Cancer et antioxydants : faut-il se supplémenter pendant une chimiothérapie ?
Pourquoi les antioxydants font-ils encore débat en cancérologie ?
Aujourd’hui j’aimerais tordre le cou à certains préjugés autour des antioxydants pendant les traitements du cancer. On nous répète en permanence que les chimiothérapies ont une action oxydative et qu’il ne faudrait surtout pas contrer cet effet avec une supplémentation en antioxydants. Cette idée repose sur un raisonnement simple : si la chimiothérapie utilise les radicaux libres pour détruire les cellules tumorales, alors neutraliser ces radicaux libres reviendrait à protéger la tumeur elle-même. Ces affirmations proviennent d’études menées sur les compléments de première génération où la biodisponibilité des compléments n’est pas étudiée, et où les antioxydants sont données à des doses pharmacologiques plutôt que nutritionnelles. Je vais donc ici faire une synthèse de différentes études que j’ai pu trouver sur Pubmed, ainsi que des recherches (1) du Professeure Anne-Marie Roussel, de la faculté de Pharmacie de l’Université de Grenoble, et des travaux du Dr Jean-Loup Mouysset, oncologue sur Aix en Provence dont voici l’ouvrage : Oncologie intégrative – Du cancer vers la santé (2) Je vous en ai déjà parlé de nombreuses fois : c’est un livre de chevet à avoir si vous accompagnez des personnes atteintes de cancer ou si vous traversez vous-mêmes la maladie, et que vous souhaitez optimiser votre tolérance aux différents traitements.
Je vais vous démontrer dans cet article les bénéfices généraux des antioxydants, lorsqu’ils sont utilisés convenablement en tant que soins de support, notamment dans les neuropathies :
- une diminution de certaines toxicités liées aux traitements ;
- une meilleure tolérance thérapeutique ;
- la modulation favorable de la réponse immunitaire ;
- la réduction de l’inflammation chronique ;
- l’amélioration de l’activité de certaines cellules immunitaires antitumorales.
Quels sont les antioxydants concernés ?
Les principaux antioxydants utilisés en oncologie intégrative
- Vitamine C
- Vitamine E
- Vitamine A
- Mélatonine
- Coenzyme Q10
- NAC – N-Acétylcystéine
- AAL – Acide alpha-lipoïque (Article à venir prochainement sur ce sujet 😉 )
- EGCG du thé vert
- Quercétine
- Resvératrol
- Polyphénols
- Phycocyanine
- Liste non exhaustive…
Lorsque l’on parle des dangers supposés des antioxydants pendant les traitements anticancéreux, il est essentiel de préciser de quelles molécules on parle, à quelles doses et sous quelles formes il est question.
Il faut maitriser le dosage des antioxydants. Comme à chaque fois on en revient à ce bon vieux Paracelse : c’est la dose qui fait le remède ou le poison. On ne parle donc pas de doses massives et isolées. On parle d’un dosage physiologique, intégré dans une matrice nutritionnelle comme je le répète régulièrement, dosage dans lequel les compléments alimentaires sont bénéfiques. Et ce qui va sans dire va toujours mieux en le disant : les antioxydants sont utiles et bénéfiques s’il existe une carence. Toute surcharge ne sera pas bénéfique. Donc inutile d’avaler des tonnes de gélules en prévention si votre alimentation contient déjà assez de polyphénols etc… Un surdosage d’antioxydant est facteur de risque cancéreux (on parle d’un surdosage à des doses x10 et sur plusieurs années).
Il est à noter aussi que les supplémentations en antioxydants chez les fumeurs ne sont pas bénéfiques, en particulier les béta-carotènes. Je développe ce point un peu plus loin.
Le stress oxydatif : ennemi ou allié dans le cancer ?
Le stress oxydatif est omniprésent à toutes les étapes du développement du cancer. Il participe à l’initiation des premières mutations génétiques, favorise l’instabilité de l’ADN, entretient l’inflammation chronique et contribue à la progression tumorale. Autrement dit, un excès de radicaux libres constitue un terrain favorable à l’apparition et au développement des cellules cancéreuses.
Pourtant, la relation entre cancer et stress oxydatif est loin d’être aussi simple qu’il n’y paraît.
Car ce même stress oxydatif est également utilisé comme une arme thérapeutique. De nombreuses chimiothérapies, mais aussi la radiothérapie, exercent une partie de leur action grâce à la production massive d’espèces réactives de l’oxygène. Ces molécules hautement réactives vont endommager les membranes cellulaires, les protéines et l’ADN des cellules tumorales jusqu’à provoquer leur mort. L’oxydation devient alors un outil permettant de freiner la prolifération cancéreuse et d’induire la nécrose ou l’apoptose des cellules malignes.
C’est de cette observation qu’est née la méfiance historique envers les antioxydants pendant les traitements. Le raisonnement semble logique : si la chimiothérapie utilise les radicaux libres pour détruire les cellules cancéreuses, alors neutraliser ces radicaux libres à l’aide de compléments alimentaires antioxydants reviendrait potentiellement à réduire l’efficacité du traitement.
Cette hypothèse a longtemps dominé les recommandations en oncologie. Pourtant, les recherches menées au cours des deux dernières décennies ont considérablement nuancé cette vision. Les antioxydants ne se comportent pas simplement comme des « éponges à radicaux libres » venant annuler l’action des chimiothérapies. Leurs effets sur l’organisme sont bien plus complexes et impliquent notamment la modulation de nombreuses voies de signalisation cellulaire, de l’inflammation, de la réponse immunitaire et des systèmes de défense intrinsèques de la cellule.
La véritable question n’est donc probablement pas de savoir si les antioxydants sont bons ou mauvais pendant les traitements du cancer, mais plutôt lesquels utiliser, à quelles doses, chez quels patients et dans quel contexte clinique.
Ce que la recherche a découvert : les antioxydants ne sont pas de simples « pièges à radicaux libres »
Je vous cite le propos du Professeure Anne-Marie Roussel, extrait de cette vidéo :
« (…) Ce que nous savons maintenant, c’est que les antioxydants – ce que j’appellerai moi les compléments alimentaires de deuxième génération dans la suite – sont capables de moduler la vie cellulaire en stimulant tout ce qui va nous protéger à savoir la transcription des gènes, qui codent pour nos défenses antioxydantes. Donc oublions un peu cette histoire de balance pro et antioxydant pour aller vers quelque chose de plus complet qui est la signalisation cellulaire ».
Pendant longtemps, les antioxydants ont été présentés comme de simples molécules chargées de neutraliser les radicaux libres en circulation. Cette vision, bien que partiellement exacte, est aujourd’hui largement dépassée. Les recherches récentes montrent que de nombreux antioxydants agissent davantage comme des modulateurs du fonctionnement cellulaire que comme de simples « éteignoirs » du stress oxydatif.
Activer les défenses naturelles de la cellule
L’une des découvertes majeures de ces dernières années est que certains antioxydants sont capables de stimuler les mécanismes de défense intrinsèques de nos cellules. Plutôt que d’agir directement contre les radicaux libres, ils activent des voies biologiques qui conduisent l’organisme à fabriquer ses propres enzymes antioxydantes.
On peut comparer ce mécanisme à la différence entre donner du poisson à quelqu’un et lui apprendre à pêcher. Les antioxydants dits de deuxième génération n’apportent pas seulement une protection ponctuelle ; ils renforcent les capacités d’adaptation de l’organisme face aux agressions oxydatives. Les cellules augmentent alors leur production de glutathion, de superoxyde dismutase (SOD), de catalase ou encore de glutathion peroxydase, véritables piliers de notre système de défense antioxydant.
Moduler l’expression de nos gènes
Les antioxydants influencent également l’expression génétique. Cela ne signifie évidemment pas qu’ils modifient notre ADN, mais qu’ils peuvent activer ou désactiver certains gènes impliqués dans la protection cellulaire.
Des composés tels que le resvératrol, la quercétine, l’EGCG du thé vert ou encore la curcumine sont capables d’interagir avec des voies de signalisation cellulaires qui contrôlent la réparation de l’ADN, la détoxification, la gestion du stress oxydatif ou encore la survie cellulaire. Cette capacité à orienter l’activité de certains gènes explique en partie pourquoi leurs effets dépassent largement leur simple pouvoir antioxydant.
Nous sommes donc loin de l’image simpliste d’une molécule qui viendrait neutraliser mécaniquement quelques radicaux libres. Les antioxydants participent à une véritable orchestration des mécanismes de défense et d’adaptation de l’organisme.
Soutenir les mitochondries, les centrales énergétiques de la cellule
Les mitochondries occupent une place centrale dans cette réflexion. Ces petites structures présentes dans chacune de nos cellules produisent l’énergie indispensable à leur fonctionnement. Elles sont également l’une des principales sources de production de radicaux libres dans l’organisme.
Or, les traitements anticancéreux peuvent altérer le fonctionnement mitochondrial, contribuant ainsi à la fatigue intense, aux troubles cognitifs, à certaines neuropathies ou encore à une diminution des capacités de récupération.
Plusieurs antioxydants, notamment l’acide alpha-lipoïque, la coenzyme Q10 ou la N-acétylcystéine, exercent une action protectrice sur les mitochondries. Ils contribuent à préserver leur fonctionnement, à optimiser la production énergétique cellulaire et à limiter les dommages induits par le stress oxydatif excessif.
Cette action mitochondriale est particulièrement intéressante en oncologie intégrative, où l’objectif n’est pas seulement de lutter contre la maladie, mais également de préserver la qualité de vie et les capacités de récupération de la personne tout au long des traitements.
Réguler l’inflammation chronique
Le stress oxydatif et l’inflammation entretiennent une relation étroite. L’un nourrit l’autre dans un cercle vicieux parfois difficile à interrompre. Lorsque le stress oxydatif augmente, les mécanismes inflammatoires s’activent ; lorsque l’inflammation persiste, elle génère à son tour davantage de radicaux libres.
Or, l’inflammation chronique est aujourd’hui reconnue comme un facteur impliqué dans le développement et la progression de nombreux cancers. Elle participe également à plusieurs effets secondaires des traitements, notamment la fatigue, les douleurs, les troubles digestifs ou les atteintes des muqueuses.
Certains antioxydants possèdent ainsi des propriétés anti-inflammatoires tout aussi importantes que leur activité antioxydante. En modulant certaines voies de signalisation impliquées dans l’inflammation, ils peuvent contribuer à limiter les dommages tissulaires et à améliorer la tolérance des traitements.
C’est probablement là que réside l’un des principaux changements de paradigme de ces dernières années : les antioxydants ne doivent plus être envisagés uniquement comme des molécules destinées à neutraliser des radicaux libres, mais comme de véritables régulateurs de l’équilibre cellulaire, capables d’agir simultanément sur le stress oxydatif, l’inflammation, la fonction mitochondriale et les mécanismes de défense de l’organisme.
Les études scientifiques montrent-elles un risque pendant la chimiothérapie ?
Malgré la persistance de certaines craintes concernant l’utilisation des antioxydants pendant les traitements anticancéreux, plusieurs équipes de recherche se sont penchées sur cette question au cours des vingt dernières années. Leurs conclusions sont souvent bien plus nuancées que les idées reçues largement diffusées auprès des patients.
En 2004, Ladas et son équipe (3) ont publié une revue systématique majeure dans le Journal of Clinical Oncology afin d’évaluer l’efficacité et la sécurité des antioxydants utilisés en parallèle des traitements conventionnels du cancer. Les chercheurs ont analysé plus d’une cinquantaine d’études répondant à leurs critères de sélection, comprenant à la fois des études observationnelles et des essais d’intervention chez des patients traités par chimiothérapie ou radiothérapie.
Leur analyse met en évidence un élément particulièrement intéressant : le statut antioxydant global des patients tend à diminuer au cours des traitements anticancéreux. Autrement dit, la maladie elle-même, mais également les traitements mis en œuvre pour la combattre, semblent progressivement épuiser les réserves antioxydantes de l’organisme.
Les auteurs soulignent que l’hétérogénéité des études disponibles ne permet pas de tirer des conclusions définitives sur tous les antioxydants. En revanche, ils ne retrouvent aucune preuve solide démontrant qu’une supplémentation antioxydante adaptée diminuerait l’efficacité des traitements anticancéreux.
Cette revue suggère surtout que les traitements du cancer s’accompagnent d’une consommation accrue des systèmes de défense antioxydants de l’organisme, soulevant la question de l’intérêt d’une correction raisonnée des déficits lorsqu’ils existent.
Antioxydants et efficacité de la chimiothérapie : que montrent les essais cliniques ?
Quelques années plus tard, Block et collaborateurs (4) ont réalisé une revue systématique spécifiquement consacrée aux essais cliniques randomisés évaluant l’utilisation concomitante d’antioxydants et de chimiothérapies.
Parmi les 845 publications initialement identifiées, 19 essais contrôlés ont été retenus pour analyse. Les antioxydants étudiés comprenaient notamment le glutathion, la mélatonine, les vitamines A, C et E, la N-acétylcystéine (NAC) ainsi que différentes associations de micronutriments.
Les résultats de cette revue sont particulièrement intéressants car ils s’intéressent directement à la question qui préoccupe tant les patients que les professionnels de santé : les antioxydants réduisent-ils l’efficacité des chimiothérapies ?
La réponse apportée par les auteurs est claire : aucun des essais analysés n’a mis en évidence de diminution significative de l’efficacité des traitements liée à la prise concomitante d’antioxydants.
Plus surprenant encore, plusieurs études rapportaient une amélioration de certains paramètres cliniques chez les patients supplémentés. Certaines ont observé une meilleure tolérance aux traitements, une réduction de certaines toxicités, une amélioration de la réponse tumorale et, dans certains cas, une augmentation de la survie. Les auteurs restent prudents et soulignent que plusieurs essais manquaient de puissance statistique, mais leurs conclusions vont clairement à l’encontre de l’idée selon laquelle les antioxydants compromettraient systématiquement l’action des chimiothérapies.
Antioxydants et immunothérapie : des pistes prometteuses
Au-delà de leur rôle dans la gestion du stress oxydatif, certains antioxydants semblent également influencer le fonctionnement du système immunitaire. C’est ce qu’ont exploré Thyagarajan et Sahu (5) dans une revue publiée en 2018 consacrée aux interactions entre antioxydants, immunité et traitements anticancéreux.
Les auteurs décrivent plusieurs mécanismes potentiellement intéressants. Certains composés antioxydants seraient capables de moduler favorablement la réponse immunitaire, de réduire l’inflammation chronique qui entretient le microenvironnement tumoral et d’améliorer l’activité de certaines cellules immunitaires impliquées dans la surveillance et la destruction des cellules cancéreuses.
Ces observations ouvrent des perspectives particulièrement intéressantes à l’heure où les immunothérapies occupent une place croissante dans l’arsenal thérapeutique contre le cancer.
La place des micronutriments en oncologie intégrative
Dans une revue publiée en 2009 (6), le chercheur allemand Uwe Gröber s’est intéressé à la place des micronutriments, donc un pionnier en oncologie intégrative il y a plus de 25 ans déjà !
Son travail met en lumière une réalité fréquemment observée sur le terrain : de nombreux patients présentent des déficits nutritionnels avant même le début des traitements, déficits qui peuvent ensuite être aggravés par la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie, les troubles digestifs, la perte d’appétit ou encore l’inflammation chronique.
L’auteur souligne que l’objectif d’une supplémentation ne devrait pas être de distribuer systématiquement les mêmes compléments à tous les patients, mais plutôt d’identifier les carences existantes et de les corriger de manière individualisée. Cette approche s’inscrit pleinement dans la philosophie de l’oncologie intégrative : soutenir les fonctions physiologiques de l’organisme afin d’améliorer la tolérance aux traitements et la qualité de vie, sans jamais se substituer aux prises en charge oncologiques conventionnelles.
Au regard de l’ensemble de ces travaux, la question ne semble donc plus être de savoir si les antioxydants sont systématiquement contre-indiqués pendant les traitements du cancer. Les données scientifiques actuelles invitent plutôt à réfléchir à leur utilisation de manière ciblée, individualisée et physiologiquement adaptée, en tenant compte du statut nutritionnel, des traitements reçus et des besoins spécifiques de chaque patient.
Quand les antioxydants peuvent devenir problématiques
Le cas particulier des fumeurs
À ce stade de l’article, il serait tentant de conclure que les antioxydants sont systématiquement bénéfiques et qu’il suffirait d’en prendre davantage pour améliorer sa santé. Pourtant, la réalité est, une fois encore, plus complexe.
Comme souvent en nutrition et en phytothérapie, le bénéfice dépend de nombreux paramètres : la molécule utilisée, la dose administrée, la durée de supplémentation, l’état de santé de la personne, ses habitudes de vie et ses éventuelles carences. Un antioxydant peut être bénéfique dans un contexte donné et devenir inutile, voire délétère, dans un autre.
Nous retombons ici sur notre bon vieux Paracelse : « Tout est poison, rien n’est poison, seule la dose fait le poison. »
L’objectif d’une supplémentation n’est donc pas de supprimer totalement les phénomènes oxydatifs, qui sont indispensables à la vie, mais de restaurer un équilibre lorsque celui-ci est perturbé. Une supplémentation raisonnée vise à corriger un déficit ou à répondre à un besoin physiologique accru. À l’inverse, l’administration prolongée de doses massives d’antioxydants chez une personne qui n’en a pas besoin peut conduire à l’effet inverse de celui recherché.
L’exemple le plus souvent cité est celui du bêta-carotène chez les fumeurs. Dans les années 1990, plusieurs grandes études d’intervention ont observé une augmentation du risque de cancer du poumon chez des fumeurs recevant des supplémentations élevées en bêta-carotène sur de longues périodes (1).
Ces résultats ont profondément marqué la communauté médicale et ont largement contribué à la méfiance persistante vis-à-vis des antioxydants en cancérologie. Pourtant, ils méritent d’être interprétés avec prudence.
Tout d’abord, ces travaux concernaient une population très spécifique : des fumeurs ou anciens grands fumeurs exposés quotidiennement à un stress oxydatif massif induit par le tabac. Ensuite, les doses utilisées étaient souvent très supérieures aux apports nutritionnels habituels et reposaient sur l’administration isolée d’un seul composé, le bêta-carotène, sous forme de complément alimentaire. Ces observations ne peuvent donc pas être extrapolées à l’ensemble des antioxydants ni à l’ensemble de la population.
Chez un patient présentant une carence documentée par bilan sanguins, un statut nutritionnel fragilisé ou des besoins accrus liés à la maladie et aux traitements, une supplémentation adaptée peut avoir toute sa place. À l’inverse, chez un individu dont les apports sont déjà suffisants, l’accumulation de compléments à fortes doses n’apporte pas nécessairement de bénéfice supplémentaire. Voire, pourra être délétère. D’où l’intérêt de se faire accompagner par son équipe médicale et des praticiens bien formés !
L’alimentation antioxydante reste la base
Le modèle « MediterrAsian »
Il ne faut jamais oublier que la première source d’antioxydants demeure l’alimentation. Je vous renvoie d’ailleurs à mes article et vidéo « Se nourrir pour se soigner ». Sur ce point, les données scientifiques sont particulièrement cohérentes : une alimentation riche en végétaux, en épices, en produits marins et en composés phytochimiques protecteurs est associée à une diminution du risque de nombreux cancers.
Parmi les modèles alimentaires les plus étudiés figure le « MediterrAsian Diet » (1)(2), qui combine les principes de l’alimentation méditerranéenne et de certaines habitudes alimentaires traditionnelles asiatiques. Ce mode alimentaire concentre naturellement une grande diversité de molécules antioxydantes et anti-inflammatoires qui agissent en synergie.
On y retrouve notamment le raisin, riche en resvératrol et en anthocyanes, deux polyphénols largement étudiés pour leurs effets protecteurs sur les cellules. Les tomates apportent quant à elles du lycopène, un pigment de la famille des caroténoïdes dont la consommation est associée à une diminution du risque de certains cancers. Les poissons et fruits de mer fournissent des micronutriments essentiels tels que le zinc, le sélénium ou encore la vitamine E, qui participent au fonctionnement normal des systèmes de défense antioxydants de l’organisme.
Le thé vert occupe également une place centrale grâce à sa richesse en catéchines, notamment l’EGCG, tandis que le curcuma et le gingembre apportent des composés bioactifs connus pour leurs propriétés antioxydantes et leur capacité à moduler les mécanismes inflammatoires.
Au-delà de chacun de ces aliments pris isolément, c’est surtout leur association quotidienne qui semble exercer un effet protecteur. La nature ne distribue pas les antioxydants sous forme de molécules uniques, mais au sein de matrices nutritionnelles complexes où vitamines, minéraux, polyphénols, fibres et composés aromatiques interagissent entre eux. Cette synergie explique probablement une partie des bénéfices observés dans les études épidémiologiques.
Toutefois, en cancérologie, la réalité clinique est souvent plus complexe. Entre la maladie elle-même, l’inflammation chronique, la diminution de l’appétit, les troubles digestifs et les effets secondaires des traitements, les besoins nutritionnels peuvent devenir supérieurs aux apports habituels. De nombreux patients présentent également des déficits préexistants qui s’aggravent au cours du parcours thérapeutique.
Dans ce contexte, l’alimentation constitue toujours le socle de la prise en charge, mais elle ne suffit pas nécessairement à restaurer un statut optimal en micronutriments. C’est précisément là que peut se discuter l’intérêt d’une supplémentation individualisée, fondée sur l’évaluation des besoins réels de la personne et non sur une prescription systématique.
Conclusion : faut-il prendre des antioxydants pendant un traitement contre le cancer ?
La question n’est probablement plus de savoir si les antioxydants sont autorisés pendant les traitements du cancer, mais plutôt lesquels utiliser, à quelles doses, chez quels patients et dans quel contexte clinique.
Les données scientifiques disponibles ne montrent pas de diminution de l’efficacité des traitements lorsque les antioxydants sont utilisés de façon raisonnée. Elles suggèrent au contraire un intérêt potentiel sur la tolérance thérapeutique, la qualité de vie et parfois même la réponse aux traitements.
Comme toujours en médecine intégrative, la pertinence d’une supplémentation repose sur l’évaluation rigoureuse des besoins réels de la personne, avec l’accord de l’équipe médicale ou de l’oncologue.
Pour rappel: je ne suis ni médecin, ni pharmacienne. Un conseil en herboristerie ou naturopathie ne remplacera jamais un avis médical. Ne suivez jamais les conseils d’un praticien vous recommandant d’arrêter vos traitements.
Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur l’accompagnement en cancérologie ici.
Mon programme en ligne « Cancer. Au-delà des traitements : se construire » est disponible ici.
Références
(1) Vidéo du Professeure Anne-Marie Roussel, Phd en pharmacie, professeure émérite de biochimie à Grenoble : https://youtu.be/FTQQooS0TBc?si=NdpFA4T8S_rEsPvu
(2) Dr MOUYSSET Jean-Loup, Oncologie intégrative – Du cancer vers la santé, Editions Dangles, 2023.
(3) Ladas EJ, Jacobson JS, Kennedy DD, Teel K, Fleischauer A, Kelly KM. Antioxidants and cancer therapy: a systematic review. J Clin Oncol. 2004 Feb 1;22(3):517-28. doi: 10.1200/JCO.2004.03.086. PMID: 14752075.
(4) Thyagarajan A, Sahu RP. Potential Contributions of Antioxidants to Cancer Therapy: Immunomodulation and Radiosensitization. Integr Cancer Ther. 2018 Jun;17(2):210-216. doi: 10.1177/1534735416681639. Epub 2017 Mar 20. PMID: 28627256; PMCID: PMC6041931.
(5) Keith I. Block, Amanda C. Koch, Mark N. Mead, Peter K. Tothy, Robert A. Newman, Charlotte Gyllenhaal, Impact of antioxidant supplementation on chemotherapeutic efficacy: A systematic review of the evidence from randomized controlled trials, Cancer Treatment Reviews, Volume 33, Issue 5, 2007, Pages 407-418, ISSN 0305-7372, https://doi.org/10.1016/j.ctrv.2007.01.005. (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S030573720700027
(6) Gröber U. Antioxidants and Other Micronutrients in Complementary Oncology. Breast Care (Basel). 2009;4(1):13-20. doi: 10.1159/000194972. Epub 2009 Feb 20. PMID: 21373176; PMCID: PMC2942014.

