Endométriose et plantes médicinales
Quels sont les effets des traitements à base de plantes sur les symptômes et les manifestations de l'endométriose ?
Notre système de santé s’essouffle. Des millions de femmes à travers le monde sont en recherche de solutions pérennes. Nous, praticiens en herboristerie, constatons chaque jour les bienfaits des plantes médicinales bien utilisées. Mais voilà, nous peinons à convaincre un système fermé sur lui-même. Il est donc essentiel d’expliquer que la science nous donne souvent raison. Et quoi de mieux qu’une revue systématique pour prouver ce point.
Celle que j’aimerais vous présenter a grandement attiré mon attention. Elle s’est attachée à explorer l’efficacité des plantes médicinales pour traiter l’endométriose (1). Les chercheurs ont écumé les bases de données principales pour la période 2006 à juin 2023. L’étude a exclu les publications sur les recherches sur animaux ou en laboratoire[1].
Résultats : onze études ont été retenues. Je vous spoile direct : cette large gamme d’études précliniques et cliniques confirme l’efficacité et la sécurité des plantes médicinales pour traiter les symptômes de l’endométriose ! (Qui en doutait ? 😉). Les preuves montrent que, tout en étant sûres, les plantes médicinales peuvent efficacement améliorer la symptomatique, notamment en termes de fertilité, douleur, taux de récidive, qualité de vie, fonction sexuelle et symptômes à la ménopause.
Ces traitements alternatifs, peu ou pas nocifs, devraient à mon sens être intégrés dans une prise en charge holistique des femmes souffrants de cette pathologie. Je vous résume les résultats ci-dessous afin de vous convaincre. Si votre médecin est ouvert, il sera peut-être aussi intéressé par ces conclusions.
Douleur
La douleur chronique, caractéristique de l’endométriose, trouve son origine dans les saignements périodiques des lésions et l’inflammation qui en découle. Plusieurs études ont testé des traitements alternatifs pour soulager cette souffrance. Vous vous en doutez, j’ai lu avec attention cette section qui me concerne particulièrement !
Dans une étude comparant trois groupes (4), les capsules de SJZT se sont révélées plus efficaces pour soulager la douleur modérée à sévère liée à l’endométriose que les traitements conventionnels comme les GnRH-a ou les pilules contraceptives.
Vous allez me dire : c’est quoi des capsules de SJZT ? (Et oui, car je me suis moi-même posée la question !). Les capsules de SJZT font référence à un complément à base de plantes, connu sous le nom de San Jie Zhen Tong (SJZT), une formule de la médecine traditionnelle chinoise. Cette préparation est utilisée pour traiter divers symptômes liés à l’endométriose, notamment la douleur et l’inflammation. SJZT combine plusieurs plantes qui sont supposées agir en synergie pour améliorer la circulation, réduire l’inflammation et favoriser le soulagement de la douleur. C’est une alternative aux traitements plus conventionnels, comme les médicaments hormonaux ou les analgésiques, souvent utilisés dans la gestion de l’endométriose. Je vous renvoie d’ailleurs à mon article sur l’endométriose selon la MTC si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet !
D’autres recherches menées en Iran (5) ont mis en évidence les bienfaits des comprimés d’ail, dont la prise de gélules de 400 mg pendant plusieurs semaines a significativement réduit les douleurs lombaires, les douleurs menstruelles, la dyspareunie (douleurs pendant les rapports) et la douleur générale, comparé au placebo. J’ai été étonnée de recroiser ces données sur l’ail, sujet pour lequel j’avais trouvé des études brésiliennes et écrit un autre article il y a quelques mois.
[1] Après avoir consulté les différentes bases de données, un total de 466 articles a été récupéré et enregistré dans le logiciel Endnote. Parmi ceux-ci, 316 étaient des doublons. 120 études ont été exclues après examen de leurs titres et résumés. 19 articles ont été exclus pour les raisons suivantes : un était en langue non anglaise, 11 concernaient des modèles de rats, et un était en dehors de l’objectif de l’étude. Finalement, 11 études ont été incluses dans la revue systématique.
Fertilité
Selon une étude asiatique (dans le lot des 11 retenues), le taux de grossesse dans le groupe des plantes médicinales chinoises n’était pas différent de celui du groupe traité par injection de GnRH-a (2). Les femmes infertiles traitées avec les plantes ont montré un taux de grossesse et de naissances significativement plus élevés que celles du groupe contrôle. Une autre étude sur des femmes de 20 à 35 ans (3), ayant reçu des traitements à base de plantes autour de l’ovulation, a révélé une meilleure réponse ovarienne avec plus de follicules dominants et de cycles ovulatoires. Par contre, les taux de fausses couches et de grossesses mal placées ne différaient pas de manière significative entre les groupes.
Sexualité
C’est bien connu, la « dysfonction » sexuelle chez les femmes atteintes d’endométriose est plus élevée que chez les femmes en bonne santé. Il est courant de rencontrer des troubles dans tous les aspects de la fonction sexuelle, tels que le désir, l’excitation, l’orgasme, la lubrification, la satisfaction et la douleur. Selon les résultats de l’étude précédemment citée (4), les capsules de SJZT ont amélioré la fonction sexuelle des femmes souffrant d’endométriose modérée à sévère (plus que le GnRH-a et les contraceptifs oraux).
Quand les plantes tracent une voie d’avenir pour l’endométriose
Loin d’être de simples remèdes ancestraux, les plantes médicinales se hissent peu à peu comme des alliées incontournables dans la prise en charge de l’endométriose. Ce que nous révèle cette revue systématique, c’est l’étendue des possibilités offertes par ces traitements naturels : une amélioration de la fertilité, une diminution de la douleur, une meilleure qualité de vie et même un impact positif sur la sexualité. Ce n’est plus une alternative marginale, mais bien une solution crédible et documentée qui pourrait compléter ou, dans certains cas, remplacer les traitements conventionnels souvent lourds et peu tolérés. Et je peux vous assurer d’une chose : lorsque l’on pleure de douleur, on est prête à tout essayer ! Alors pourquoi remiser au grenier de tels espoirs pour aider les femmes en souffrance ?
A mon sens, les perspectives sont immenses. Chaque plante médicinale porte en elle un potentiel d’innovation thérapeutique, un monde à explorer. Imaginez des formulations spécifiques pour chaque femme, pensées pour agir avec précision sur les mécanismes inflammatoires, la régulation hormonale ou encore la réparation tissulaire. Mais au-delà des principes actifs, c’est une philosophie entière qui se dessine : celle d’une médecine intégrative, respectueuse du corps féminin et de son équilibre.
Reste à affiner les dosages, à élargir les essais cliniques et, surtout, à faire reconnaître cette approche par un plus grand nombre de professionnels de santé. Les plantes ne se contentent pas de traiter les symptômes. Elles invitent à repenser notre rapport au soin, à revenir à des gestes simples, humains, enracinés dans la nature. Peut-être est-ce là leur plus grande force : offrir, au-delà des molécules, une promesse de réconciliation avec nos corps.
Pour rappel : je ne suis ni médecin, ni pharmacien. Un conseil en naturopathie et phytothérapie ne remplace pas un avis médical. Ces données sont partagées à titre informatif. Toute supplémentation doit être envisagée avec l’accord de votre médecin.
Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur l’endométriose ici.
Références
(1) Momenimovahed Z, Salehiniya H, Allahqoli L, Laganà AS, Mazidimoradi A, Moawad G, Gitas G, Alkatout I. Effects of herbal compounds on various aspects of endometriosis treatment: a systematic review. Eur Rev Med Pharmacol Sci. 2024 May;28(9):3375-3383. doi: 10.26355/eurrev_202405_36182. PMID: 38766794.
(2) Zhao RH, Hao ZP, Zhang Y, Lian FM, Sun WW, Liu Y, Wang R, Long L, Cheng L, Ding YF. Controlling the recurrence of pelvic endometriosis after a conservative operation: comparison between Chinese herbal medicine and western medicine. Int J Clin Exp Med 2013; 19: 820-825.
(3) Zhao RH, Liu Y, Lu D, Wu Y, Wang XY, Li WL, Zeng C, Meng QW, Lian FM, Zhou J. Chinese medicine sequential therapy improves pregnancy outcomes after surgery for endometriosis-associated infertility: a multicenter randomized double-blind placebo parallel controlled clinical trial. Chin J Integr Med 2020; 26: 92-99.
(4) Ruan JY, Zheng YX, Tian Q, Ke JY, Wang L, Du Y, Zhu ZL, Yi XF, Xu CJ. Efficacy and safety of sanjiezhentong capsules, a traditional chinese patent medicine, on long-term management of endometriosis: A randomized controlled trial. Chin J Integr Med 2021; 5: 15-22.
(5) Amirsalari S, Behboodi Moghadam Z, Taghizadeh Z, Jafar Abadi MN, Sabaghzadeh Irani P, Goodarzi S, Ranjbar H. The Effect of Garlic Tablets on the Endometriosis-Related Pains: A Randomized Placebo-Controlled Clinical Trial. Evid Based Complement Alternat Med 2021; 2021: 5547058.


Cet article a 2 commentaires
Bonjour, merci pour cet article qui nous fait prendre conscience du pouvoir des plantes. Savez-vous s’il y a des contrindications si on prend de temps à autre un anti-inflammatoire pour soulager les douleurs d’endométriose. J’essaie d’en faire une utilisation raisonnée, mais parfois il m’arrive d’en prendre un à deux par jour. Faut-il arrêter la prise de plantes à ce moment-là ?
Bonjour Jeanne, merci pour cette question très pertinente ! Vous avez tout à fait raison de chercher à moduler votre prise d’anti-inflammatoires tout en explorant les bienfaits des plantes. En général, il n’est pas nécessaire d’arrêter complètement la prise de plantes lorsque vous prenez un anti-inflammatoire ponctuellement. Cependant, il est important de choisir des plantes adaptées et d’être attentive aux interactions potentielles. Certaines plantes aux propriétés anti-inflammatoires, comme le curcuma ou le saule blanc, peuvent avoir un effet additif sur le système digestif et potentiellement irriter l’estomac si elles sont prises en même temps que des AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène). Si vous avez un terrain digestif sensible, il peut être intéressant de privilégier des plantes qui protègent la muqueuse intestinale (mauve, guimauve, réglisse – sous réserve de ne pas avoir d’hypertension pour cette dernière). L’essentiel est donc d’adapter votre prise en fonction de votre tolérance personnelle et de l’objectif recherché. Mais un usage raisonné des plantes (en tisane par exemple) est tout à fait compatible avec la prise d’AINS. Prenez soin de vous et n’hésitez pas si vous avez d’autres questions !