Cancer et neuropathies

Les douleurs neuropathiques post-cancer : lorsque les nerfs se rebellent

Les traitements anticancéreux laissent parfois des cicatrices invisibles, bien plus tenaces que celles que l’on imagine. Ces traces nerveuses, appelées « douleurs neuropathiques », viennent hanter les corps éprouvés par la maladie. Mais que sont vraiment ces douleurs ? Comment naissent-elles, et surtout, comment ne pas les laisser prendre toute la place ?

Je vous propose d’essayer de comprendre d’où proviennent ces douleurs handicapantes et également d’explorer quelques pistes originales dans la gestion de cette symptomatique, études scientifiques à l’appui, et entre autres : les psychédéliques en microdosage.

Le cri silencieux des nerfs endommagés

Dans mes accompagnements, combien de fois ai-je entendu cette même plainte ? Une sensation de brûlure rampante dans les pieds, des engourdissements glaçants dans les mains, ou encore ces décharges électriques qui traversent le corps comme un éclair, imprévisibles et brutales. Ces douleurs, pourtant réelles, ne se lisent pas sur un scanner ni sur une prise de sang. Elles vivent dans l’ombre, au plus profond des fibres nerveuses.

Le système nerveux périphérique, fidèle messager entre le corps et l’esprit, devient alors une source de chaos. Les nerfs sensitifs, moteurs ou neurovégétatifs, endommagés par des traitements tels que la chimiothérapie ou la radiothérapie, envoient des signaux erronés. Ce désordre engendre des douleurs difficiles à définir : fourmillements, picotements, pertes de sensibilité ou hypersensibilité. Chaque personne les vit différemment, mais toutes témoignent de l’empreinte indélébile qu’elles laissent.

Pourquoi ces douleurs apparaissent-elles ?

Les traitements anticancéreux, aussi puissants qu’indispensables, agissent souvent comme des bombes à fragmentation. Ils ciblent la maladie mais touchent aussi les tissus sains, notamment les nerfs périphériques. Les chimiothérapies à base de platine (comme l’Oxaliplatine) ou de taxanes (Paclitaxel) sont tristement célèbres pour leurs effets neurotoxiques.

À cela s’ajoutent parfois des fragilités sous-jacentes : des carences en vitamines (B12, B6, acide folique), des troubles métaboliques comme le diabète, ou encore des prédispositions génétiques. Ces facteurs aggravants, combinés à l’agressivité des traitements, créent un cocktail explosif pour le système nerveux.

Lorsque j’ai accompagné mes proches à travers ces épreuves, et plus tard mes consultants, j’ai compris l’importance d’écouter ces douleurs que l’on préfère parfois taire. Elles ne se mesurent pas seulement en intensité, mais aussi en désarroi, en fatigue émotionnelle. Les douleurs neuropathiques ne sont pas de simples séquelles physiques.

Comment reconnaître les douleurs neuropathiques ?

Les neuropathies périphériques se déclinent en plusieurs formes selon leur étendue et leur localisation (1):

  • Mononévrite : un seul nerf est touché, entraînant des douleurs ciblées.
  • Polyneuropathie : plusieurs nerfs sont endommagés, souvent de manière symétrique, comme dans le cas des neuropathies induites par la chimiothérapie.
  • Neuropathie multifocale : des atteintes multiples, mais non symétriques, compliquant encore le diagnostic.

Ces douleurs peuvent apparaître pendant les traitements ou des mois après leur fin. Elles prennent des formes variées : sensations de brûlure, picotements, engourdissements, voire une perte totale de sensation. Chez certains, elles se manifestent par une hypersensibilité où le moindre effleurement devient insupportable.

Les avancées récentes apportent un peu de lumière dans cet univers sombre. Des études explorent des moyens de prévenir ou de limiter l’apparition des neuropathies grâce à des innovations simples, comme les gants chirurgicaux, qui remplacent désormais les gants réfrigérés mal tolérés (2). Mais pour ceux déjà touchés, les solutions restent souvent complexes et insuffisantes. La médecine conventionnelle propose des traitements tels que des antidépresseurs, des antiépileptiques ou des patchs anesthésiques, mais ces solutions ne suffisent pas toujours à apaiser durablement.

À ce jour, l’acupuncture demeure, selon moi, la meilleure réponse aux neuropathies. Depuis 2021, au fil de mes accompagnements en cancérologie, j’ai constaté qu’elle apporte un soulagement tangible, bien qu’elle ne puisse effacer entièrement les symptômes. Ce constat n’est pas étayé par des études scientifiques (du moins je n’ai rien cherché à ce sujet mais je pense qu’il existe des études !), mais repose sur mon retour de terrain, sur les témoignages d’hommes et de femmes que j’ai pu accompagner et qui ont retrouvé un semblant de répit grâce à cette pratique ancestrale en réalisant des séances d’acupuncture auprès de praticien compétents et formés en Médecine Traditionnelle Chinoise.

douleurs neuropathiques

Maintenant explorons d’autres pistes…

Alors qu’ai-je pu conseiller ces dernières années hormis l’acupuncture lors de mes accompagnements et qui a fonctionné ? Voici une liste non exhaustive des meilleurs retours de terrain que j’ai pu avoir. Il s’agit de données issues de mes accompagnements et de mes nombreuses lectures au fil des ans, de mes apprentissages avec les plantes, de mes essais et ici réussites :

Les plantes qui ont marché :

  1. Corydale de Chine (Corydalis yanhusuo)
    • Cette plante est connue pour ses propriétés antalgiques puissantes, notamment sur les douleurs chroniques et neuropathiques. Son efficacité réside dans des alcaloïdes spécifiques qui agissent sur les récepteurs de la douleur. Je vous en parle d’ailleurs dans un article ici. Son usage nécessite la supervision d’une personne formée en phytothérapie.
  2. Millepertuis (Hypericum perforatum)
    • Réputé pour son effet antidépresseur, il est également utile pour soulager les douleurs neuropathiques, en raison de son action sur les neurotransmetteurs. À utiliser avec précaution en raison des nombreuses interactions médicamenteuses. Il fonctionne bien en interne mais également en externe en macérat huileux en massage. Son usage nécessite la supervision d’une personne formée en phytothérapie.
  3. Piment de Cayenne (Capsicum annuum)
    • La capsaïcine, appliquée localement sous forme de crème ou de patch, aide à réduire les douleurs neuropathiques en désensibilisant les fibres nerveuses. Vous en trouvez facilement en pharmacie.
  4. Plantes sédatives et apaisantes du SNC : Valériane (Valeriana officinalis) et Passiflore (Passiflora incarnata)
    • Ces plantes sédatives peuvent être associées pour calmer l’hyperactivité nerveuse et favoriser un relâchement musculaire.

Les Compléments alimentaires qui ont aidé :

  1. Acide alpha-lipoïque (ALA)
    • Antioxydant puissant, souvent utilisé pour les neuropathies diabétiques. Il améliore la santé des nerfs en réduisant le stress oxydatif et l’inflammation. C’est un très bon chélateur des métaux lourds.
  2. Magnésium
    • Indispensable au bon fonctionnement du système nerveux, il aide à apaiser les douleurs et les spasmes musculaires associés aux neuropathies. Préférer une forme bien assimilée comme le bisglycinate.
  3. Oméga-3
    • Les acides gras essentiels EPA et DHA, présents dans l’huile de poisson, ont des propriétés anti-inflammatoires qui peuvent atténuer la douleur. Compter au moins 2500mg/jour d’une combinaison EPA/DHA.
  4. Vitamines du groupe B (B1, B6, B12) et vitamine D
    • Cruciales pour la santé nerveuse, elles sont particulièrement utiles en cas de neuropathies dues à une carence ou à un dysfonctionnement métabolique. Ici le plus simple est d’acheter un multivitaminé comportant le maximum de vitamines B. Par contre la meilleure forme biodisponible et assimilable pour la vit D sera de l’acheter liquide et liposoluble.
  1. L-Glutamine
    • A raison de minimum 500mg 3x/jour 10 minutes avant les repas. La dose peut être augmentée. La glutamine va aider d’une part à nourrir les cellules, et d’autre part à travailler sur la perméabilité intestinale. Conséquence : un intestin avec des jonctions serrées en meilleur état (qui ne ressemblera pas à une passoire) ne laissera pas passer la toxicité de la chimio dans l’organisme (il existe des études sur le sujet, me contacter si intéressé). Une chimio mal éliminée par l’intestin sera réabsorbée et donc créera une toxicité.

Pour rappel : la toxicité d’une chimiothérapie réside dans le fait qu’elle soit mal/pas éliminée par l’organisme. D’où l’importance de soutenir le foie et les émonctoires en période de traitements.

Quelques autres approches naturelles :

  1. Massages thérapeutiques et huiles essentielles
    • Les massages aux huiles essentielles (menthe poivrée – effet refroidissant-, gaulthérie couchée -effet réchauffant-, lavande vraie – apaisante-) peuvent aider à détendre les nerfs et à réduire les douleurs. En utilisant un macérat huileux de millepertuis comme base on obtient une synergie souvent doublement efficace !
  2. Électrothérapie (TENS)
    • Les appareils de stimulation électrique transcutanée soulagent certaines douleurs neuropathiques en perturbant les signaux de douleur. Je vous parle mieux de ce genre d’appareil dans mon article ici, dans le cadre de douleurs neuropathiques liées à l’endométriose (décharges électriques dans la zone utérine).
  3. Hypnothérapie
    • L’hypnose est un outil précieux pour soulager les douleurs chroniques et améliorer la qualité de vie. L’idée est de modifier la perception de la douleur (en agissant sur les circuits cérébraux) et réduire l’intensité des symptômes au quotidien. Là encore je vous parle de retours de terrain directs, car une de mes amies et ancienne collègue de cabinet Praticienne en hypnose, Laurence Mélioli, a pu m’expliquer plus en détail les process et j’ai pu observer des améliorations notables. A savoir principalement : techniques de respiration en conscience (cohérence cardiaque) ; se créer un refuge intérieur ; scan corporel (apaiser le système nerveux) ; ancrage positif…

La recherche vers d’autres solutions moins conventionnelles et pourtant porteuses d’espoir 

Ici je vous cite simplement des études que j’ai dénichées. L’une d’elle concerne le caroubier (Ceratonia siliqua L.), et plus exactement les noix de caroube non mûres (sous-entendu vertes je suppose ?) pour calmer les neuropathies induites par l’oxaliplatine. Résultat : plus efficace que la duloxetine, utilisée dans ce genre de situations. Étude faite sur des rats, hélas (3). Vu la complexité du protocole mis en place, je ne vois pas comment il pourrait être transposable chez l’humain (tout le problème de la recherche sur les animaux #STOPExperimentationAnimale).

Des études concernant les psychédéliques en microdosage se sont aussi avérées très prometteuses (4). Peut-être que certains d’entre vous connaissent déjà le protocole Fadiman (5) (en France on parle peu des psychédéliques car ils sont illégaux mais dans d’autres pays oui et ils s’avèrent très efficaces contre la dépression, les migraines, les algies faciales, le nerf trijumeau, les états de dépendance etc… évidemment sous supervision médicale !). Donc cette étude (4) rapporte les expériences de trois individus ayant utilisé de faibles doses de psilocybine pour gérer des douleurs neuropathiques chroniques. Bien que la nature et l’étiologie des douleurs diffèrent pour chaque patient, ils partagent des expériences communes, notamment l’inefficacité des traitements actuels et une diminution de leur qualité de vie. Grâce à l’autoadministration de psilocybine, ces patients ont obtenu un soulagement significatif de la douleur, avec une réduction de leur dépendance aux analgésiques traditionnels. Malgré des préparations variées et des puissances incertaines, les effets antalgiques se sont manifestés chez les trois patients à des doses inférieures au seuil psychédélique, avec des effets cognitifs ou somatiques indésirables minimes.

De plus, l’efficacité du soulagement de la douleur, et dans certains cas la durée de cet effet, s’est avérée amplifiée lorsqu’elle était associée à des exercices fonctionnels. Dans un cas, des doses répétées ont semblé améliorer le soulagement, suggérant un effet potentiel à long terme lié à la plasticité neuronale. Ces points communs mettent en lumière le potentiel thérapeutique de la psilocybine dans le traitement des douleurs chroniques, un domaine qui mérite des recherches approfondies.

Note importante : Cet article a pour seul objectif de vous informer sur les avancées récentes en matière de recherche sur les psychédéliques. Il ne constitue en aucun cas une incitation à leur utilisation. Rappelons également que je ne suis ni médecin ni pharmacien. Un accompagnement en naturopathie ou en herboristerie ne peut en aucun cas se substituer à un avis médical.

Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur l’accompagnement en cancérologie ici.

champignons psychédéliques

Références

(1) Douleurs neuropathiques | Centre Léon Bérard

(2) Des gants chirurgicaux pour prévenir les neuropathies – RoseUp Association

(3) Micheli, L., Muraglia, M., Corbo, F., Venturi, D., Clodoveo, M. L., Tardugno, R., Santoro, V., Piccinelli, A. L., Di Cesare Mannelli, L., Nobili, S., & Ghelardini, C. (2025). The Unripe Carob Extract (Ceratonia siliqua) as a Potential Therapeutic Strategy to Fight Oxaliplatin-Induced NeuropathyNutrients17(1), 121. https://doi.org/10.3390/nu17010121

(4) Lyes M, Yang KH, Castellanos J, Furnish T. Microdosing psilocybin for chronic pain: a case series. Pain. 2023 Apr 1;164(4):698-702. doi: 10.1097/j.pain.0000000000002778. Epub 2022 Sep 5. PMID: 36066961.

(5) Biancardi, Vittorio. « La recherche sur les microdoses de substances psychédéliques : James Fadiman, Sophie Korbe et les “micro-doses” ». Chimères, 2017/1 N° 91, 2017. p.139-148. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-chimeres-2017-1-page-139?lang=fr.

Cet article a 2 commentaires

  1. Thérèse

    Bonjour, suite à un traitement j’ai un seul nerf touché mais j’ai cette sensation de brûlure en particulier la nuit. J’aimerais essayer tout simplement un massage aux huiles essentielles. Pourriez-vous me dire combien de gouttes en mettre si je mets un peu d’huile d’olive dans le creux de la main ? Et quelles huiles essentielles utiliser ?

    1. Bonjour Thérèse, merci pour votre lecture et votre demande. Si vous avez une sensation de brûlure je vous conseille d’utiliser un peu de menthe poivrée pour « rafraichir » un peu la zone. Pour un mélange rapide et efficace dans le creux de la main, vous pouvez mettre 2 gouttes de menthe poivrée et 4 gouttes de lavande vraie pour ses propriétés apaisantes, dans quelques gouttes d’huile d’olive. Ensuite vous pouvez masser en profondeur quelques minutes. J’espère que vous arriverez à trouver un soulagement !

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