Ménopause et thyroïde : pourquoi les troubles thyroïdiens explosent après 45 ans ?

Hashimoto, Basedow, fatigue, hypothyroïdie…

Je reçois énormément de questions par mail, je ne peux malheureusement pas répondre à toutes. J’ai donc décidé de vous proposer un nouveau format de Questions/Réponses pour vous donner quelques pistes exploratoires, et quelques retours de terrain de ces dernières années dans mes accompagnements des troubles féminins complexes.

Alors on va entrer directement dans le vif du sujet, et pour vous donner un aperçu du menu du jour, voici la liste de questions auxquelles je vais essayer de répondre le plus précisément possible :

  • Pourquoi les troubles thyroïdiens apparaissent-ils souvent à la ménopause ?
  • La ménopause peut-elle déclencher une maladie thyroïdienne ?
  • Pourquoi tant de femmes développent-elles Hashimoto ou Basedow après 45-50 ans ?
  • Comment distinguer symptômes de ménopause et symptômes thyroïdiens ?
  • Une fatigue de ménopause cache-t-elle parfois un trouble thyroïdien ?
  • Donc première question : pourquoi est-ce que l’on voit les troubles thyroïdiens exploser souvent à la ménopause ?

Alors la ménopause, elle est souvent présentée comme une simple « chute hormonale » qui serait banalement marquée par la diminution progressive des œstrogènes et de la progestérone. Mais cette vision est largement réductrice et simpliste. En réalité, la ménopause correspond à une profonde phase de réorganisation endocrinienne durant laquelle l’ensemble du système hormonal féminin est contraint de retrouver un nouvel équilibre. Les ovaires modifient leur activité, bien sûr, mais les surrénales, l’axe hypothalamo-hypophysaire, le système nerveux, le métabolisme énergétique, le système immunitaire… et la thyroïde sont eux aussi directement concernés par cette transition.

Pendant plusieurs décennies, les hormones ovariennes ont exercé des effets bien au-delà de la simple reproduction. Les œstrogènes notamment participent à de nombreux mécanismes physiologiques : la modulation immunitaire, la régulation de l’inflammation, la protection cardiovasculaire, l’équilibre neuropsychique, la sensibilité à l’insuline, le fonctionnement cérébral ou encore le maintien de certaines capacités métaboliques. Donc lorsque leur production devient fluctuante puis décline progressivement à la périménopause et à la ménopause, l’organisme entier doit réapprendre à fonctionner dans un nouvel environnement hormonal.

Et c’est précisément dans cette phase de transition que certaines fragilités peuvent émerger. Chez certaines femmes, le corps parvient à s’adapter relativement harmonieusement. Chez d’autres, cette période agit comme une véritable zone de décompensation physiologique. Des symptômes diffus vont alors apparaitre progressivement : fatigue persistante, ralentissement métabolique, troubles du sommeil, brouillard cérébral, prise de poids, anxiété, palpitations, inflammations chroniques de bas grade… Ce sont autant de manifestations qui peuvent parfois traduire non seulement les bouleversements de la ménopause elle-même, mais également l’apparition ou la révélation d’un trouble thyroïdien sous-jacent (hypothyroïdie fruste ou hypothyroïdie cellulaire par exemple).

Car la thyroïde ne fonctionne jamais isolément: elle dialogue en permanence avec les hormones sexuelles, le système nerveux et les glandes surrénales. À la ménopause, cet équilibre croisé devient plus fragile. On a les glandes surrénales, qui ont déjà souvent été sollicitées depuis des années par le stress chronique, la charge mentale, les troubles du sommeil ou l’épuisement émotionnel, et qui doivent soudain compenser davantage certains équilibres hormonaux auparavant soutenus par les ovaires. Et cette surcharge adaptative peut participer à déséquilibrer l’axe endocrinien global.

Parallèlement, cette période de vie s’accompagne fréquemment d’une augmentation de l’inflammation de bas grade. Avec les années on voit s’installer chez les femmes une dysbiose et une perméabilité intestinales accrues, une insulinorésistance ou encore une fragilité immunitaire progressive. Et ces mécanismes sont aujourd’hui largement étudiés dans les maladies auto-immunes thyroïdiennes comme Hashimoto ou Basedow. La ménopause ne « crée » probablement pas à elle seule ces pathologies, mais elle peut agir comme un révélateur sur un terrain préexistant jusque-là compensé.

Pour les praticiens de santé, cette période mérite donc une attention particulière. Beaucoup de symptômes sont attribués trop rapidement au « vieillissement hormonal normal » et peuvent parfois masquer une dysrégulation thyroïdienne qui débute. Certaines femmes entendent pendant des mois (voire des années) que leur fatigue, leurs palpitations, leurs troubles cognitifs ou leur anxiété sont simplement liés à la ménopause, alors qu’une hypothyroïdie, une hyperthyroïdie ou une auto-immunité thyroïdienne s’installe progressivement en parallèle.

L’enjeu ici n’est évidemment pas de pathologiser systématiquement la ménopause, qui n’est pas une maladie mais une transition physiologique naturelle je vous rappelle, mais plutôt de reconnaître qu’elle constitue une période charnière particulièrement sensible sur le plan endocrinien et immunitaire. C’est une période durant laquelle certaines vulnérabilités anciennes deviennent visibles, parfois pour la première fois.

Ménopause et thyroïde
  • Deuxième question qui découle donc de la première : la ménopause peut-elle finalement déclencher une maladie thyroïdienne ? Car pourquoi tant de femmes développent-elles Hashimoto ou Basedow après 45-50 ans ?

Alors la ménopause ne « crée » vraisemblablement pas à elle seule une maladie thyroïdienne chez une femme qui n’aurait aucun terrain de fragilité préalable. En revanche oui, elle peut agir comme facteur déclenchant sur un organisme déjà vulnérable depuis des années sans que cela ne soit encore visible cliniquement.

Car avant l’apparition d’une maladie thyroïdienne, il existe souvent un terrain sous-jacent plus ancien comme on a vu. Chez certaines femmes, on retrouve une prédisposition génétique familiale, une fragilité immunitaire, une inflammation chronique de bas grade, des carences nutritionnelles persistantes (fer, sélénium, zinc, vitamine D notamment), un stress chronique ancien, des troubles digestifs ou encore une auto-immunité silencieuse présente depuis longtemps sans expression clinique manifeste. Tant que les grandes capacités d’adaptation de l’organisme permettent de maintenir l’équilibre, aucun symptôme majeur n’apparaît réellement. La biologie peut même rester longtemps dans les normes.

Et oui la ménopause arrive et agit comme « fenêtre de bascule » endocrinienne et immunitaire. Tout comme cela peut être le cas lors de la grossesse ou du postpartum, où la femme est sujette à un cocktail hormonal à la hausse ou à la baisse tellement brutal et énorme, que le corps parfois ne parvient pas à s’ajuster et compenser. Face à ces fluctuations hormonales, l’organisme doit réorganiser une partie de son fonctionnement interne et ce travail d’adaptation mobilise fortement les axes neuro-endocriniens, immunitaires et métaboliques.

Et les hormones sexuelles féminines entretiennent des interactions complexes avec le système immunitaire. Leur diminution progressive ou leurs fluctuations anarchiques à la périménopause peuvent modifier certaines réponses inflammatoires et immunitaires chez les femmes prédisposées. Cette instabilité peut parfois favoriser une perte de tolérance immunitaire et contribuer à l’émergence d’anticorps dirigés contre la thyroïde.

C’est comme ça que certaines femmes découvrent à cette période une thyroïdite de Hashimoto, une maladie de Basedow, une hypothyroïdie jusque-là silencieuse, des fluctuations importantes de TSH, ou des symptômes chroniques longtemps inexpliqués.  Le problème c’est que beaucoup de ces manifestations sont facilement attribuées à la ménopause elle-même, et retardent parfois l’exploration thyroïdienne.

  • Donc finalement comment distinguer les symptômes de la ménopause de ceux d’un trouble thyroïdien ? Une fatigue de ménopause cache-t-elle parfois un trouble thyroïdien ?

Et bien c’est probablement l’une des plus grandes difficultés rencontrées aussi bien par les femmes que par les praticiens de santé. Et pour cause : les deux tableaux cliniques se ressemblent parfois de manière troublante: fatigue chronique, troubles du sommeil, anxiété, palpitations, variations de poids, brouillard mental, irritabilité, fluctuations de l’humeur, chute de cheveux… Tous ces symptômes peuvent appartenir aussi bien à la périménopause qu’à une dysrégulation thyroïdienne. Dans la pratique, les frontières sont souvent floues, progressives, entremêlées. Et de nombreuses femmes entendent : « C’est normal, c’est la ménopause. »

Et il est vrai qu’une partie de ces symptômes peut effectivement s’expliquer par les bouleversements hormonaux climatériques : la chute progressive des œstrogènes influence profondément le sommeil, la thermorégulation, l’humeur, le système nerveux et le métabolisme. Mais le problème apparaît lorsque cette explication devient systématique et finit par masquer d’autres déséquilibres endocriniens coexistants.

L’hypothyroïdie, notamment lorsqu’elle débute lentement, peut facilement passer inaperçue à la périménopause. Une fatigue persistante sera interprétée comme un épuisement lié à l’âge ou aux bouleversements hormonaux. Une prise de poids comme une conséquence « normale » du ralentissement métabolique de la ménopause. Une baisse de moral comme un effet psychologique du changement de période de vie. Pourtant, certains signes peuvent orienter vers une atteinte thyroïdienne plus spécifique.

Par exemple il faudra être attentive à une frilosité marquée et inhabituelle (entre autre au nivau des extrémités), une constipation importante, un ralentissement global des fonctions physiques et cognitives, une peau très sèche, une voix devenant plus rauque, des œdèmes ou encore une sensation de fatigue écrasante persistante malgré le repos peuvent davantage évoquer une hypothyroïdie sous-jacente.

À l’inverse, certaines femmes développant une hyperthyroïdie ou une maladie de Basedow verront leurs symptômes confondus avec les manifestations classiques de la ménopause : nervosité, sueurs, troubles du sommeil ou palpitations. Pourtant, certains éléments doivent attirer l’attention : palpitations importantes, accélération du rythme cardiaque au repos, perte de poids rapide malgré un appétit conservé, tremblements, intolérance à la chaleur, agitation inhabituelle ou anxiété très intense.

Mais dans la réalité clinique, les choses sont rarement aussi nettes. Les tableaux sont souvent mixtes, progressifs, atypiques. Certaines femmes peuvent même présenter simultanément : une périménopause symptomatique, un épuisement surrénalien, une inflammation chronique, et une dysrégulation thyroïdienne débutante. C’est précisément ce qui rend l’approche clinique parfois complexe. D’autant plus que les fluctuations hormonales de la périménopause peuvent elles-mêmes influencer le fonctionnement thyroïdien et la sensibilité des tissus aux hormones. Donc c’est le serpent qui se mord la queue vous l’aurez compris.

L’objectif n’est pas de transformer chaque ménopause difficile en suspicion thyroïdienne, mais de garder à l’esprit qu’un trouble endocrinien associé peut parfois coexister.

C’est ainsi que réaliser un bilan thyroïdien complet avec votre médecin ou votre endocrinologue pourra devenir pertinent pour creuser davantage, en particulier lorsque s’ajoutent des antécédents familiaux auto-immuns. Donc ne pas simplement doser la TSH, mais aussi la T3L, la T4L et les anticorps. Et s’assurer d’avoir tous les cofacteurs thyroïdiens dans le vert également. Car une carence pourrait être délétère et engendrer certains troubles à elle seule !

Il existe également un autre écueil fréquent : considérer qu’un bilan thyroïdien « dans les normes » exclut nécessairement toute implication thyroïdienne. Or certaines situations restent plus complexes à interpréter. Les fluctuations hormonales, l’inflammation chronique, les carences nutritionnelles, le stress prolongé ou encore l’auto-immunité débutante peuvent parfois précéder longtemps l’apparition d’anomalies biologiques franches.

Je vous renvoie à mes autres articles sur la thyroïde pour approfondir le sujet, en particulier celui sur l’équilibre hormonal thyroïde-cycles menstruels.

Pour rappel: je ne suis ni médecin, ni pharmacien. Un conseil en phytothérapie ne remplace pas un avis médical. Si vous souffrez de problèmes thyroïdiens, il est essentiel de consulter votre médecin pour un diagnostic approprié et un traitement adapté à votre situation particulière. 

Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur les troubles thyroïdiens ici.

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