Thyroïde : T3 reverse (rT3) élevée, faut-il la doser ?

Fatigue persistante, frilosité, prise de poids, chute de cheveux, constipation, brouillard cérébral… Vous avez l’impression que votre thyroïde fonctionne au ralenti, mais votre TSH, votre T3 libre et votre T4 libre sont dans les normes ? Vous avez peut-être déjà entendu parler d’une analyse un peu particulière : la T3 reverse, également appelée rT3 ou reverse T3.

Sur Internet, on lui attribue parfois un rôle très important : celui de révéler une “hypothyroïdie cellulaire”, une mauvaise conversion de la T4 en T3 ou encore un “blocage” de l’action des hormones thyroïdiennes.

Mais que dit réellement la littérature scientifique ? Comme à mon habitude je suis allée fouiner le sujet que je connaissais déjà bien pour actualiser mes connaissances, et la réponse est beaucoup plus intéressante que le simple « T3 reverse haute = hypothyroïdie ». La T3 reverse est effectivement un métabolite majeur de la T4, produit par les enzymes qui régulent localement l’activation et l’inactivation des hormones thyroïdiennes (1). Elle augmente notamment dans certaines situations de maladie, de restriction calorique ou de stress physiologique. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’une T3 reverse élevée permet, à elle seule, de diagnostiquer une hypothyroïdie ou de décider d’un traitement !

Qu’est-ce que la T3 reverse ?

Pour comprendre la T3 reverse, il faut revenir quelques secondes sur le métabolisme des hormones thyroïdiennes. Bon je ne vous refais pas un cours de physio, mais il faut repartir de la base: la thyroïde produit principalement de la T4, ou thyroxine. La T4 peut ensuite être transformée dans différents tissus de l’organisme.

Et c’est ici que les choses deviennent particulièrement intéressantes. La T4 peut être transformée en T3, qui est la principale forme biologiquement active des hormones thyroïdiennes. Mais elle peut également être transformée en T3 reverse (rT3), une forme inactive sur les récepteurs nucléaires classiques des hormones thyroïdiennes (1).

Autrement dit :

T4 → T3 = activation

T4 → T3 reverse = inactivation

Cette différence dépend notamment de la manière dont un atome d’iode est retiré de la molécule de T4. La T3 reverse n’est donc pas une « mauvaise T3 ». C’est plutôt une voie métabolique normale permettant à l’organisme de moduler la quantité d’hormones thyroïdiennes actives disponibles. Et c’est précisément là que la notion de déiodinases dont je vous ai déjà parlé dans plusieurs vidéos et articles devient essentielle.

Les déiodinases : les enzymes qui décident en partie du destin de la T4

Il faut savoir que votre thyroïde ne contrôle pas à elle seule la quantité de T3 disponible dans vos tissus. Une grande partie de la régulation se produit après la production de T4, dans les différents organes. Cette transformation fait intervenir trois grandes enzymes :

  • la D1, ou déiodinase de type 1 ;
  • la D2, ou déiodinase de type 2 ;
  • la D3, ou déiodinase de type 3.

Les D1 et D2 participent notamment à la transformation de la T4 en T3. La D3, elle, participe à la voie d’inactivation en transformant la T4 en T3 reverse et la T3 en T2 (1).

On peut donc simplifier ainsi :

D1 / D2 → T4 → T3 → activation

D3 → T4 → rT3 → inactivation

Ces enzymes sont présentes dans différents tissus et leur activité peut être modulée selon le contexte physiologique. Le fonctionnement de l’axe thyroïdien est donc beaucoup plus subtil qu’une simple relation entre TSH et hormones circulantes. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je préfère parler du “métabolisme” des hormones thyroïdiennes plutôt que simplement de “production des hormones thyroïdiennes”.

Métabolisme thyroïdien de la T3 reverse

Pourquoi l’organisme fabrique-t-il de la T3 reverse ?

C’est une question fondamentale. Si la T3 reverse est inactive, pourquoi notre organisme en fabrique-t-il du coup ? Et bien parce que l’organisme ne cherche pas constamment à produire le maximum d’hormones thyroïdiennes actives. Il doit aussi être capable de réduire le signal thyroïdien lorsque le contexte physiologique le nécessite.

On va prendre un exemple imagé pour mieux se figurer la chose. Imaginez votre métabolisme comme une voiture. La T3 correspond en quelque sorte à l’accélérateur. La T3 reverse participe à une voie permettant de réduire la disponibilité du signal thyroïdien. Cette régulation devient particulièrement intéressante lorsque l’organisme traverse une période de stress physiologique important. C’est notamment ce que l’on observe dans le syndrome de maladie non thyroïdienne, autrefois appelé « euthyroid sick syndrome ».

Lors d’une maladie aiguë ou sévère, on peut observer une diminution de la T3 circulante et des modifications du métabolisme des hormones thyroïdiennes, avec notamment une augmentation de la rT3 dans de nombreuses situations. Ces modifications sont liées à des changements de l’activité des déiodinases et d’autres mécanismes du métabolisme thyroïdien.

Et cela nous amène à un point extrêmement important : une T3 reverse élevée n’est pas nécessairement le signe que votre thyroïde fonctionne mal. Elle peut simplement traduire une modification de la manière dont votre organisme gère les hormones thyroïdiennes dans un contexte particulier.

Dans quelles situations la T3 reverse peut-elle augmenter ?

Comme je le disais, la T3 reverse peut notamment augmenter dans différentes situations de stress physiologique important. On retrouve par exemple :

  • certaines maladies aiguës ou sévères
  • des situations d’inflammation systémique
  • la dénutrition ou la restriction calorique importante
  • le jeûne prolongé
  • certains contextes hospitaliers
  • certains traitements médicamenteux
  • certaines situations particulières de grossesse ou de pathologie.

La restriction calorique est particulièrement intéressante. Des travaux anciens mais bien documentés ont montré qu’un jeûne prolongé pouvait entraîner une diminution importante de la T3 accompagnée d’une augmentation de la T3 reverse (l’étude montre que 7 à 18 jours de jeûne total étaient associés à une diminution de 53 % de la T3 et une augmentation de 58 % de la rT3) (2). Cela permet de comprendre quelque chose d’essentiel : l’organisme peut s’adapter et modifier le métabolisme des hormones thyroïdiennes lorsque les apports énergétiques deviennent insuffisants.

Ce n’est donc pas forcément une « panne » de la thyroïde. Cela peut être une adaptation métabolique.

T3 reverse élevée : est-ce forcément une hypothyroïdie ?

Non. Une T3 reverse élevée ne permet pas à elle seule de diagnostiquer une hypothyroïdie. L’American Thyroid Association précise d’ailleurs que, chez les personnes en bonne santé et non hospitalisées, le dosage de la T3 reverse n’est pas utile pour déterminer si une personne est hypothyroïdienne (3). Pourquoi ? Parce que la T3 reverse est extrêmement sensible au contexte. Une augmentation peut refléter une modification du métabolisme des hormones thyroïdiennes liée à une maladie, à une restriction énergétique ou à différents facteurs physiologiques ou médicamenteux comme vu précédemment.

Pour répondre à cette question, les examens de première intention restent notamment la TSH, la T4 libre et la T3 libre, interprétées dans le contexte clinique par votre médecin ou votre endocrinologue.

Faut-il alors doser rT3 ?

Alors déjà, vu le prix, on la dosera avec son médecin uniquement si nécessaire et pas en première intention. Le dosage de la rT3 peut être intéressant pour comprendre certains mécanismes physiologiques ou dans des situations endocrinologiques très particulières.

Mais ce n’est pas un examen de routine du bilan thyroïdien.

Une revue commanditée par l’American Thyroid Association conclut que le dosage de la rT3 est rarement utile en pratique clinique courante (3). Les indications réellement reconnues sont essentiellement certaines situations très rares, notamment certaines anomalies génétiques du métabolisme des hormones thyroïdiennes et l’hypothyroïdie dite « consomptive », liée à une expression excessive de la déiodinase D3.

Une autre analyse publiée dans Thyroid a également retrouvé peu de données permettant de justifier un usage important de ce dosage en routine (4). Il faut donc être honnête avec ce que cet examen peut réellement nous apporter.

Pourquoi la T3 reverse est-elle autant utilisée en médecine fonctionnelle ?

Parce qu’elle répond à une vraie question biologique. Lorsque l’on observe une personne très symptomatique, avec une TSH, une T4 libre et une T3 libre qui semblent correctes, il est tentant de chercher un marqueur permettant d’expliquer pourquoi elle ne se sent pas bien.

La rT3 paraît alors intéressante parce qu’elle permet d’observer une autre voie du métabolisme de la T4. Peut-être que cette dernière se transforme en rT3 et pas en T3 libre !

Il faut savoir qu’à l’heure actuelle, les recommandations et revues de la littérature en endocrinologie ne soutiennent pas l’utilisation de la rT3 pour décider d’une supplémentation en T3 ou pour choisir entre un traitement par T4 et une association T4/T3.

Alors que peut réellement nous apprendre une rT3 ?

C’est là que je trouve l’examen beaucoup plus intéressant lorsqu’on le replace dans son contexte. La rT3 peut nous renseigner sur la façon dont l’organisme métabolise la T4 dans certaines situations particulières.

Une valeur élevée peut notamment nous inciter à regarder plus attentivement le contexte :

  • restriction calorique importante
  • perte de poids rapide
  • dénutrition
  • maladie aiguë ou chronique
  • inflammation importante
  • stress physiologique majeur
  • traitements médicamenteux susceptibles de modifier le métabolisme thyroïdien
  • contexte endocrinien particulier.

Derrière, on se peut se poser la question du pourquoi mon organisme modifie-t-il le métabolisme de mes hormones thyroïdiennes ?  Une T3 reverse élevée doit donc être interprétée avec le reste du bilan. C’est exactement la même logique que pour les autres marqueurs biologiques. On ne regarde jamais une valeur isolément.

Une analyse sanguine reste une photographie du système à un moment T, pas une fenêtre directe sur chacune de vos cellules.

Et si ma rT3 est élevée alors que je suis sous Levothyrox ?

C’est une situation qui mérite également beaucoup de nuances. Certaines personnes sous lévothyroxine restent symptomatiques malgré une TSH normalisée. Cela soulève de nombreuses questions sur les causes possibles de ces symptômes.

Mais une rT3 élevée ne permet pas actuellement de conclure : « vous convertissez mal votre T4 en T3, il faut donc vous donner de la T3. »

Cette stratégie n’est pas validée par les données disponibles. Une étude récente publiée en 2025 a d’ailleurs retrouvé des variations de la rT3 chez des patients traités pour hypothyroïdie selon les différentes stratégies hormonales, mais il s’agissait d’une étude rétrospective et elle ne permet pas de conclure qu’une rT3 élevée doit conduire à une modification thérapeutique (5).

C’est donc un domaine où la recherche continue. Et comprendre la physiologie de la T3 reverse est particulièrement intéressant pour comprendre la conversion périphérique des hormones thyroïdiennes, le rôle des déiodinases et les adaptations du métabolisme thyroïdien face au stress physiologique, au jeûne ou à la maladie.

Pour aller plus loin dans votre bilan thyroïdien

Si vous cherchez à comprendre votre thyroïde de manière plus globale, je vous recommande également mes autres contenus consacrés :

Pour rappel : je ne suis ni médecin, ni pharmacien. Un conseil en naturopathie et phytothérapie ne remplace pas un avis médical. Ces données sont partagées à titre informatif. Toute supplémentation doit être envisagée avec l’accord de votre médecin.

Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur les troubles thyroïdiens ici

T3 reverse

Références sur la T3 reverse (rT3)

(1) Bianco AC, da Conceição RR. The Deiodinase Trio and Thyroid Hormone Signaling. Methods Mol Biol. 2018;1801:67-83. doi: 10.1007/978-1-4939-7902-8_8. PMID: 29892818; PMCID: PMC6668716.

(2) Spaulding SW, Chopra IJ, Sherwin RS, Lyall SS. Effect of caloric restriction and dietary composition of serum T3 and reverse T3 in man. J Clin Endocrinol Metab. 1976 Jan;42(1):197-200. doi: 10.1210/jcem-42-1-197. PMID: 1249190.

(3) https://www.thyroid.org/wp-content/uploads/2026/01/thyroid-stimulating-hormone-and-thyroid-hormones-triiodothyronine-and-thyroxine-an-american-thyroid-association.pdf 

(4) Schmidt RL, LoPresti JS, McDermott MT, Zick SM, Straseski JA. Does Reverse Triiodothyronine Testing Have Clinical Utility? An Analysis of Practice Variation Based on Order Data from a National Reference Laboratory. Thyroid. 2018 Jul;28(7):842-848. doi: 10.1089/thy.2017.0645. Epub 2018 Jun 13. PMID: 29756541. 

(5) Wilson JB, Hoang TD, Lee ML, Epstein M, Friedman TC. Reverse T3 in patients with hypothyroidism on different thyroid hormone replacement. PLOS ONE. 2025;20(6):e0325046. DOI : 10.1371/journal.pone.0325046.

(6) Bianco AC, Salvatore D, Gereben B, Berry MJ, Larsen PR. Biochemistry, cellular and molecular biology, and physiological roles of the iodothyronine selenodeiodinases. Endocrine Reviews. 2002;23(1):38-89. DOI: 10.1210/edrv.23.1.0455.

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