Thyroïde et cycles menstruels

Quand l’équilibre hormonal bouleverse les règles (et comment agir naturellement)

Fatigue persistante, règles irrégulières, syndrome prémenstruel amplifié, troubles de l’humeur, voire ce sentiment diffus que « quelque chose s’est déréglé » sans que l’on puisse vraiment le nommer…Tous les bilans hormonaux classiques avec votre gynéco ou votre sage-femme sont OK… Et si, derrière cette cascade de symptômes, se cachait tout simplement une thyroïde en difficulté ?

Le rôle de la thyroïde est complexe : elle règle le tempo du métabolisme, de la température corporelle, de l’énergie, mais aussi (et c’est souvent moins connu) du cycle hormonal féminin. Quand elle ralentit ou s’emballe, ce n’est pas seulement la fatigue qui s’installe: ce sont aussi les règles qui se modifient, l’humeur qui se dérègle, la fertilité qui est dans les chaussettes, et le corps qui peine à retrouver son équilibre naturel.

Dans ma pratique, je constate souvent que la thyroïde se manifeste subtilement avant même qu’un bilan sanguin ne le confirme : un flux menstruel qui change, une ovulation capricieuse, un SPM plus marqué, une peau plus sèche, un sommeil instable. Autant de signaux que le corps envoie avant que le dérèglement ne s’ancre.

Comprendre les interactions entre la thyroïde et le cycle menstruel, c’est offrir à la femme la possibilité d’une lecture plus fine de son corps. C’est aussi, pour le praticien, la clé d’un accompagnement plus juste, où l’on ne sépare plus les sphères endocrinienne, hépatique, nerveuse et reproductive, mais où l’on restaure la cohérence de l’ensemble. Car soutenir naturellement la thyroïde, ce n’est pas seulement agir sur une glande : c’est rechercher une harmonie globale !

fatigue et règles irrégulières

Quand la thyroïde influence le cycle

La thyroïde n’agit jamais seule. Elle fait partie d’un réseau hormonal d’une incroyable précision : l’axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien (HHT), intimement lié à l’axe ovarien (HHO) (1). Autrement dit, si la thyroïde ralentit ou s’emballe, tout le système hormonal féminin s’en trouve affecté. Et cela, bien avant qu’un diagnostic officiel n’apparaisse.

  1. Une histoire d’axes hormonaux qui se parlent

L’hypothalamus envoie des signaux à la fois vers la thyroïde (via la TSH) et vers les ovaires (via les gonadotrophines FSH et LH). Lorsque la thyroïde est en sous-régime (hypothyroïdie), l’ensemble du métabolisme ralentit. La production d’œstrogènes et de progestérone devient alors plus irrégulière, ce qui peut conduire à :

  • des cycles longs ou anovulatoires (absence d’ovulation),
  • un syndrome prémenstruel plus marqué (rétention d’eau, irritabilité, douleurs),
  • ou encore des règles plus abondantes, parfois hémorragiques.

À l’inverse, dans une hyperthyroïdie, le métabolisme s’emballe : les cycles se raccourcissent, les règles deviennent très légères, voire disparaissent.
Le corps n’a tout simplement plus l’énergie nécessaire pour maintenir un équilibre hormonal stable:

  • Cycles courts, règles peu abondantes voire absentes.
  • Nervosité, insomnie, perte de poids rapide, palpitations.
  • Hypersensibilité émotionnelle autour des menstruations.
  1. Des hormones thyroïdiennes qui influencent directement les ovaires

Les hormones T3 et T4 jouent un rôle direct sur la maturation des follicules ovariens et sur la sensibilité des ovaires à la FSH (2) (4).
Une T3 trop basse peut donc compromettre l’ovulation, ce qui explique pourquoi certaines femmes hypothyroïdiennes ont du mal à concevoir, ou ressentent des cycles de plus en plus anarchiques.

De même, la progestérone, sécrétée après l’ovulation, dépend étroitement de la bonne conversion de T4 en T3, conversion qui s’effectue notamment au niveau du foie.
Un foie saturé, un stress chronique, une inflammation digestive… et c’est tout le dialogue hormonal qui se brouille.

  1. Quand la thyroïde perturbe le foie et le cycle s’en ressent

C’est un point souvent négligé, mais fondamental : le foie est le grand médiateur entre la thyroïde et les hormones sexuelles (3).
C’est lui qui :

  • transforme la T4 en T3 active,
  • métabolise les œstrogènes,
  • et assure l’élimination des excès hormonaux.

Lorsqu’il est surchargé (médicaments, alimentation riche en sucres raffinés, stress oxydatif…), la conversion thyroïdienne ralentit et l’organisme tend à l’hyperœstrogènie : douleurs mammaires, irritabilité, migraines avant les règles, cycles instables… tout un cortège de symptômes qu’on attribue souvent au hasard, alors qu’ils révèlent un dérèglement plus global.

  1. Les signaux d’alerte qui devraient faire penser à la thyroïde

Certaines femmes vivent pendant des années avec une thyroïde borderline, sans qu’aucun médecin ne leur en parle, car leurs analyses sont “dans la norme”.
Pourtant, leur corps, lui, envoie des signaux clairs (5) :

  • cycles qui s’allongent ou se raccourcissent soudainement,
  • fatigue matinale, frilosité, perte de cheveux,
  • peau plus sèche, constipation,
  • SPM amplifié ou irrégulier,
  • libido en berne.

Ce sont autant de petits indices d’un déséquilibre thyroïdien fonctionnel, parfois invisible dans un simple dosage de TSH. Un regard naturopathique permet justement d’interpréter ces signes dans leur cohérence globale.

cycles menstruels et thyroïde

Quand le cycle influence la thyroïde

On parle souvent de l’influence de la thyroïde sur les hormones féminines, mais la relation est bilatérale : le cycle menstruel, lui aussi, agit sur la glande thyroïdienne.
Certaines femmes ressentent d’ailleurs que leurs symptômes thyroïdiens varient d’une phase à l’autre du cycle : fatigue accrue, frilosité, palpitations, humeur fluctuante… Ce n’est pas une impression : il existe bien une interaction hormonale directe et mesurable.

Les œstrogènes et la TBG : une question de transport hormonal

Les œstrogènes stimulent la production d’une protéine appelée TBG (thyroxine-binding globulin), fabriquée par le foie (6). Cette protéine agit comme un « taxi » : elle transporte les hormones thyroïdiennes (T4 et T3) dans le sang. Quand la TBG augmente, une plus grande partie de la thyroxine (T4) se retrouve liée à cette protéine et donc indisponible pour les cellules. Résultat : la T4 libre, c’est-à-dire la fraction active, diminue transitoirement.

C’est un phénomène souvent observé :

  • En deuxième partie de cycle, quand les œstrogènes dominent encore légèrement avant de redescendre ;
  • Sous contraception œstroprogestative, qui élève chroniquement la TBG ;
  • Pendant la grossesse, où la hausse physiologique des œstrogènes majore fortement la TBG (et donc la demande en thyroxine).

Conséquence pratique : une femme sous traitement thyroïdien peut avoir besoin d’un ajustement de dosage après la mise en place d’une contraception ou en période de grossesse (7). Chez les femmes non traitées, cette modulation peut simplement accentuer la variabilité des symptômes au cours du cycle.

Phase lutéale : quand la progestérone entre en scène

La phase lutéale (celle qui suit l’ovulation jusqu’aux règles) est marquée par une montée de progestérone et une légère baisse relative des œstrogènes. Or, la progestérone influence elle aussi la thyroïde, de manière plus indirecte :

  • elle soutient la conversion périphérique de la T4 en T3 active (2),
  • mais elle tend aussi à ralentir le métabolisme général si elle domine de façon excessive ou s’il existe une insuffisance lutéale.

Ainsi, quand la progestérone est trop basse (situation fréquente dans les SPM marqués ou en préménopause), la conversion de la T4 peut devenir moins efficace. On observe alors une fatigue accrue en fin de cycle, des syndromes prémenstruels plus intenses ou encore des troubles de la température corporelle.

Cliniquement, ces variations expliquent pourquoi certaines femmes ont des symptômes d’hypothyroïdie plus nets juste avant les règles : la progestérone chute, la conversion T4→T3 ralentit, et la fatigue s’accentue.

Stress, post-partum et préménopause : trois zones de fragilité de l’axe HPT

L’axe hypothalamo–hypophyso–thyroïdien (HPT), qui régule la thyroïde, est très sensible au stress et aux carences nutritionnelles. Or, certaines phases de la vie féminine exposent particulièrement à ces déséquilibres :

Le post-partum

Après l’accouchement, l’organisme subit une chute brutale des œstrogènes et de la progestérone, une forte demande immunitaire et une perte en nutriments (fer, zinc, sélénium, iode, vitamine D). Chez les femmes prédisposées, cela peut déclencher une thyroïdite post-partum, souvent transitoire, mais parfois suivie d’une hypothyroïdie durable.

On estime qu’environ 5 à 10 % des femmes en post-partum présentent une perturbation thyroïdienne significative dans les mois qui suivent la naissance (8).

La préménopause

Entre 40 et 50 ans, la production d’œstrogènes devient irrégulière, parfois excessive, parfois insuffisante. Ces fluctuations hormonales augmentent la TBG de manière erratique et perturbent la stabilité de la T4 libre (9).
En parallèle, la progestérone chute précocement, fragilisant encore la conversion T4→T3.
Résultat : fatigue, prise de poids, brouillard mental, nervosité = des symptômes partagés entre dérèglement thyroïdien et déséquilibre œstro-progestatif.

Le stress chronique

Le cortisol, hormone du stress, inhibe directement la conversion de la T4 en T3 et favorise la production de T3 reverse (rT3 – forme inactive de la T3). Il agit donc comme un « frein » sur le métabolisme thyroïdien. Chez les femmes au long cours stressées, surmenées ou en déficit de sommeil, on observe souvent cette fatigue résistante typique, où les bilans restent « dans la norme » mais la personne se sent épuisée.

C’est un tableau où l’approche naturelle (magnésium, adaptogènes doux, alimentation riche en cofacteurs) prend tout son sens, car la correction biologique seule (TSH, T4) ne suffit pas à rétablir la vitalité.

fatigue thyroïde

Soutenir naturellement la thyroïde et le cycle

Quand on parle d’équilibre hormonal, il est rare que la thyroïde soit seule en cause. Elle réagit aux variations du stress, à l’état nutritionnel, au foie (qui métabolise les hormones), et au système digestif (qui influence la conversion et l’élimination hormonale). C’est pourquoi le soutien global repose sur trois axes : les micronutriments, les plantes de régulation, et le soutien hépatique et digestif.

Il n’est absolument pas possible ici de vous donner des plantes avec leurs dosages, car tout est à ajuster au cas par cas, lors d’un bilan naturopathique. En premier lieu on regarde déjà les cofacteurs thyroïdiens (cf mon autre article à ce sujet) à travers l’alimentation, voire une supplémentation si carences avérées, ensuite on travaille avec certaines plantes selon le profil de la personne. Aucun protocole n’est universellement applicable (et il faut gérer le timing vis-à-vis de la lévothyroxine, du néomercazole et des médicaments éventuels). Je vous donne quelques pistes ci-dessous.

a) Les nutriments clés cofacteur de la thyroïde 

  • Iode : en douceur, algues type nori ou dulse si non contre-indiqué.
  • Sélénium : noix du Brésil, œufs, champignons…
  • Zinc et fer : fruits de mer, lentilles, graines de courge…
  • Vitamine D et B12 : poissons gras, oeufs, exposition au soleil, abats…
  • Magnésium : oléagineux, chocolat noir, fruits secs…

b) Les plantes de régulation et les plantes à action hormonale directe ou indirecte (quelques exemples en vrac….)

  • Ashwagandha : adaptogène de l’axe HHS, régule le cortisol, soutient T4→T3.
  • Rhodiola rosea : aide en cas de fatigue chronique (plutôt hypo).
  • Maca : soutient la fonction hormonale féminine et la vitalité.
  • Sauge officinale : phyto-oestrogène, équilibre hormonal et soulagement des SPM, bouffées de chaleur…
  • Alchemille, Achillée millefeuille : tonique utérin, utile si règles abondantes ou absentes…
  • Gattilier ou Actée à grappes noires
  • Etc….

c) Soutien digestif et hépatique

Rappel : le foie régule la conversion hormonale et l’élimination des œstrogènes.

  • Plantes clés : romarin, pissenlit, artichaut, desmodium, chardon-marie… en tisane, en gemmothérapie ou en extrait de plantes sèches  (sous supervision si traitement thyroïdien). A ajuster au cas par cas.

d) Habitudes à cultiver

  • Dormir suffisamment pour restaurer l’équilibre hormonal. La BASE. 
  • Éviter les jeûnes prolongés ou régimes restrictifs qui stressent la thyroïde. Les états de sous-calories qui font penser à la thyroïde qu’elle est en période de disette sont contre-productifs. 
  • Réduire l’exposition aux perturbateurs endocriniens (plastiques, cosmétiques, pesticides).
  • Privilégier une alimentation anti-inflammatoire et riche en fibres.

En résumé, ce qu’il faut retenir :

– La thyroïde ne s’équilibre pas isolément : elle dépend du stress, du foie, du cycle ovarien et de l’état nutritionnel.

– Soutenir la thyroïde, c’est aussi soutenir la femme dans son ensemble : ses rythmes, ses variations, sa vitalité.

– La phytothérapie et la micronutrition offrent ici un accompagnement fin, à ajuster selon le profil (hypo / hyper / auto-immunité) et les besoins du terrain.

Pour rappel: je ne suis ni médecin, ni pharmacien. Un conseil en phytothérapie ne remplace pas un avis médical. Si vous souffrez de problèmes thyroïdiens, il est essentiel de consulter votre médecin pour un diagnostic approprié et un traitement adapté à votre situation particulière. 

Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur les troubles thyroïdiens ici.

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Références Thyroïde et cycles menstruels

(1) Jacobson MH, Howards PP, Darrow LA, Meadows JW, Kesner JS, Spencer JB, Terrell ML, Marcus M. Thyroid hormones and menstrual cycle function in a longitudinal cohort of premenopausal women. Paediatr Perinat Epidemiol. 2018 May;32(3):225-234. doi: 10.1111/ppe.12462. Epub 2018 Mar 8. PMID: 29517803; PMCID: PMC5980701.

(2) Brown EDL, Obeng-Gyasi B, Hall JE, Shekhar S. The Thyroid Hormone Axis and Female Reproduction. International Journal of Molecular Sciences. 2023; 24(12):9815. https://doi.org/10.3390/ijms24129815

(3) Benvenga S, Di Bari F, Granese R and Antonelli A (2017) Serum Thyrotropin and Phase of the Menstrual Cycle. Front. Endocrinol. 8:250. doi: 10.3389/fendo.2017.00250

(4) Thyroid hormones in human follicular fluid and thyroid hormone receptors in human granulosa cells, Anthony N. Wakim, M.D.* Sandra L. Polizotto, B.S. Mary Jo Buffo, B.S. Miguel A. Marrero, M.D. Dennis R. Burholt, Ph.D. FERTILITY AND STERILITY Copyright !{;· 1993 The American Fertility Society Vol. 59, No.6, June 1993

(5) Ajmani NS, Sarbhai V, Yadav N, Paul M, Ahmad A, Ajmani AK. Role of Thyroid Dysfunction in Patients with Menstrual Disorders in Tertiary Care Center of Walled City of Delhi. J Obstet Gynaecol India. 2016 Apr;66(2):115-9. doi: 10.1007/s13224-014-0650-0. Epub 2015 Jan 20. PMID: 27046965; PMCID: PMC4818825.

(6) Kenneth B. Ain, Samuel Refetoff, David H. Sarne, Yoshiharu Murata, Effect of Estrogen on the Synthesis and Secretion of Thyroxine-Binding Globulin by a Human Hepatoma Cell Line, HEP G2, Molecular Endocrinology, Volume 2, Issue 4, 1 April 1988, Pages 313–323, https://doi.org/10.1210/mend-2-4-313

(7) Mazer NA. Interaction of estrogen therapy and thyroid hormone replacement in postmenopausal women. Thyroid. 2004;14 Suppl 1:S27-34. doi: 10.1089/105072504323024561. PMID: 15142374.

(8) Postpartum Thyroiditis, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK557646/

(9) Xu, W., Huang, Y., Ma, L. et al.Clinical observation of menopause hormone therapy in postmenopausal women with euthyroid and mild subclinical hypothyroidism. BMC Endocr Disord 23, 21 (2023). https://doi.org/10.1186/s12902-023-01269-7

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