Comment soulager les mucites buccales pendant les traitements du cancer ? (chimiothérapie et radiothérapie)
Pistes naturelles pour protéger la bouche
Les mucites buccales (ou mucosites) font partie des effets secondaires les plus douloureux des traitements contre le cancer, notamment lors de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Inflammation de la bouche, ulcérations, brûlures, impossibilité de manger correctement, risque d’infections : la qualité de vie peut se dégrader très vite, au point de conduire parfois à une réduction ou un report des traitements anticancéreux. C’est à dire à une « perte de chance » dans le suivi des protocoles conventionnels.
Il n’existe pas encore de solution unique qui marche pour tout le monde. Mais la bonne nouvelle c’est qu’il existe tellement de solutions, une boite à outils tellement vaste, que vous trouverez forcément quelque chose qui vous soulagera! Une étude récente s’est intéressée à l’usage d’un gel à base de sauge officinale (Salvia officinalis), plante médicinale bien connue en herboristerie pour réduire l’intensité des lésions et protéger la muqueuse buccale. Je suis donc repartie de cette étude pour développer mon propos et partager avec vous ce que je conseille dans ma pratique et mes accompagnements bien-être.
Pourquoi la chimiothérapie et la radiothérapie provoquent-elles des mucites ?
Il faut savoir que les traitements anticancéreux ciblent les cellules qui se divisent rapidement. Problème : les cellules de la muqueuse buccale se renouvellent elles aussi très vite ! La chimiothérapie entraîne donc : une destruction des cellules de la muqueuse, une inflammation intense, une fragilisation des tissus, l’apparition d’ulcérations douloureuses, un risque accru d’infections bactériennes ou fongiques.
S’ajoute à cela une cascade inflammatoire impliquant notamment l’activation du facteur NF-κB et la production de cytokines pro-inflammatoires. Résultats concrets : brûlures dans la bouche, douleurs lors de la déglutition, difficultés à manger, perte de poids, fatigue aggravée, parfois arrêt ou réduction des traitements. La mucite apparaît souvent une semaine après la chimiothérapie et peut durer plusieurs semaines/mois.
Comment prend-on actuellement en charge les mucites buccales ?
La prise en charge habituelle repose surtout sur des mesures de soutien. On vous recommandera généralement :
- hygiène buccale minutieuse
- bains de bouche adaptés (bicarbonate etc…)
- antalgiques
- traitements antifongiques ou antibiotiques si infection
- protecteurs de muqueuse
- adaptation alimentaire
- soutien nutritionnel
Aucun traitement préventif universellement efficace n’existe aujourd’hui. D’où l’intérêt des recherches en oncologie intégrative !
La sauge officinale : une plante intéressante pour la muqueuse buccale
La sauge officinale (Salvia officinalis) (celle qui “sauve”) est une plante aromatique utilisée à travers le monde depuis l’Antiquité (1) pour ses propriétés anti-inflammatoire, antioxydante et antimicrobienne. Elle est aussi employée pour apaiser les inflammations buccales et les irritations des muqueuses, une sagesse empirique que la science moderne commence à confirmer ! Sur le plan de la cavité buccale, des extraits hydroalcooliques de sauge ont montré une activité antimicrobienne contre des bactéries et des champignons impliqués dans les troubles oraux, sans cytotoxicité significative, ce qui explique en partie pourquoi les bains de bouche à base de sauge peuvent modifier favorablement l’écologie microbienne locale (2). Une autre étude sur des rince-bouches associant sauge, thym et menthe poivrée ont permis de réduire l’incidence et la sévérité de mucites induites par la chimiothérapie par rapport aux soins standards seuls, suggérant que la sauge ne se contente pas d’apaiser, mais participe à la modulation des processus qui rendent ces lésions si pénibles (3).
Une autre étude clinique récente (4) a voulu aller plus loin avec un gel de sauge contre la mucite. Des chercheurs iraniens ont mené en 2024 un essai clinique randomisé en double aveugle, comparant un gel contenant un extrait de sauge (Salvizan®) à un placebo. Comment s’est déroulée l’étude ? 38 patients atteints de cancers gastro-intestinaux sous chimiothérapie ont été suivis pendant quatre semaines. Les chercheurs ont évalué :
- la sévérité des mucites
- la douleur buccale
- la sécheresse de bouche
- la capacité à s’alimenter
- la perte du goût.
Les résultats montrent plusieurs effets intéressants. Chez les patients utilisant le gel à base de sauge :
- la sévérité des mucites était réduite durant certaines périodes du traitement
- la douleur buccale diminuait, surtout au début des cures
- les patients conservaient mieux la capacité de manger des aliments solides
- la sécheresse buccale était moins marquée.
En revanche, la perte du goût n’a pas été améliorée…
Approche naturelle et accompagnement global : accompagner la mucite au quotidien
Dans la réalité clinique, soulager une mucite n’a jamais été une affaire de solution unique. Je le vois au quotidien dans mes accompagnements : ce qui marche chez l’un ne fonctionne pas chez l’autre. Il faut donc développer tout un arsenal de solutions pour avoir des alternatives. Car bien souvent une plante va fonctionner un moment, puis les effets s’atténuent. Et on passe sur un autre protocole. Il s’agit à chaque fois de protéger la muqueuse agressée, de limiter l’inflammation qui brûle et fragilise, de prévenir les infections qui se glissent dans les crevasses, de maintenir autant que possible une alimentation tolérée et nourrissante, et surtout de soutenir la personne, épuisée par les traitements et confrontée chaque jour à sa douleur. Ce que je constate: c’est l’alternance des protocoles (qui ne laisse pas à la bouche le temps de s’habituer) qui fonctionne le mieux. Soit varier les plantes et les formes dans la journée, soit changer chaque semaine. Dès que l’on sentira moins d’effet en somme.
Donc il faut aider la muqueuse à souffrir moins et à mieux récupérer. On travaille sur trois axes : protéger, apaiser l’inflammation, limiter les surinfections.
Une des premières solutions qui marche extrêmement bien, c’est la crème fraiche à garder en bouche. Vous allez me dire : pourquoi ça soulage ? Et bien les raisons très concrètes sont physiologiques (bien plus que pour une quelconque vertu médicinale propre). D’abord : sa texture grasse et onctueuse agit comme un pansement mécanique. La crème fraîche tapisse temporairement la muqueuse et réduit les frottements lors de la mastication ou de la déglutition. Ensuite: la teneur en lipides participe à l’effet apaisant. Le gras ralentit la vidange buccale et laisse un film plus durable que l’eau ou les aliments maigres. Ce film diminue l’irritation locale et peut atténuer la sensation de brûlure. Il y a aussi l’effet thermique : consommée fraîche, elle procure un soulagement comparable à celui du froid sur une brûlure légère. Le froid atténue temporairement la douleur en diminuant la conduction nerveuse et l’inflammation locale (similaire à celui de sucer des glaçons, que certaines personnes ne supportent pas à cause du froid trop important).
Les plantes riches en mucilages sont essentielles dans cette situation. La mauve (Malva silvestris), la guimauve (Althea officinalis) ou le plantain (Plantago lanceolata) forment un film protecteur qui calme les muqueuses agressées. On les utilise souvent en macérations à froid ou infusion concentrée refroidie, en bains de bouche plusieurs fois par jour, gardés longuement avant d’être recrachés.
Le type de protocole que je propose par exemple :
- macération à froid de racines de guimauve, 15-20 g par litre, laissée toute la nuit au frigo
- utilisée en bains de bouche 4 à 6 fois par jour dans les 24h qui suivent.
- mixture à renouveler tous les jours et possibilité d’alterner avec le plantain infusée par exemple 1 jour sur 2
La sauge officinale (Salvia officinalis), étudiée comme on l’a vu sous forme de gel, apporte un effet anti-inflammatoire intéressant. Mais utilisée trop concentrée ou alcoolisée, elle peut devenir irritante. Il faut donc adapter les formes galéniques: on évite les alcoolatures/teintures pures (ou on les dilue) et on privilégie infusion douce ou hydrolat. Toujours en bains de bouche réguliers.
Le souci (Calendula officinalis) et la camomille matricaire (Matricaria recutita) peuvent également soutenir la cicatrisation locale, toujours en préparation douce, jamais agressive pour les tissus. Ce que je conseille pour préparer un bain de bouche à la fois apaisant, anti-inflammatoire et préventif des infections de la bouche : faire une infusion concentrée de matricaire, par exemple 20g/L, attendre que la tisane refroidisse, et intégrer à l’intérieur de l’alcoolature de calendula à hauteur de 20% max. Le calendula contient des résines interessantes pour leurs propriétés antimicrobiennes et antibactériennes (entre autres des triterpènes et des esters), et ses résines sont mieux extraites grâce à l’alcool. Donc vous l’aurez compris : l’alcoolature ou la teinture seront plus interessantes que les infusions pour préserver ces principes actifs. Mais elles seront aussi trop agressives utilisées pures ! D’où une dilution dans une infusion ou macération de plante(s) qui sera ensuite utlisée en bain de bouche. Dilution possible également dans du jus d’aloe vera.
Lorsque la sécheresse buccale s’installe, ce qui est fréquent sous chimiothérapie ou radiothérapie, on travaille aussi sur l’hydratation régulière. Certaines personnes trouvent un soulagement à garder des glaçons ou des boissons légèrement épaissies en bouche, ou à utiliser des gels hydratants muqueux. Ce qui est très efficace également c’est l’aloe vera. Les hydrolats en bain de bouche sont aussi très efficaces: HA de basilic exotique (Ocimum basilicum), HA de menthe poivrée (Mentha piperita) pour également rafraichir et les feuilles fraîches à mastiquer : persil, estragon, sauge (encore !). Ce sont des plantes qui font saliver, on dit qu’elles sont sialagogues. La gentiane (Gentiana lutea) aussi par exemple est une plante qui accroit la production de salive. Vous pouvez faire macérer des racines à froid et utiliser cette “Eau de gentiane” en bain de bouche.
Si inflammation en prime en plus de la sécheresse, ce protocole soulage : diluer dans du jus d’aloe vera de l’extrait hydro-alcoolique de sauge (Salvia officinalis) + extrait hydro-alcoolique de myrrhe (Commiphora myrrha) + curcuma (Curcuma longa) en poudre, et réaliser des bains de bouche.
Pour prévenir les infections on a également l’extrait hydro-alcoolique de propolis. Je conseille également de diluer quelques gouttes dans de l’aloe vera, afin de profiter du côté doux de la plante, la propolis pouvant être assez irritante sous forme alcoolique. Par contre quelle efficacité en termes de prévention des infections si utilisée régulièrement !
Dans les cas compliqués, lorsque des candidoses ou infections secondaires apparaissent, les probiotiques buccaux peuvent être également d’une grande aide, mais l’accompagnement doit évidemment redevenir médical en priorité. La phytothérapie et le naturel accompagnent, ils ne remplacent jamais.
Ce que l’on oublie souvent : préserver l’envie de manger
Dans la mucite, le problème n’est pas seulement la douleur. C’est tout ce que cette douleur entraîne derrière elle. Manger devient difficile. Avaler brûle. Certaines personnes finissent par éviter de s’alimenter, non par manque d’appétit, mais parce que chaque bouchée devient une épreuve. La fatigue augmente, la perte de poids s’installe ainsi que la dénutrition, et parfois l’équipe médicale doit adapter les protocoles de chimiothérapie parce que le corps ne suit plus.
Dans ces situations, l’objectif n’est plus de manger « normalement ». L’objectif devient de continuer à s’alimenter malgré la douleur, en adaptant les textures et les modes de préparation. En diététique clinique, on parle de régimes à textures modifiées. C’est ce que l’on met en place en cas de troubles de la déglutition, de lésions buccales, après chirurgie ORL ou dans certaines pathologies neurologiques. Les mucites relèvent exactement de cette logique.
On adapte alors l’alimentation vers des textures plus sûres et moins douloureuses : textures mixées, moulinées, lisses, aliments fondants, préparations enrichies. Des soupes épaissies, des purées enrichies en matières grasses ou en protéines, des compotes, des œufs brouillés très souples, des poissons ou des viandes mixées avec une sauce pour éviter toute sécheresse.
Et surtout on mange à la paille ! La température joue aussi énormément. Beaucoup de personnes tolèrent mieux des aliments tièdes ou légèrement froids. Le chaud accentue souvent les douleurs. Et surtout, je le redis : on enrichit ! Parce que lorsque les quantités diminuent, chaque bouchée doit compter. On ajoute huiles de qualité, purées d’oléagineux, crème, protéines faciles à digérer. Manger peu et souvent mais nourrissant vaut mieux que forcer des quantités impossibles.
Ce sont des stratégies simples, mais elles changent réellement le quotidien, et permettent de lutter contre l’altération du goût, les douleurs, la fatigue, les nausées, la peur d’avoir mal… tout ce qui concourt à réduire l’alimentation. Parfois, le travail consiste simplement à retrouver des aliments tolérés, même s’ils ne correspondent plus aux habitudes d’avant. Certaines personnes ne tolèrent plus que des textures froides. D’autres ne mangent plus que sucré pendant quelques semaines. Et ce n’est pas grave. Dans ces moments-là, on abandonne les règles parfaites. On travaille avec ce qui reste possible. On met de la couleur dans l’assiette. L’enjeu, c’est de continuer à nourrir un corps qui lutte déjà énormément.
Pour rappel: je ne suis ni médecin, ni pharmacienne. Un conseil en herboristerie ou naturopathie ne remplacera jamais un avis médical. Ne suivez jamais les conseils d’un praticien vous recommandant d’arrêter vos traitements.
Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur l’accompagnement en cancérologie ici.
Mon programme en ligne « Cancer. Au-delà des traitements : se construire » est disponible ici.
Références
(1) Nicolescu A, Frumuzachi O, Mocan A. Ethnobotanical diversity of the genus Salvia L. (Lamiaceae): From medicinal and culinary applications to cultural importance of sage species across the globe. J Ethnopharmacol. 2026 Mar 25;359:121049. doi: 10.1016/j.jep.2025.121049. Epub 2025 Dec 14. PMID: 41401876.
(2) de Oliveira JR, Vilela PGDF, Almeida RBA, de Oliveira FE, Carvalho CAT, Camargo SEA, Jorge AOC, de Oliveira LD. Antimicrobial activity of noncytotoxic concentrations of Salvia officinalis extract against bacterial and fungal species from the oral cavity. Gen Dent. 2019 Jan-Feb;67(1):22-26. PMID: 30644826.
(3) Mutluay Yayla E, Izgu N, Ozdemir L, Aslan Erdem S, Kartal M. Sage tea-thyme-peppermint hydrosol oral rinse reduces chemotherapy-induced oral mucositis: A randomized controlled pilot study. Complement Ther Med. 2016 Aug;27:58-64. doi: 10.1016/j.ctim.2016.05.010. Epub 2016 May 25. PMID: 27515877.
(4) Kiumarth Amini, Monireh Maham, Ali Adeli, Mansour Rajabi Vahid, Hossein Ammarlou, Salvizan Gel for Prevention of Chemotherapy-Induced Oral Mucositis: A Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled Trial, Journal of Herbal Medicine, 2026, 101091, ISSN 2210-8033, https://doi.org/10.1016/j.hermed.2026.101091.(https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2210803326000060)

