Cancer : les réponses aux questions que l'on me pose le plus souvent en consultation

Aujourd’hui, j’avais envie de répondre aux questions que l’on me pose le plus souvent lorsque j’accompagne des personnes pendant ou après un cancer.

Ce sont des questions qui reviennent quasiment dans tous mes suivis, des questions simples mais que l’on se pose forcément pour optimiser son hygiène de vie. Par exemple : Qu’est-ce que je dois manger ? Est-ce que le sucre nourrit vraiment le cancer ? Pourquoi est-ce que je suis encore aussi fatigué après les traitements? Peut-on prendre des compléments alimentaires ?… Ce sont ces interrogations légitimes auxquelles je vais essayer de répondre de la manière la plus simple et la plus concrète possible.

Bien sûr, ces réponses restent des conseils généraux. Chaque personne est différente, chaque cancer est différent et chaque traitement possède ses propres spécificités. Il est donc impossible de répondre de façon parfaitement personnalisée dans un article. En revanche, il existe des principes généraux, notamment en matière d’alimentation, d’hygiène de vie et de soins de support, qui peuvent être utiles au plus grand nombre.

Avant de commencer, je rappelle que je suis naturopathe et praticienne en herboristerie, spécialisée dans l’accompagnement bien-être des personnes atteintes d’un cancer. Je ne suis ni médecin ni pharmacienne, et les informations que je partage ici ne remplacent jamais un avis médical ou le suivi de votre équipe d’oncologie. Toutes les personnes que j’accompagne restent suivies par leur oncologue, avec lequel je travaille en complémentarité.

Et j’insiste sur un dernier point, qui me paraît essentiel : ne suivez jamais les conseils d’un praticien qui vous demande d’arrêter vos traitements anticancéreux. Les soins de support ont toute leur place, mais ils viennent accompagner les traitements médicaux, jamais s’y substituer.

Allez, c’est parti ! Première question…

cancer questions

Question n°1 : Que manger pendant ou après un cancer ?

C’est probablement la question que l’on me pose le plus souvent en consultation. Et je vais peut-être vous surprendre, mais je ne commence jamais par parler d’aliments « anticancer ».

Je commence par demander : Comment mangez-vous aujourd’hui ? Avez-vous de l’appétit ? Digérez-vous bien ? Avez-vous perdu du poids depuis le début des traitements ? Êtes-vous encore sous traitement ou les protocoles sont-ils terminés ?

Parce qu’il n’existe pas une alimentation unique qui convienne à toutes les personnes atteintes d’un cancer. Les besoins sont très différents selon que l’on est en pleine chimiothérapie, en radiothérapie, sous hormonothérapie ou plusieurs mois après la fin des traitements.

En revanche, il y a quelques grands principes que je retrouve chez presque tous mes accompagnés.

Le premier, c’est d’apporter suffisamment de protéines. C’est souvent le nutriment le plus négligé alors qu’il est indispensable pour préserver la masse musculaire, favoriser la récupération des tissus et limiter la fatigue. Les traitements entraînent fréquemment une fonte musculaire, et reconstruire cette masse demande du temps.

Le deuxième principe est de consommer une alimentation la plus variée possible, riche en légumes (si possible bio), en fruits, en légumineuses, en oléagineux et en bonnes sources de matières grasses comme l’huile d’olive ou les petits poissons gras. Ce type d’alimentation apporte des fibres, des vitamines, des minéraux et nourrit aussi notre microbiote intestinal, qui joue un rôle important dans notre immunité, notre digestion et même notre tolérance à certains traitements.

J’insiste également sur une alimentation naturellement anti-inflammatoire. Cela ne veut pas dire acheter des super-aliments hors de prix ou suivre des régimes à la mode. Cela signifie surtout privilégier des aliments simples, peu transformés, cuisiner autant que possible et retrouver une alimentation équilibrée.

Mais il y a un point auquel je tiens particulièrement : ne tombez pas dans les régimes restrictifs. Je rencontre encore beaucoup de personnes qui suppriment le sucre, les féculents, les produits laitiers, le gluten, parfois tout en même temps, avec l’espoir de mieux lutter contre leur maladie. Le problème, c’est qu’à force d’enlever des aliments, on finit parfois par ne plus manger suffisamment. Or, pendant ou après un cancer, une dénutrition peut être bien plus préoccupante qu’un carré de chocolat occasionnel.

Si vous vous posez des questions sur certains régimes comme le régime cétogène ou le jeun intermittent, j’y ai consacré des articles et vidéos que je vous invite à aller consulter pour approfondir ces thèmes.

Enfin, ce qu’il ne faut pas oublier c’est le plaisir alimentaire. Manger ne doit pas devenir une source permanente d’angoisse. L’alimentation est aussi un moment de convivialité, de réconfort et de plaisir avec vos proches. Mon objectif n’est pas que vous mangiez parfaitement, mais que vous mangiez suffisamment, avec plaisir et le plus sereinement possible.

Question n°2 : Le sucre nourrit-il vraiment le cancer ?

C’est sans doute l’une des plus grandes inquiétudes des personnes que j’accompagne. Beaucoup arrivent en consultation en me disant : « J’ai complètement arrêté le sucre, parce qu’on m’a dit qu’il nourrissait le cancer. »

Alors la réalité est un peu plus complexe.

Oui, les cellules cancéreuses consomment du glucose. Mais elles ne sont pas les seules. Toutes les cellules de notre organisme utilisent du glucose pour produire de l’énergie : notre cerveau, nos muscles, notre cœur… Si vous supprimez le sucre de votre alimentation, vous ne privez donc pas uniquement les cellules cancéreuses, vous privez aussi l’ensemble de votre organisme. D’ailleurs, même en supprimant totalement le sucre alimentaire, votre corps est capable d’en fabriquer à partir des protéines ou des graisses. C’est un mécanisme normal, indispensable à notre survie.

En réalité, les cellules cancéreuses sont remarquablement adaptables. Parce-que si le glucose constitue souvent leur principale source d’énergie (un phénomène bien connu sous le nom d’effet Warburg), qui décrit leur forte consommation de glucose même en présence d’oxygène, elles sont également capables, pour certaines, d’utiliser d’autres carburants lorsque le glucose vient à manquer. Elles peuvent notamment exploiter certains acides aminés, ou encore les acides gras, en fonction de leur environnement et de leurs besoins. C’est ce que l’on appelle la plasticité métabolique. Autrement dit, priver l’organisme de sucre ne revient pas à « affamer » spécifiquement les cellules cancéreuses : celles-ci disposent souvent d’autres voies pour continuer à se développer, tandis que les tissus sains, eux, ont toujours besoin d’un apport énergétique suffisant pour fonctionner et se réparer.

En revanche, là où les choses deviennent intéressantes, c’est lorsqu’on s’intéresse à l’alimentation dans son ensemble. Une alimentation très riche en produits ultra-transformés, en boissons sucrées, en excès de sucres raffinés et associée à un mode de vie sédentaire peut favoriser le surpoids, l’inflammation chronique et des perturbations métaboliques comme l’insulinorésistance. Or, ces facteurs sont aujourd’hui associés à un risque accru de développer certains cancers ou de moins bien évoluer.

Ce n’est donc pas le morceau de sucre qui est le problème. C’est le contexte alimentaire global.

C’est pourquoi je déconseille les discours extrêmes qui interdisent tout dessert, tout fruit ou le moindre carré de chocolat. En pratique, ces restrictions deviennent souvent une source d’angoisse, de culpabilité et parfois même de dénutrition, notamment chez les personnes qui ont déjà perdu du poids pendant leurs traitements.

Mon conseil il est beaucoup plus simple et c’est celui que l’on vous rabâche en permanence mais parce qu’il est la base d’un mode de vie sain et qu’il vaut mille fois toutes les plantes que vous pourriez prendre pour essayer de compenser une hygiène de vie délétère : donc privilégiez une alimentation peu transformée, riche en légumes, en protéines de qualité, en fibres et en bonnes matières grasses. Limitez les boissons sucrées, les pâtisseries industrielles et les excès de sucres ajoutés, mais sans tomber dans une interdiction totale.

Et surtout, gardez à l’esprit qu’aucun aliment, à lui seul, ne nourrit ou ne guérit un cancer. Ce qui compte réellement, c’est votre alimentation dans sa globalité, associée à l’activité physique, au sommeil, au maintien d’un poids de santé et à votre suivi médical.

Question n°3 : Pourquoi suis-je encore épuisée plusieurs mois après la fin de mes traitements ?

Bon, cette fatigue est très fréquente. La première chose à savoir, c’est que le corps met du temps à récupérer. Une chimiothérapie, une radiothérapie, une chirurgie ou une hormonothérapie représentent un véritable stress pour l’organisme. Même lorsque les traitements sont terminés, le travail de réparation continue pendant plusieurs mois, parfois même davantage.

Ensuite, cette fatigue est souvent multifactorielle. Il n’y a pas une seule explication, mais plusieurs qui s’additionnent.

Il peut persister un état inflammatoire, qui entretient cette sensation d’épuisement. On observe aussi très souvent une perte de masse musculaire. Pendant les traitements, on bouge moins, on mange parfois moins bien et le muscle fond rapidement. Or, moins de muscles signifie moins d’endurance et une fatigue qui s’installe au moindre effort.

Il ne faut pas non plus négliger le sommeil. Beaucoup de personnes dorment très mal pendant les traitements et après un cancer, à cause des douleurs, des bouffées de chaleur, de la sècheresse buccale, de l’anxiété ou simplement parce que leur rythme a été profondément perturbé.

D’autres causes sont plus facilement objectivables grâce à une prise de sang. Une anémie, une carence en fer, en vitamine B12, en folates (c’est-à-dire en B9) ou en vitamine D, voire un trouble de la thyroïde dans certaines situations, peuvent également contribuer à cette fatigue persistante. C’est pourquoi je trouve important de ne pas banaliser ce symptôme et d’en parler avec son médecin.

Enfin, certains effets secondaires des traitements peuvent durer bien au-delà de leur arrêt. Les hormonothérapies, par exemple, sont souvent responsables d’une fatigue chronique. Les neuropathies, les douleurs persistantes ou encore le brouillard cognitif demandent eux aussi beaucoup d’énergie au quotidien.

En consultation, je cherche donc toujours à identifier les différents facteurs qui entretiennent cette fatigue. Car il existe rarement une solution miracle, mais il y a souvent plusieurs leviers sur lesquels agir. Cela peut passer par une alimentation plus riche en protéines, une correction d’éventuelles carences, une reprise très progressive de l’activité physique, un travail sur le sommeil, ou encore un accompagnement en phytothérapie lorsque cela est pertinent.

Le message que j’aimerais vous transmettre est simple : si vous êtes encore épuisé(e) plusieurs mois après vos traitements, ne culpabilisez pas. Votre corps n’est pas paresseux, il est en convalescence. Cette fatigue est fréquente, elle a souvent des explications, et surtout, elle mérite d’être prise en charge plutôt que d’être minimisée.

Question n°4 : Quels compléments alimentaires puis-je prendre pendant ou après les traitements ?

Là encore, c’est une question que l’on me pose presque tous les jours. Et ma réponse risque de vous décevoir : il n’existe pas de complément alimentaire que je recommande systématiquement à toutes les personnes qui traversent un cancer.

Mon rôle consiste justement à individualiser les conseils. Je regarde votre alimentation, vos traitements, vos analyses biologiques, vos effets secondaires, vos antécédents… Bref, je ne raisonne jamais avec une liste de compléments « prêts à l’emploi ».

Cela étant dit, certains nutriments reviennent plus souvent que d’autres.

Le premier est la vitamine D. Beaucoup de personnes présentent une insuffisance, parfois même avant leur cancer. Or, la vitamine D joue un rôle essentiel dans la santé osseuse, le fonctionnement musculaire et le système immunitaire. Je recommande donc très souvent de la doser avant toute supplémentation, afin d’adapter les doses aux besoins réels.

Les oméga-3 sont également intéressants lorsque l’alimentation est pauvre en poissons gras et oléagineux. Ils participent notamment au bon fonctionnement des membranes cellulaires et peuvent contribuer à une réponse inflammatoire plus équilibrée. Là encore, l’objectif n’est pas de prendre des doses importantes, mais de corriger un éventuel déséquilibre alimentaire.

On me pose aussi beaucoup de questions sur les probiotiques. Ils peuvent être utiles dans certaines situations, notamment en cas de troubles digestifs ou après une antibiothérapie. En revanche, ils ne sont pas indiqués chez tout le monde ni à n’importe quel moment des traitements. Le choix des souches est important, et toutes n’ont pas les mêmes propriétés.

Le sujet qui suscite également de nombreux débats c’est celui des antioxydants. Je vous renvoie également à mon article et ma vidéo sur ce thème car le sujet est très complexe et on a tendance à en parler de manière réductrice. Le frein classique est de dire que certaines chimiothérapies et la radiothérapie agissent justement en générant un stress oxydatif pour détruire les cellules tumorales. Donc prendre de fortes doses d’antioxydants au mauvais moment pourrait, selon les situations, interférer avec ces mécanismes. C’est pourquoi je recommande toujours la prudence et une supplémentation réfléchie, en accord avec l’équipe médicale. Mais il faut surtout rappeler que nous travaillons avec des dosages physiologiques qui sont très souvent compatibles autour des traitements, car ils pourraient être apportés par l’alimentation, et soutenir l’organisme dans son ensemble.

Mon conseil est donc très simple : ne multipliez pas les compléments alimentaires parce que vous les avez vus sur Internet ou sur les réseaux sociaux. Plus n’est pas forcément mieux, et certaines associations peuvent être inutiles, voire contre-indiquées. En consultation, je préfère toujours corriger une carence objectivée, répondre à un besoin précis ou accompagner un effet secondaire identifié, plutôt que de proposer une longue liste de gélules.

Question n°5 : Puis-je boire du café ? Et de l’alcool ?

Ces deux questions reviennent très souvent. Bon, les réponses sont assez différentes.

Premièrement, commençons par le café.

Contrairement à certaines idées reçues, il n’existe pas de recommandation demandant aux personnes atteintes d’un cancer de supprimer systématiquement le café. Chez la plupart des personnes, une consommation modérée, de l’ordre de deux à trois tasses par jour, ne pose pas de problème particulier.

En revanche, tout dépend de votre situation. Si vous souffrez de reflux, de nausées, de diarrhées, d’anxiété, de palpitations ou de troubles du sommeil liés aux traitements, le café peut parfois aggraver ces symptômes. Dans ce cas, il peut être intéressant d’en diminuer la consommation, voire de le remplacer temporairement par d’autres boissons.

Mon conseil est donc simple et c’est juste du bon sens : écoutez votre tolérance. Si le café est bien supporté, il n’y a généralement pas de raison de vous en priver.

Concernant l’alcool, le discours est différent.

Aujourd’hui, nous savons que l’alcool augmente le risque de plusieurs cancers, notamment ceux du sein, de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage, du foie et du côlon. Ce risque existe même pour des consommations que l’on pourrait considérer comme faibles.

Pendant les traitements, l’alcool peut également majorer certains effets secondaires, favoriser la déshydratation, perturber le sommeil ou interagir avec certains médicaments. C’est pourquoi les recommandations actuelles sont de limiter au maximum sa consommation, voire de l’éviter lorsque cela est possible.

Mais pourquoi l’alcool augmente-t-il le risque de cancer ? En réalité, ce n’est pas seulement l’alcool lui-même qui est en cause, mais aussi son principal produit de dégradation : l’acétaldéhyde. Cette molécule est classée cancérogène et peut endommager directement l’ADN de nos cellules, et favoriser l’apparition de mutations. L’alcool augmente également le stress oxydatif et l’inflammation chronique, deux mécanismes impliqués dans le développement de nombreux cancers. Chez la femme, il a en plus la particularité d’augmenter légèrement le taux d’œstrogènes circulants, ce qui constitue un facteur de risque supplémentaire pour certains cancers hormonodépendants. C’est l’ensemble de ces mécanismes qui explique pourquoi l’alcool est aujourd’hui classé comme cancérogène certain pour l’Homme par le Centre International de Recherche sur le Cancer.

Alors cela ne signifie pas qu’un verre partagé lors d’une occasion exceptionnelle va remettre en cause tout votre parcours de soins. Là encore, il faut éviter les discours culpabilisants. Mais si l’on parle de prévention et de santé à long terme, moins on consomme d’alcool, mieux c’est.

En consultation, je préfère toujours parler d’équilibre plutôt que d’interdits. Mon objectif n’est pas de vous faire vivre dans la peur de chaque aliment ou de chaque boisson, mais de vous aider à faire des choix éclairés, compatibles avec votre état de santé et votre qualité de vie.

En résumé : le café est généralement compatible avec une consommation modérée si vous le tolérez bien. En revanche, pour l’alcool, les données scientifiques sont beaucoup plus claires : il est préférable d’en limiter la consommation autant que possible.

Question n°6 : Puis-je manger du soja après un cancer du sein ?

Voilà une question qui suscite énormément d’inquiétudes, en particulier chez les femmes ayant eu un cancer du sein hormonodépendant. Ou un cancer hormonodépendant tout court.

Et je comprends pourquoi. Pendant des années, on a entendu dire que le soja était « interdit », parce qu’il contient des phytoœstrogènes, c’est-à-dire des molécules végétales capables d’interagir avec certains récepteurs des œstrogènes.

Mais la réalité est beaucoup plus nuancée. Là encore, j’ai consacré tout un article très fouillé à ce sujet, bibliographie à l’appui, ici je vous fais un rapide résumé. Si cette question vous intéresse ou vous inquiète, je vous invite vraiment à aller regarder ma vidéo, car j’y développe le sujet beaucoup plus en détail.

Aujourd’hui, les données scientifiques dont nous disposons sont globalement rassurantes. Chez les femmes qui consomment du soja sous sa forme alimentaire (par exemple du tofu, du tempeh, des yaourts au soja ou une boisson au soja) les études n’ont pas montré d’augmentation du risque de récidive. Certaines études suggèrent même un effet potentiellement protecteur lorsqu’il est consommé régulièrement dans le cadre d’une alimentation équilibrée.

Il est également important de rappeler que les phytoœstrogènes ne sont pas des œstrogènes. Ils ont une structure proche, mais leur comportement dans l’organisme est beaucoup plus complexe. Selon le contexte hormonal, les tissus concernés et le microbiote intestinal, ils peuvent exercer des effets différents. C’est précisément pour cette raison qu’il faut éviter les raccourcis du type : « le soja contient des phytoœstrogènes, donc il nourrit un cancer hormonodépendant. » Les mécanismes biologiques sont bien plus subtils que cela.

En revanche, je fais une distinction importante entre les aliments à base de soja et les compléments alimentaires fortement concentrés en isoflavones. Les compléments apportent des doses beaucoup plus élevées que l’alimentation et sont moins bien étudiés dans le contexte des cancers du sein. Par principe de précaution, je déconseille donc leur utilisation sans l’avis de l’équipe médicale.

En pratique, si vous appréciez les aliments à base de soja, il n’y a généralement pas de raison de les supprimer de votre alimentation. Comme toujours, c’est la variété alimentaire qui reste la meilleure approche.

En résumé : oui, les aliments à base de soja peuvent généralement être consommés après un cancer du sein dans le cadre d’une alimentation équilibrée. En revanche, les compléments concentrés en phytoœstrogènes nécessitent davantage de prudence et doivent toujours être discutés avec votre équipe soignante. A garder en tête : en phytothérapie comme en nutrition, ce n’est pas parce qu’une molécule ressemble à une hormone qu’elle se comporte comme une hormone !

Question n°7 : Comment savoir si mes analyses sanguines sont bonnes ?

C’est une question que j’aime beaucoup, parce qu’en consultation, je passe énormément de temps à analyser les bilans biologiques d’un point de vue fonctionnel, afin d’identifier des potentiels déséquilibres physiologiques de terrain.

Je ne cherche pas à poser un diagnostic (ce n’est pas mon rôle) mais je cherche à comprendre ce qui peut expliquer certains symptômes comme la fatigue, les douleurs, les infections à répétition ou les difficultés de récupération. Je cherche la cause de la cause, en plus de la maladie en cours. En complément de votre suivi médical. Je mène une enquête approfondie de terrain !

Par exemple, je vais regarder la numération formule sanguine, ce que l’on appelle la NFS. Elle permet de voir si les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes se reconstituent correctement après les traitements.

Je m’intéresse aussi beaucoup au bilan martial, avec la ferritine et le fer sérique notamment, car une carence en fer, même modérée, peut contribuer à une fatigue persistante.

Selon les situations, je regarde également la vitamine B12, les folates, la vitamine D, le zinc qui sont des nutriments essentiels à la récupération, au fonctionnement du système nerveux et à la production des cellules sanguines.

Je prête aussi attention à des marqueurs comme la CRP, la protéine C-réactive, qui peut témoigner d’un état inflammatoire, ou encore à l’albumine et aux protéines, qui donnent de précieuses informations sur l’état nutritionnel de la personne.

Enfin, chez certaines personnes, notamment lorsqu’une fatigue persiste malgré la fin des traitements, il peut être intéressant de vérifier le fonctionnement de la thyroïde, en accord avec le médecin.

Ce que j’essaie de vous expliquer, c’est qu’une prise de sang ne se résume jamais à une seule valeur. C’est un ensemble d’informations qu’il faut interpréter dans leur contexte : vos symptômes, votre alimentation, vos traitements, votre histoire médicale.

Et surtout, un bilan biologique est fait à un moment T et ne raconte jamais toute votre histoire. Il est possible d’avoir des analyses parfaitement rassurantes et de ressentir malgré tout une fatigue importante ou des douleurs. À l’inverse, une petite anomalie isolée n’est pas forcément inquiétante. C’est l’ensemble qu’il faut prendre en compte.

En résumé, une « bonne » prise de sang n’est pas seulement une prise de sang où toutes les cases sont dans les normes. C’est une prise de sang que l’on interprète en tenant compte de la personne dans sa globalité. Et c’est justement cette approche globale qui est au cœur des soins de support et de mon accompagnement.

Question n°8 : Quand vais-je retrouver une vie normale après un cancer ?

Je crois que c’est l’une des questions les plus difficiles. Beaucoup de personnes me disent : « J’ai terminé mes traitements, mais je n’ai plus l’impression d’être la même. Est-ce que je vais retrouver mon corps d’avant ? Ma vie d’avant ? »

Et la réponse est souvent difficile à entendre : pas exactement.

Parce qu’un cancer est une épreuve qui transforme profondément. Le corps change, bien sûr : il peut y avoir une fatigue persistante, des douleurs, une perte de force, des troubles de la mémoire ou de la concentration, parfois une prise ou une perte de poids, une ménopause précoce, des cicatrices… Mais il y a aussi un avant et un après sur le plan psychologique.

En revanche, cela ne signifie pas que vous ne retrouverez jamais une vie épanouissante. Ce que j’observe chez les personnes que j’accompagne, c’est qu’elles finissent rarement par retrouver leur ancienne vie. Elles construisent progressivement une nouvelle normalité.

Cette reconstruction demande du temps. Souvent beaucoup plus de temps que ce que l’on imagine. L’entourage pense parfois qu’une fois les traitements terminés, tout est derrière vous. Pourtant, c’est souvent à ce moment-là que commence le véritable travail de récupération.

Petit à petit, le corps retrouve des capacités. Les muscles se reconstruisent, l’énergie revient, le sommeil s’améliore, la confiance renaît. Mais cela ne se fait pas en quelques semaines.

Mon conseil est donc d’éviter de vous comparer à la personne que vous étiez avant la maladie. Vous risquez de vivre chaque journée comme un échec. Essayez plutôt d’observer les petits progrès. Aujourd’hui, vous avez peut-être réussi à marcher vingt minutes alors qu’il y a un mois c’était impossible. Vous cuisinez de nouveau. Vous reprenez une activité. Vous recommencez à faire des projets. C’est cette accumulation de petites victoires qui permet d’avancer.

Et surtout, soyez indulgent envers vous-même. Votre corps n’a pas traversé une simple grippe. Il s’est adapté à une chirurgie, à une chimiothérapie, à une radiothérapie ou à une hormonothérapie. Il mérite du temps pour récupérer. Alors si aujourd’hui vous avez l’impression de ne plus reconnaître votre corps ou votre vie, sachez que ce sentiment est profondément normal. Ne cherchez pas à redevenir la personne que vous étiez hier. Donnez-vous la possibilité de construire celle que vous serez demain.

Je vous conseille d’ailleurs la lecture de l’ouvrage de Christophe André, Cloé Brami et Violaine Forissier “Vivre avec, vivre après pour vous aider dans cette période. Ce sont 3 médecins psychologues et oncologues qui partagent avec vous leur expérience de la traversée du cancer et de leur accompagnement. 

Question n°9 : Que puis-je faire pour réduire mon risque de récidive ?

Je terminerai par cette question, parce que je pense que c’est celle qui accompagne toutes les personnes ayant traversé un cancer: « Qu’est-ce que je peux faire, moi, pour mettre toutes les chances de mon côté ? »

La première chose que je réponds est importante : personne ne peut garantir qu’un cancer ne reviendra jamais. Ni un médecin, ni un naturopathe, ni une alimentation, ni une plante, ni un complément alimentaire.

En revanche, nous savons aujourd’hui que certains facteurs liés au mode de vie sont associés à une diminution du risque de récidive pour plusieurs types de cancers. L’idée n’est donc pas de chercher une solution miracle, mais d’agir sur ce qui est réellement à notre portée.

Le premier levier, et probablement le plus important, est l’activité physique. C’est l’une des interventions dont les bénéfices sont les mieux démontrés et documentés scientifiquement. Il ne s’agit pas forcément de pratiquer un sport intensif, mais de retrouver progressivement une activité régulière adaptée à vos capacités.

Vient ensuite l’alimentation, avec les conseils dont nous avons parlé tout au long de cet article : une alimentation variée, riche en végétaux, en protéines de qualité, peu transformée, et sans tomber dans les régimes restrictifs. Maintenir un poids de santé, lorsque cela est possible, est également un facteur important, tout comme limiter la consommation d’alcool et bien sûr éviter le tabac, qui reste l’un des principaux facteurs de risque de nombreux cancers.

Il ne faut pas oublier non plus le sommeil et la gestion du stress. Non pas parce que le stress provoquerait directement une récidive, mais parce qu’un bon sommeil, une meilleure qualité de vie et un stress mieux géré favorisent l’activité physique, une alimentation équilibrée et une meilleure récupération. Tout est lié.

Enfin, il est essentiel de poursuivre votre suivi médical, de respecter les traitements qui vous sont prescrits, notamment l’hormonothérapie lorsqu’elle est indiquée, et de ne pas hésiter à signaler tout nouveau symptôme à votre équipe soignante.

S’il y a un message que j’aimerais vous laisser aujourd’hui, c’est celui-ci : ne vivez pas avec l’idée que chaque geste doit être parfait pour éviter une récidive. Ce n’est pas un aliment, une tisane ou une journée moins équilibrée qui feront la différence. Ce qui compte, ce sont les habitudes que vous construisez au fil des semaines et des années. Prenez soin de votre corps, non pas parce que vous vivez dans la peur de la récidive, mais parce qu’il a traversé une épreuve immense et qu’il mérite désormais toute votre attention.

Et c’est finalement ça les soins de support : vous aider à retrouver la meilleure qualité de vie possible, pendant les traitements, mais aussi longtemps après leur fin.

Pour rappel : je ne suis ni médecin, ni pharmacienne. Un conseil en herboristerie ou naturopathie ne remplacera jamais un avis médical. Ne suivez jamais les conseils d’un praticien vous recommandant d’arrêter vos traitements.

Vous pouvez télécharger mon PDF gratuit sur l’accompagnement en cancérologie ici.

Mon programme en ligne « Cancer. Au-delà des traitements : se construire » est disponible ici.

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