inhibiteurs sur STAT3 et PD-L1.
- Induction de l’autophagie
Certains composants induisent une autophagie excessive, ce qui conduit à la mort cellulaire.
- ψ-taraxastérol (psi-taraxastérol) : Il induit une autophagie excessive dans les cellules MCF-7 en ciblant et en inhibant la voie mTOR/eukaryotic translation initiation factor 4E binding protein 1 (4EBP1). Ceci entraîne la régulation à la hausse de Beclin1 et la conversion de LC3-I en LC3-II.
- Taraxastérol : Il induit une autophagie excessive dans le cancer du côlon en favorisant la dégradation de la protéine RNF31 (Ring finger protein 31), qui interagit normalement avec P53 et promeut sa dégradation.
- Régulation du métabolisme cellulaire
Les composants du pissenlit interviennent dans la reprogrammation métabolique des cellules tumorales.
- ψ-taraxastérol (psi-taraxastérol): Il inhibe la glycolyse dans les cellules de cancer du poumon en diminuant l’activité de l’hexokinase.
- Taraxastérol : Il supprime la prolifération du cancer gastrique en réduisant le niveau de glycéraldéhyde-3-phosphate déshydrogénase dans la glycolyse aérobie.
- Extraits de pissenlit : Ils inhibent la synthèse des phosphatidylcholines (PC) et les voies du métabolisme des glycérophospholipides.
- Polysaccharides du pissenlit : Ils régulent le métabolisme du fer dans le carcinome hépatocellulaire en diminuant l’expression des gènes liés au métabolisme du fer, notamment l’hepcidine et la ferroportine.
- Anti-angiogenèse
- Polysaccharides du pissenlit : Ils exercent un effet anti-angiogénique dans le carcinome hépatocellulaire en régulant à la baisse l’expression du facteur-1 inductible par l’hypoxie et du facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF).
En résumé, les composants bioactifs du pissenlit (principalement les triterpénoïdes comme le taraxastérol et ψ-taraxastérol (psi-taraxastérol):, les polysaccharides et les flavonoïdes) agissent comme des agents multi-cibles en interférant avec des voies de signalisation critiques telles que PI3K/Akt, Ras/Raf/Erk, EGFR/AKT1, et Wnt/-caténine, tout en régulant les facteurs clés du cycle cellulaire (Cycline D1, P53) et les effecteurs d’apoptose (Bcl-2/Caspase)
Quand le pissenlit entre en oncologie clinique
En oncologie intégrative, le pissenlit n’est pas envisagé comme traitement anticancéreux, mais comme un soutien métabolique, digestif, hépatique et potentiellement modulant.
Depuis de nombreuses années, le biochimiste Siyaram Pandey (2), chercheur à l’Université de Windsor (Canada), s’intéresse au pisseenlit et étudie un extrait bien particulier : sa racine (3). Ses travaux ont montré, en laboratoire, que cet extrait est capable de déclencher la mort programmée des cellules cancéreuses dont nous avons déjà parlé (apoptose) tout en épargnant les cellules saines (4). Et après des années de recherches précliniques, une étape majeure a été franchie : Santé Canada a officiellement autorisé le lancement d’un essai clinique chez l’humain (2), destiné à des patients atteints de cancers en phase terminale, pour lesquels les traitements conventionnels ont été épuisés.
L’extrait utilisé dans le laboratoire est beaucoup plus concentré que les préparations disponibles dans le commerce (environ cinq fois plus), et il a montré une efficacité sur des cellules de leucémie, mélanome et cancer du pancréas dans des modèles expérimentaux. Cet essai clinique, ouvert à 30 patients volontaires, marque un tournant : celui où une plante longtemps considérée comme banale commence à être évaluée avec le même sérieux que n’importe quelle molécule anticancéreuse.
Ce travail ne signifie évidemment pas que le pissenlit « soigne le cancer » comme on l’a dit. Mais il confirme quelque chose de fondamental : certaines plantes agissent de façon fine, ciblée, intelligente, en soutenant les mécanismes naturels du vivant plutôt qu’en les écrasant.
En herboristerie pratique, cela invite à reconsidérer le pissenlit comme une plante de terrain :
- soutien du foie et des émonctoires,
- modulation de l’inflammation,
- accompagnement du métabolisme et de l’immunité,
- plante comestible, quotidienne, accessible.
C’est peut-être là sa plus grande force : ne pas promettre l’impossible, mais s’inscrire dans la durée, dans l’accompagnement, dans le respect du corps, y compris lorsque celui-ci est fragilisé par la maladie ou les traitements.
Comment intégrer le pissenlit dans son quotidien (sous supervision médicale) ?
Avant toute chose, si vous voulez une bible sur le pissenlit, je vous renvoie vers l’article d’Althea Provence juste ici (5).
La plupart des extraits utilisés lors des tests médicaux sont non reproductibles à la maison. Les extraits utilisés en études sont standardisés, beaucoup plus concentrés et parfois purifiés en molécules isolées.
On va dire que les meilleurs moyens de consommer du pissenlit (feuilles ou racines) restent les infusions et décoctions, et les alcoolatures (sur un foie qui ne soit pas en souffrance).
Puisqu’on parle cancer, il faut savoir que le pissenlit à des interaction avec les cytochromes P450, une diminution de l’activité du CYP1A2 et du CYP2E dans les microsomes hépatiques des rats recevant du pissenlit, mais aucune altération observée dans les activités du CYP2D et du CYP3A (6) (8). Il faudra donc faire évaluer par votre oncologue pour éviter tout rique d’interaction.
En infusion (feuilles)
Les feuilles de pissenlit sont riches en minéraux et soutiennent les fonctions d’élimination, notamment hépatiques et rénales.
Il existe plusieurs dosages, j’ai envie de vous dire: tout dépend de la tolérance de votre palais. Des dosages à la “Valnet” vous conseilleront 30g à 50g du mélange feuilles sèches/racines par litre d’eau (11). C’est beaucoup lorsque l’on n’est pas habitué à l’amertume…
Le Docteur Jean-Michel Morel conseille sur wikiphyto (6):
- Infusion 4 à 10 g 3 fois par jour
Claudine Luu et Annie Fournier recommandent également (9) :
- Infusion 4 à 10 g de feuilles dans 150ml d’eau 3 fois par jour
Pour commencer à vous habituer au goût, vous pourriez partir sur :
- 1 à 2 cuillères à café de feuilles sèches
- pour 250 ml d’eau frémissante (1 tasse)
- infusion 10 minutes, à couvert
2 à 3 tasse par jour, de préférence le matin ou en début d’après-midi (pour éviter les mictions nocturnes).
À éviter en cas d’obstruction des voies biliaires sans avis médical. Et surtout à adapter à toutes sortes de traitement en cours et sur avis médical.
En décoction de racine (forme la plus étudiée)
C’est la racine qui a été la plus explorée dans les travaux scientifiques, notamment dans les recherches du Dr Pandey. Encore une fois, il n’est pas possible de reproduire des extraits d’essais cliniques à la maison. On va ici parler de la décoction : cette forme agit comme une plante de soutien métabolique et hépatique, participant à la modulation de l’inflammation et du terrain oxydatif.
Donc la racine doit être “décoctée”. La décoction est un mode de préparation des plantes médicinales qui consiste à faire bouillir la plante dans l’eau pendant un certain temps, afin d’en extraire les principes actifs les plus durs et les plus profonds. On utilise la décoction surtout pour les parties ligneuses ou épaisses des plantes : racines, écorces, rhizomes, graines dures.
Concrètement : la plante est mise dans l’eau froide, puis portée à ébullition et maintenue à petits bouillons pendant plusieurs minutes avant d’être filtrée. La décoction permet une extraction plus puissante qu’une infusion, là où l’eau chaude seule ne suffit pas.
Le Docteur Jean-Michel Morel (6) conseille “30 grammes de racines par litre d’eau, bouillir quelques minutes, infuser 1/2 heure. Boire un litre par jour, 10 jours par mois. Cures discontinues (comme tous les « draineurs »)”. Ici encore, ce conseil peut être inadapté selon votre traitement en cours.
Les Docteurs Goetz et Hadji-Minaglou conseillent quant à eux (7):
– forme sèche, poudre : 3 à 5 g, 3 fois par jour ;
– forme sèche, coupée : 3-4 g en décoction ou 3-4 g de plante entière pour 150 mL en infusion, 3 fois par jour ;
Le Docteur Eric Lorrain (8) nous dit:
- décoction 4 à 5g de racines par tasse à faire bouillir 10min, 1 tasse 2 à 3 fois/j.
Claudine Luu et Annie Fournier quant à elles recommandent:
- décoction de racine : 3 à 5g, ébullition 10min
Quels dosages finalement pour commencer ? :
- 1 cuillère à café de racine sèche coupée (environ 5g)
- pour 250 ml d’eau froide (1 tasse)
- porter à frémissement, laisser bouillir doucement 10 à 15 minutes
- filtrer
1 à 2 tasses par jour, toujours en accord avec l’état général et les traitements en cours.
Teinture ou alcoolature
Cette forme n’est pas anodine sur un foie en souffrance, il faudra donc veiller avec votre médecin à faire un bilan hépatique régulier (ASAT, ALAT, Gamma GT…). Néanmoins voici les dosages recommandés dans la littérature:
- Teinture (1:5, éthanol 45°) : 5 à 10 mL, 3 fois par jour (7).
- Teinture des feuilles séchées: au taux de 1:5 (100 g de plante pour 500 ml d’alcool) dans de l’alcool à 40° à 50°. Prendre 40 à 60 gouttes de 2 à 3 fois par jour selon la personne et la condition (5)
- Teinture des racines séchées: au taux de 1:5 (100 g de plante pour 500 ml d’alcool) dans de l’alcool à 50°. Même dosage (5)
- Extrait hydroalcoolique, teinture-mère: 20 à 40 gouttes 2 à 3 fois/jour dans un verre d’eau (8)
- Teinture mère de feuilles : 2 à 5ml 3fois/jour (9).
Dans l’alimentation (la voie la plus douce)
Le pissenlit est aussi une plante comestible, ce qui change tout.
- Jeunes feuilles crues en salade (amertume stimulante pour la digestion)
- Feuilles plus âgées légèrement sautées ou blanchies
- Boutons floraux crus ou conservés dans du vinaigre
- Racine torréfiée et moulue comme boisson type “café de pissenlit”
Ici, on ne parle pas de traitement, mais d’habiter la plante, de la faire entrer dans le quotidien. On peut également la consommer sous forme de suc de racine fraiche, à l’extracteur de jus, 1 cc/jour. Son amertume fait qu’elle peut se mélanger à d’autres fruits et légumes de l’extracteur, riches en vitamines et minéraux.
Mise au point essentielle : Le pissenlit ne remplace jamais un traitement oncologique. Il s’inscrit dans une logique d’accompagnement, de soutien du terrain, et de dialogue avec le corps. Toute utilisation en contexte de cancer doit être pensée au cas par cas, sur avis médical, et en lien avec les traitements médicaux en cours.
Je vous rappelle que vous pouvez vérifier les interactions médicamenteuses des traitements sur le site du Memorial Sloan Kettering – About Herbs : https://www.mskcc.org/cancer-care/diagnosis-treatment/symptom-management/integrative-medicine/herbs (10)
Contre-indications :
- Pas de toxicité connue
- Obstruction des voies biliaires, calculs biliaires symptomatiques, et toutes autres maladies biliaires sans surveillance médicale.
- Interaction avec les cytochromes P450, diminution de l’activité du CYP1A2 et du CYP2E dans les microsomes hépatiques des rats recevant du pissenlit, aucune altération observée dans les activités du CYP2D et du CYP3A
- Grossesse, allaitement, maladies cardiaques et rénales
- En raison de la teneur importante de potassium dans le pissenlit, risque théorique d’hyperkaliémie si usage au long cours (en usage alimentaire surtout) : faire des cures discontinues
- Réaction allergique aux astéracées
Pour rappel: je ne suis ni médecin, ni pharmacienne. Un conseil en herboristerie ou naturopathie ne remplacera jamais un avis médical. Ne suivez jamais les conseils d’un praticien vous recommandant d’arrêter vos traitements.
Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur l’accompagnement en cancérologie ici.
Mon programme en ligne « Cancer. Au-delà des traitements : se construire » est disponible ici.
Références Pissenlit et cancer :
(1) Wang A, Xiong W, Cheng C, Zou L, Niu B, Liu Y. Tracking Evidences of Dandelion for the Treatment of Cancer: From Chemical Composition, Bioactivity, Signaling Pathways in Cancer Cells to Perspective Study. Nutrients. 2025; 17(23):3769. https://doi.org/10.3390/nu17233769
(2) https://www.uwindsor.ca/dailynews/2015-02-18/human-clinical-trials-cancer-killing-dandelion-extract
(3) Ovadje P, Ammar S, Guerrero JA, Arnason JT, Pandey S. Dandelion root extract affects colorectal cancer proliferation and survival through the activation of multiple death signalling pathways. Oncotarget. 2016 Nov 8;7(45):73080-73100. doi: 10.18632/oncotarget.11485. PMID: 27564258; PMCID: PMC5341965.
(4) Nature, the best chemist | Dr. Siyaram Pandey | TEDxUniversityofWindsor: https://youtu.be/xTNpzJ_d9Ic?si=xtcqqz9kcu1Zy7Ae
(5) https://www.altheaprovence.com/bienfaits-du-pissenlit/
(6) https://www.wikiphyto.org/wiki/Pissenlit
(7) Dr Goetz, Hadji-Minaglou, Conseil en phytothérapie. Guide à l’usage du prescripteur, Editions Lavoisier, p316, 2019.
(8) Dr Eric Lorrain, Grand manuel de phytothérapie, Éditions Dunod, 2019.
(9) Luu Claudine, Fournier Annie, 300 plantes médicinales de France et d’ailleurs, Editions Terre Vivante, 2021.
(10) Memorial Sloan Kettering – About Herbs : https://www.mskcc.org/cancer-care/diagnosis-treatment/symptom-management/integrative-medicine/herbs
(11) Docteur Jean Valnet, Se soigner par les légumes, les fruits et les céréales, Le Livre de Poche, 2006.

